C'est arrivé le... 16 janvier 1995
Serge Barbeau devient directeur général de la Sûreté du Québec
En savoir plusDécouvrir les sujets
Au cours de son histoire, l’uniforme de la Sûreté du Québec a connu plusieurs transformations. Différents facteurs tels que des réformes, un souci de confort et de sécurité ou encore la volonté de se différencier ont contribué à cette évolution. Pendant tout près d’un siècle, soit de 1870 à 1961, l’uniforme reste relativement stable, tant dans le modèle que dans le choix des couleurs. Durant les années 1960, l’uniforme est complètement révisé pour qu’y soient introduites les nouvelles couleurs organisationnelles, le vert et le jaune. En 2016, on assiste au grand retour du noir parmi les couleurs officielles de l’organisation. Ce grand retour est marqué par une nouvelle révision de l’uniforme utilisant la nouvelle couleur.
Lors de la création de la Police provinciale en 1870, les premiers gendarmes portent une tunique longue à col haut mi-fermé, un pantalon foncé, ainsi qu’un long paletot d’hiver noir. À cela s’ajoute la coiffure régulière, soit le casque Bobby noir d’influence britannique, le ceinturon de cuir avec une arme à feu à gauche et une matraque en bois.
Au début du 20e siècle, la tendance de la mode policière s’oriente davantage vers un képi cylindrique haut, appelé shako. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le port de ce képi est toujours de rigueur. Par la suite, le modèle de képi bleu adopté par l’organisation ressemble davantage à celui en vigueur de nos jours.
Dans le courant des années 1930, l’uniforme change quelque peu. La tunique bleue à col montant est toujours d’un bleu très foncé, mais elle est plus courte et plus stylisée. Cependant, l’adoption du ceinturon-baudrier Sam Browne (général Sam Browne, 1824-1901) permet alors le port d’une arme à feu de façon plus stable, donc plus sécuritaire et confortable. À noter que les menottes ne font pas encore partie de l’équipement du gendarme et que, été comme hiver, le port du képi ou du couvre-chef en fourrure est de mise.
En 1938, lors du regroupement des quatre branches sous la Sûreté provinciale (Police des liqueurs, Police judiciaire, Police de la route, Gendarmerie), les divers uniformes ne subissent aucune modification. Les policiers, selon leur groupe d’appartenance, portent toujours des uniformes distincts.
Ainsi, l’uniforme de la Police des liqueurs est d’abord gris fer et ensuite bleu foncé. Ils portent également un képi assorti et un ceinturon-baudrier en cuir Sam Browne. À l’occasion, ils portent une tenue civile, comme les enquêteurs de la Police judiciaire. Pour sa part, la Police de la route se dote d’un modèle copiant les militaires et la cavalerie. Ces agents, les spotters, sont vêtus d’une tunique vert kaki, issue de la Première Guerre mondiale, agencée à un pantalon de cavalerie vert kaki de style breeches. Pour compléter cet uniforme, il y a le képi à pointes, le ceinturon-baudrier en cuir brun Sam Browne, les gants de cuir brun à grande ouverture et, finalement, les bottes de cuir brun.
La politique concernant le port de l’uniforme et la tenue personnelle des policiers est sans équivoque, comme en témoigne cet extrait du code de discipline sur la tenue personnelle, dans les années 1940 :
« La tenue doit être exemplaire. Sur la route ou à un poste et partout en général quand en devoir, un agent ne doit pas s’appuyer au mur, s’asseoir ou se tenir nonchalamment avec les mains dans les poches. Il doit être à l’attention. Son képi doit être droit, sa tunique propre et bien boutonnée, et les bottes, boutons, matricule et insignes bien frottés tous les matins. Tous doivent se faire faire les cheveux trois fois par mois, coupe militaire. Il est de rigueur que tous se rasent chaque matin; s’être rasé la veille n’est pas suffisant. Ceux surtout qui entrent en service devront porter une attention toute particulière à ce dernier point et toujours s’y conformer. Tenez-vous propres aussi sur votre personne, afin que vos confrères n’aient pas à se plaindre de vous. »
Lors de la grande réforme de 1960, les uniformes distincts disparaissent. Pour symboliser la coupure avec le passé, un nouvel uniforme est implanté le 2 avril 1962 et le vert olive devient la couleur prédominante. L’uniforme est composé d’une tunique à col ouvert, d’une chemise sable, du ceinturon-baudrier noir Sam Browne, d’un cordon sable, d’un képi vert et d’un pantalon décoré d’une mince bande latérale brun foncé.
Une seule exception à cette règle : l’uniforme bleu foncé (accessoires blancs et képi bleu foncé, remplacé par le casque colonial Wolseley pour les grandes occasions) est conservé comme tenue d’apparat jusqu’en 1967, année de l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67).
En 1975, un souci de sécurité et de confort vient modifier l’apparence de l’uniforme : le ceinturon de cuir perd le baudrier. Les chemises à manches courtes sans cravate font leur apparition en saison estivale pour remplacer les chemises à manches longues. Les insignes de grade en métal des officiers sont changés pour des insignes à barres en tissu. L’année 1975 voit aussi l’arrivée de la première femme policière, marquant les débuts d’un uniforme féminin à la Sûreté du Québec (jupe, coiffure, chaussures).
Le 6 octobre 1987 a lieu la présentation officielle des nouveaux uniformes régulier et d’apparat, confectionnés par le couturier montréalais Simon Chang. Il s’agit de modifications majeures à toutes les tenues. Le vert olive demeure la couleur principale, et les costumes sont plus modernes et plus fonctionnels. La tunique est plus ouverte à l’avant et est plus stylisée tout comme la chemise qui arbore des pattes d’épaule plus larges. Le képi est décoré d’une ligne jaune dans sa partie circulaire supérieure. Les accessoires de l’apparat, cordon et ceinturon, passent du blanc au jaune. Ce nouvel uniforme est progressivement implanté et utilisé dans l’organisation.
En mai 1994, le nouvel écusson d’épaule est apposé sur les uniformes et la chemise est légèrement modifiée. En octobre 1998, une nouvelle tenue est confectionnée pour les officiers : la tunique de style militaire est remplacée par un veston droit vert olive qui arbore l’emblème de la Sûreté du Québec sur la poitrine. La chemise blanche accompagne la nouvelle tenue, ainsi que l’écusson d’épaule blanc (qui demeure sable pour les agents et sous-officiers).
En avril 2004, la Direction des relations internationales et du protocole présente une nouvelle tenue d’apparat, alliant le passé et le présent. Ce nouvel uniforme s’inspire en grande partie de la première tunique d’apparat de la Sûreté provinciale, alors de couleur bleue. La nouvelle tunique à col fermé est vert olive et sa coupe est classique et sobre, tout comme les ornements qui s’y ajoutent. Une bande jaune sur toute la longueur du pantalon s’apparente à celle que l’on retrouvait en 1970, alors noire et plus étroite. Le nouvel uniforme est créé par monsieur Frank Napoli de la Maison Cooper de Montréal, alors que le chapeau est une création de madame Manon Lortie, chapelière à Sainte-Luce-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent. Ce couvre-chef vert qui complète l’uniforme s’inspire du casque colonial Wolseley blanc porté de 1933 à 1967.
En 2016, le nouvel uniforme est révisé. Les agents et sous-officiers portent le pantalon noir, le ceinturon noir, la chemise verte à manches longues et un gilet pare-balles noir ajustable avec l’emblème de la Sûreté du Québec bien visible (de nombreux compartiments permettent aux patrouilleurs de garder une multitude d’outils de travail en tout temps). Une nouveauté bien aimée : l’arme de service peut désormais se porter à la cuisse.
L’écusson d’épaule est noir (orné d’une mince ligne dorée pour les officiers). Les enquêteurs portent une tenue de ville propre en tout temps. Les spécialistes (les techniciens en scène de crime, les reconstitutionnistes, les techniciens en explosifs, les membres du Groupe tactique d’intervention et les maîtres-chiens) portent des tenues adaptées à leurs conditions de travail sur le terrain.
L’uniforme de la Sûreté du Québec a bien évolué depuis ses origines en 1870. Il a adopté la mode du temps et a subi les influences britannique et américaine. Le milieu militaire a aussi largement contribué au développement de l’uniforme. Les dirigeants étaient souvent issus de ce milieu et apportaient avec eux leurs goûts et expériences. Au 20e siècle, les associations de chefs de police ont également influencé des changements à l’uniforme. La participation de nos dirigeants à ces organismes et leurs échanges permettaient de connaître toutes les nouveautés sur ce plan avec la promotion d’équipements policiers.
Encore aujourd’hui, de nombreuses traditions historiques sont bien visibles sur l’uniforme, et la fierté de le porter se partage par tous. De nos jours, le vert olive, la couleur dominante depuis 1962, est complémentée par le noir, couleur présente depuis la fin du 19e siècle. La sobriété du noir est atténuée par l’utilisation des autres couleurs de l’organisation, le jaune, le doré (or) et le bleu azur. La combinaison du noir et de l’or signifie l’honneur et la longévité, et celle du noir et du bleu, le caractère paisible. La qualité des matériaux et leur durabilité sont de rigueur, ainsi que la continuité du modèle unisexe, à l’exception de certaines pièces exclusives à la tenue féminine. De plus, l’uniforme se veut adapté aux différents climats québécois. Depuis 1870, une différence nette est établie entre les uniformes des officiers, des sous-officiers et des autres membres, ce qui est un principe de reconnaissance universelle de la hiérarchie. Tout cela illustre le caractère remarquable d’une organisation de cette envergure.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’identification visuelle des policiers a toujours été un élément important de l’uniforme de ceux-ci. Pour ce faire, tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a utilisé plusieurs types d’ornements sur son uniforme. Au fil des différentes époques, ces ornements sont devenus des marqueurs historiques de l’évolution de l’organisation et de son image ainsi qu’un symbole du professionnalisme des policiers les portant. Afin de bien s’orienter, il est plus pratique de séparer en deux grandes familles ces éléments bien distinctifs : les identifications d’épaule et les insignes, couramment nommés badges, de l’anglais.
Identifications d’épaule
Les identifications métalliques d’épaule portent habituellement l’acronyme de l’organisation qu’elles représentent. C’est ainsi que les lettres PPQ renvoient à la « Police provinciale de Québec » et que les lettres CLQ renvoient à la « Commission des liqueurs du Québec ». Plusieurs variantes de ces identifications métalliques seront produites et utilisées par l’organisation. L’usage généralisé de ce type d’insigne se termine vers 1960 avec les grandes réformes de la Révolution tranquille.
À partir de ce moment, les écussons en demi-lune apparaissent sur les uniformes de l’organisation. Initialement fabriqués en caoutchouc, une matière se dégradant facilement, ils sont rapidement remplacés en 1962 par des modèles en tissu, beaucoup plus résistants. Pour ce grand changement, l’écusson en demi-lune arbore les nouvelles couleurs de l’organisation, soit le vert et le jaune. La forme de demi-lune est en utilisation jusqu’en 1994 où la forme du blason (bouclier) est adoptée. Ce nouvel écusson est beige et inclut l’emblème de 1983, jumelé à la devise de l’organisation : Service, Intégrité, Justice. Il est utilisé jusqu’en 2016, lors de l’arrivée du nouvel uniforme introduisant une nouvelle couleur organisationnelle pour la première fois depuis 50 ans : le noir. De 1962 à 2020, une succession de sept différents écussons d’épaule apparaissent sur l’uniforme de l’organisation.
Insignes
Encore une fois, une multitude de variantes existent selon l’époque ou la fonction du détenteur de l’insigne. De façon générale, ils sont de petite dimension et ils sont fabriqués en métal. On peut souvent y remarquer le matricule ou le grade du policier ainsi que les armoiries du Québec et le nom ou l’emblème de l’organisation. En fonction de l’époque, plusieurs types d’insignes sont utilisés sur les uniformes, tels que les insignes de képi, les insignes de poitrine ou encore les insignes de collet.
Dans tous les cas, les identifications d’épaule et surtout les insignes représentent l’autorité dont le policier est investi et permettent une grande visibilité de celui-ci au sein du public. La visibilité des forces policières est souvent le premier pas vers la sécurité du public et la prévention de la criminalité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
En décembre 2000, le ministère de la Sécurité publique publie une politique ministérielle pour favoriser l’implantation du concept de police communautaire dans l’ensemble des corps policiers du Québec. Dans cette politique ministérielle, on peut lire que quatre principes sont à la base de la police communautaire, soit : le rapprochement avec les citoyens, le partenariat avec d’autres institutions, l’approche de résolution de problèmes et le renforcement des mesures préventives. Les orientations de cette politique ministérielles sont basées sur les résultats de divers projets menés au Québec et dans d’autres pays. Pour sa part, la Sûreté du Québec a commencé à s’intéresser à la police communautaire plusieurs décennies avant cette politique ministérielle.
Vers la fin des années 1970, la Sûreté du Québec commence à implanter le concept de police communautaire en mettant sur pied, en collaboration avec différents corps policiers, des comités de prévention du crime dans les différentes régions qu’elle dessert. C’est dans cette mouvance communautaire que le comité de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean se donne comme objectif de trouver une mascotte pour promouvoir la prévention du crime. Le comité décide donc de créer Préventonix le 29 novembre 1978. Le mandat de la mascotte est simple : publiciser le programme de prévention régionale mis en place, vulgariser les concepts de prévention du crime et aider les animateurs lors de tournées dans les écoles de la région. La mascotte sera tellement populaire que d’autres régions voudront bénéficier de sa présence.
Durant les années 1980, la Sûreté du Québec décide d’orienter ses relations publiques vers les besoins de la collectivité et le partage avec cette dernière de ses responsabilités en matière de contrôle social. Pour ce faire, l’accent est mis sur les contacts avec le public et la promotion d’habitudes de prévention chez les citoyens. Au cours de cette décennie, la Sûreté du Québec va également participer à plusieurs œuvres de charité, dont la campagne de souscription de l’Association québécoise de la fibrose kystique.
En 1983, on voit l’apparition de la nouvelle mascotte Police-Ami. Cette dernière se veut un « agent de liaison entre les jeunes et la Sûreté du Québec ». Sa première apparition a lieu lors de la course de boîtes à savon annuelle de Buckingham. Cette nouvelle mascotte a comme mandat d’enseigner les dispositions du Code de la sécurité routière et de certaines lois criminelles, de servir de confident pour les jeunes en difficulté et d’assister à toutes les activités auxquelles elle sera invitée.
Depuis des décennies, la philosophie policière en Amérique du Nord définissait le succès du travail des policiers par la rapidité de l’intervention de ces derniers. Pour atteindre ce niveau de succès, les corps de police ont longtemps misé sur la technologie des communications et les patrouilles motorisées. Cependant, vers les années 1970 aux États-Unis et vers la fin des années 1980 pour la Sûreté du Québec, le bilan est évident : la course aux technologies a progressivement éloigné le patrouilleur de la population qu’il dessert. Il fallait maintenant faire changer les choses et établir une philosophie de coopération entre le patrouilleur et la collectivité.
L’année 1987 est signe du début de ce changement pour la Sûreté du Québec. Cette métamorphose commence par la création du Service des relations communautaires comprenant, à partir de 1989, une division des relations interculturelles.
Dès 1990, la Sûreté du Québec s’engage dans l’approche communautaire en mettant sur pied un projet pilote au poste de Papineauville. Ce projet permet aux citoyens de la région, par l’intermédiaire d’un comité consultatif formé de représentants de tous les milieux de la municipalité, de participer de manière active à la sécurité de leur communauté. L’année 1990 témoigne également de la mise en place, par le ministère de la Sécurité publique, d’un code de déontologie unique pour tous les corps policiers du Québec. Ce dernier permet une plus grande transparence du processus de traitement des plaintes.
En 1991, la collaboration entre la Sûreté du Québec et les Caisses Desjardins mène à la création de l’Agent C. Populaire. Le mandat de ce robot éducateur est de diffuser aux enfants des messages concernant la prévention. Il sera présent dans différents événements communautaires impliquant l’organisation.
C’est également en ce début des années 1990 que nous assistons aux prémices de la réorganisation de la carte policière québécoise. En effet, en 1991, une première loi vient bouleverser l’ordre établi depuis 1968. Dorénavant, les petites municipalités qui étaient desservies gratuitement par la Sûreté du Québec doivent payer les coûts de la sécurité publique qu’elles requièrent. Cette réforme pousse inévitablement les municipalités à tenter de réaliser des économies d’échelle par le biais d’ententes régionales. Ces changements incitent la Sûreté du Québec à implanter plus rapidement le modèle de police communautaire.
Entre 1992 et 1994, la Sûreté du Québec installe progressivement des comités consultatifs dans une centaine de postes. Cette période coïncide aussi avec l’intégration du processus permanent de consultation de la clientèle au mode de gestion de l’organisation et à l’adoption de l’approche stratégique de résolution de problème. Le poste de police local devient le pivot de la structure d’intervention de la Sûreté du Québec.
En 1996, la « Loi modifiant la loi de police et d’autres dispositions législatives » stabilise la desserte policière et oblige les municipalités de moins de 5000 habitants à recourir aux services de la Sûreté du Québec. La mise en œuvre des ententes de desserte policière découlant de cette loi donne lieu à l’implantation d’une police de proximité au sein de l’organisation.
En 1997, la Sûreté du Québec lance le programme de réconfort mettant en vedette la mascotte et les oursons en peluche Polixe. Cette initiative vise à soutenir et consoler les enfants ayant vécu une situation difficile. Des milliers d’oursons seront distribués dans les voitures de patrouille afin que les patrouilleurs puissent avoir recours à leur service lorsque requis.
En 2001, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » vient une fois de plus bouleverser la desserte policière. En effet, à compter du 21 juin 2001, ce sont les municipalités de moins de 50 000 habitants qui tombent sous la juridiction du corps de police nationale. L’urbanisation du mandat de la Sûreté du Québec confirme l’importance de l’implantation de la police de proximité dans l’organisation.
Voyant l’urbanisation de ses mandats, la Sûreté du Québec profitera de ce vent de changement pour consolider le modèle de police de proximité en bonifiant la formation offerte. Cette nouvelle formation reprend les cinq grands axes de la police de proximité tout en y intégrant les différentes tâches des policiers. Les cinq grands axes sont : la présence familière des policiers dans les municipalités, la qualité des services offerts aux citoyens, le partenariat avec la population, la consultation de la clientèle et la résolution de problèmes de sécurité publique.
L’évolution de la police communautaire et l’implantation d’une police de proximité à la Sûreté du Québec auront permis à cette dernière d’être prête à affronter les défis émanant de ses nouveaux mandats et des réformes de la desserte policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Dans les organisations militaires et paramilitaires, la nomination d’un aumônier d’office est chose courante. Au cours de son histoire, la Sûreté du Québec n’a pas fait exception à la règle.
Pour l’organisation, le rôle de l’aumônier consiste à apporter son soutien et à prodiguer des conseils moraux et spirituels aux policiers dans leur travail quotidien, bien souvent ponctué de situations émotionnellement difficiles. L’aumônier est disponible de jour comme de nuit pour ses ouailles. De plus, il préside des cérémonies officielles, telles que les assermentations de recrues, les cérémonies de reconnaissance ou encore, les cérémonies de commémoration des policiers morts en devoir et les funérailles civiques de policiers morts en devoir. Sa grande disponibilité pour les policiers ainsi que sa présence aux cérémonies officielles font de lui un symbole protocolaire important de l’organisation.
Début d’une aumônerie
C’est au milieu des années 1930 qu’on retrouve les traces d’un premier aumônier au sein des forces policières provinciales. Vers 1931, l’abbé Oscar Valiquette devient aumônier du Club social des policiers de la circulation et, par la suite, du service de la Circulation provinciale. Lui succède dans cet office, en mars 1938, l’abbé Henri A. Gaboury.
Avec la mise en application de la « Loi relative à la Sûreté provinciale » le 8 mai 1938, la création d’une nouvelle Sûreté provinciale du Québec regroupant les trois grands corps de police provinciale (Police provinciale, Police de la route et Police des liqueurs) bouleverse le paysage policier du Québec. Le chapelain du service de la Circulation provinciale (Police de la route) se retrouve intégré à la nouvelle entité. La Sûreté provinciale voulant se doter d’une aumônerie, elle nomme l’abbé Henri A. Gaboury aumônier général le 19 septembre 1938. Il occupera ses fonctions jusqu’en 1940, où il sera remplacé par le père Pierre Trudel.
Le 3 octobre 1943, à la demande du lieutenant-colonel Léon Lambert, directeur adjoint à Québec, Son Éminence le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve instaure une aumônerie dans le district de Québec. C’est à partir de ce moment qu’on retrouvera un aumônier pour chacun des districts de la Sûreté provinciale, soit Montréal et Québec.
Le premier aumônier du district de Québec, l’abbé Georges Laberge, est nommé le 21 septembre 1943, quelques jours avant la création de la nouvelle aumônerie. Sa nomination précoce est directement liée avec la mise en place d’une retraite spirituelle précédant l’inauguration officielle. Selon le souhait du directeur adjoint Lambert, cette récollection était obligatoire pour tous les employés de confession catholique du district.
L’abbé Laberge reste en poste jusqu’à sa mort en décembre 1951. Le poste vacant est ensuite occupé par l’abbé Lomer Gagné. L’office est par la suite octroyé à l’abbé Raymond Lavoie vers 1957 et à l’abbé Raymond Mercier vers 1958. Après une année à titre d’aumônier suppléant, l’abbé Lucien Ouellet est nommé aumônier de la Sûreté provinciale à Québec le 18 octobre 1964. Il garde cette fonction jusqu’en 1977.
Malgré l’instauration de la nouvelle aumônerie à Québec, le père Trudel continue son office dans le district de Montréal jusqu’en 1951. À son départ, on nomme le père Arthur Dubois aumônier de la Sûreté provinciale pour Montréal. Il sera remplacé en 1968 par le père Florimond Noiseux jusqu’à la retraite de ce dernier en 1977.
Centralisation de l’aumônerie
Avec le départ du père Florimond Noiseux en 1977, la Sûreté du Québec prend la décision de nommer l’abbé Lucien Ouellet aumônier de l’ensemble de l’organisation. Il occupe le poste jusqu’à la fin de son contrat, soit le 2 avril 2018, date de l’abolition du poste d’aumônier. Tout au long de sa carrière dans l’organisation, l’abbé Lucien Ouellet obtient successivement le grade de capitaine, d’inspecteur (1987) et finalement d’inspecteur-chef (1995). Il porte l’uniforme et les insignes du grade qui lui est attribué. Il détient par ailleurs de nombreuses décorations, notamment la Médaille de la police pour services distingués (avec barrettes).
Les 54 années de loyaux services du dernier aumônier de l’organisation représentent plus de la moitié des 80 années d’existence d’une aumônerie à la Sûreté du Québec. Au cours de ses nombreuses années d’office, l’abbé Lucien Ouellet a vu défiler des milliers de policiers sous le directorat de treize dirigeants, en commençant par le directeur général Josaphat Brunet en 1964, jusqu’au directeur général Martin Prud’homme, en 2018.
Retraite spirituelle et saint patron
Dès sa nomination comme aumônier général de la Sûreté provinciale, l’abbé Henri A. Gaboury propose une récollection à l’intention des employés de l’organisation lors de la semaine sainte de 1939. Ce type de retraite fermée devait permettre aux policiers de se ressourcer et de se livrer à une introspection dans un cadre religieux. Elle donna lieu à plusieurs autres séances durant la période pascale les années subséquentes.
L’année 1939 ne voit pas seulement le début des retraites fermées à la Sûreté provinciale, mais également le début d’une longue odyssée pour offrir un saint patron à l’organisation, qui se terminera par une nomination internationale. Tout commence par la nomination de l’archange saint Michel comme saint patron de l’Association des chefs de police et de pompiers de la province par Son Éminence le cardinal Villeneuve le 20 juillet 1939. En procédant à cette nomination, le prélat acquiesce à la demande faite par le lieutenant-colonel Léon Lambert de choisir un protecteur céleste pour ses hommes. Cependant, pour le lieutenant-colonel Lambert et Son Éminence le Cardinal Villeneuve, ce choix se devait d’être ratifié par le souverain pontife. Après l’envoi d’une demande de ratification par le prélat de Québec et plusieurs années de réflexion, Sa Sainteté Pie XII proclame l’archange saint Michel patron universel des policiers du monde entier le 9 mai 1950. C’est donc une initiative québécoise qui est à l’origine de cette nomination internationale.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
En 2008, l’ancien directeur général Normand Proulx a dit à l’Assemblée nationale du Québec : « Ce qui fait la force de la Sûreté du Québec […] dans les faits, ce n’est pas le nombre d’effectifs, c’est les réseaux qu’elle a développés à travers le monde. » Ainsi, il souligne l’importance des relations internationales établies par l’organisation depuis presque 80 ans.
Les États-Unis
Pendant la prohibition de l’alcool aux États-Unis, dans les années 1920, les State Police du Vermont, du Maine, du New Hampshire et de l’État de New York éprouvent de plus en plus de difficultés à gérer les entrées des bootleggers (contrebandiers) dans leur pays et leurs sorties. La Police provinciale, présente depuis la fin du 19e siècle, vient renforcer la surveillance frontalière en Estrie, en Montérégie, dans la Chaudière-Appalaches et dans le Bas-Saint-Laurent. Une communication régulière s’établit alors entre la province et les quatre États voisins concernés. Cette relation transfrontalière, née d’un contexte bien particulier dans le temps, va se poursuivre et s’amplifier jusqu’à aujourd’hui.
La France
Durant les années 1970, la Sûreté du Québec envoie régulièrement deux de ses représentants à Paris pour établir une liaison diplomatique. Ce processus est interrompu dans les années 1980 dans le contexte de la crise économique de l’époque. Le caractère francophone de l’organisation est ce qui lui permet de développer des affinités avec la francophonie mondiale et de se distinguer des autres corps de police canadiens (hors Québec).
C’est en 2001 que la Sûreté du Québec détache un policier à la Délégation générale du Québec à Paris et, deux ans plus tard, un premier conseiller stratégique en sécurité publique, l’inspecteur Christian Chalin, est mis en poste dans la capitale française. C’est cette même année qu’est créé le Service des relations internationales et du protocole. Le caractère francophone permet de renforcer le réseau de coopération technique avec l’Europe, et particulièrement la France et la Belgique, avec qui la Sûreté du Québec va développer son concept de police de proximité.
Les missions de paix
La consolidation de la paix et le maintien d’un climat de sécurité représentent un mandat plus difficile à accomplir pour des militaires. C’est pourquoi des UNPOL (United Nations Police, policiers des Nations unies) sont appelés à jouer un rôle d’agent de la paix. Dans la majorité des cas, les policiers des Nations unies ne peuvent pas mettre directement en application les lois, mais travaillent plutôt en assistance aux policiers locaux sur le terrain et dans la reconstruction des services de sécurité publique.
Depuis 1995, la Sûreté du Québec participe à des missions de paix à l’international sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) et participe à la stabilisation de pays ébranlés, à la tenue d’élections libres, à la reconstruction des institutions civiles dans un climat de sécurité ou encore à la surveillance de cessez-le-feu. Depuis le début de ces missions de paix, la Sûreté du Québec a déjà envoyé plus de 380 policiers dans une dizaine de missions.
La Catalogne
La Catalogne et le Québec partagent des éléments communs particulièrement en ce qui a trait au combat linguistique et à l’autonomie face à un État fédéral. C’est au Québec en 1998 qu’a eu lieu la première rencontre entre les autorités policières québécoises et catalanes pour discuter, entre autres, de police de proximité et de formation continue. Des élus et des fonctionnaires catalans se sont inspirés de la structure de la Sûreté du Québec et d’un système policier hollandais pour bâtir leur corps de police, la Mossos d’Esquadra, qui signifie « Escouade de jeunes » en catalan. Cette organisation policière s’est graduellement mise sur pied, en lieu et place de la Guarda Civilian (garde civile), particulièrement à partir de 1994, lorsque les statuts du système policier ont été clairement définis. Depuis, le nombre de policiers a plus que doublé et leurs responsabilités se sont accrues.
La Belgique
Les premières rencontres entre la police belge et la Sûreté du Québec remontent à 1999 et 2000. En 1999, des représentants de la Sûreté du Québec rencontrent des représentants belges lors d’un forum international sur la sécurité et la démocratie tenu à Naples. Cette même année, des experts en polygraphie et en techniques d’entrevue sont appelés à intervenir auprès de la police judiciaire belge dans une affaire de meurtres en série. En 2000, la préparation du Sommet des Amériques à Québec incite la Sûreté du Québec à aller chercher de l’expertise internationale en matière de maintien de l’ordre, notamment auprès des policiers belges rencontrés un an plus tôt lors du forum de Naples. Ces rencontres permettent aux deux organisations de découvrir qu’elles possèdent de nombreuses similitudes. Toutes deux engagées dans des processus de réforme, elles ont la volonté d’implanter le modèle de police de proximité et de rechercher l’excellence dans la fonction policière. Ces objectifs communs les amènent à conclure des ententes formelles dans ces deux domaines à partir de 2004, et ce, jusqu’à aujourd’hui.
Le réseau FRANCOPOL
En 2008, le Réseau international francophone de formation policière (FRANCOPOL) est créé par l’initiative de la Sûreté du Québec, de la Police nationale française et de l’École nationale de police du Québec. En bref, cet organisme veut faciliter la mise en commun des meilleures pratiques policières à travers les organisations de sécurité publique internationales francophones. Le secrétariat général est d’ailleurs installé au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.
D’autres relations importantes entre la Sûreté du Québec et la communauté internationale incluent le Sénégal, le Cameroun, l’Italie et la Bavière (Allemagne). Au retour de leurs différents mandats et missions, ces membres font profiter toute l’organisation de leur expérience et de leur ouverture sur le monde, en plus de faire preuve d’un dévouement remarquable.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.
« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.
En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.
En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19e siècle.
Depuis le début du 20e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.
Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.
Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.
Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.
Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.
La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.
En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».
Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.
Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.
Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).
Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.
À la fin du 20e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.
Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.
Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.
En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.
Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024
Jusqu’au tout début des années 1960, le Quartier général de la Division de Québec, situé au 300, boulevard Saint-Cyrille, était reconnu pour abriter une exposition d’objets plutôt inusités. C’est à la demande du chef divisionnaire, le lieutenant-colonel Léon Lambert, qu’une section du corridor du rez-de-chaussée du bâtiment est aménagée en véritable cabinet de curiosités.
Le quartier-maître de l’époque, le lieutenant Rosaire Drolet, se voit donc confier la tâche monumentale de regrouper et d’exposer une collection rassemblant d’authentiques pièces à conviction. On y retrouve, entre autres, des armes à feu, des couteaux, des gourdins, des haches et même un lot d’objets récupérés lors d’une « descente » dans une fumerie d’opium, de la fausse monnaie et des machines à sous saisies lors du démantèlement de salons de jeux clandestins.
Certains de ces éléments sont reliés à des enquêtes bien connues du public. Il y a les objets ayant servi à infliger des sévices à Aurore Gagnon « l’enfant martyre », décédée en 1920. On y retrouve aussi la réplique de la bombe à retardement de l’affaire Albert Guay en 1949, ainsi qu’une trentaine de cordes de pendaison, dont celle de la dernière femme pendue au Canada, le 9 janvier 1953. Bref, ce lot d’objets représente de nombreuses enquêtes régionales effectuées par la division entre 1870 et 1961.
Malgré la place prépondérante donnée aux pièces à conviction dans l’exposition, le musée exhibait également une quantité non négligeable d’objets utilisés par les policiers de la division tels que des pièces d’uniforme, des insignes, des menottes, des matraques et des armes à feu de service.
Or, en 1961, les grandes réformes policières et la centralisation des pouvoirs à Montréal mènent à la fermeture du Quartier général divisionnaire. Le musée est donc démonté, emballé et transporté au nouveau Grand quartier général, alors situé au 360, rue McGill à Montréal. Malheureusement, les boîtes n’y ont jamais été ouvertes… Puis, en 1968, lors de l’occupation officielle de l’actuel Grand quartier général de Montréal, sur la rue Parthenais, les mêmes boîtes sont déménagées à nouveau, sans toutefois soulever de passion. Elles restent scellées et demeurent dans l’oubli général.
Ces boîtes ont été redécouvertes seulement en 1983. La quasi-totalité des traces reliant les objets à leurs crimes respectifs a disparu. Cependant, certaines informations permettent de contextualiser l’origine de ces objets mystérieux. Au total, ce sont environ 300 pièces historiques qui sont parvenues jusqu’à nous, et certaines sont les plus vieilles de la Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.
À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.
Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.
Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.
La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.
Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.
Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.
La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.
Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Explorer les thématiques
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Parcourir les événements
Sommet des Amériques de Québec
20 avril 2001
Le Sommet des Amériques se déroule dans la ville de Québec les 20, 21 et 22 avril 2001. Cette rencontre, qui réunit 34 chefs d’État, a pour objectif de faciliter les politiques de mondialisation et de libre-échange. Le mouvement altermondialiste est très actif et d’importantes manifestations sont attendues.
Pour la Sûreté du Québec, le mandat est majeur. Il s’agit de la plus importante opération de contrôle de foule de l'histoire de l’organisation et, vraisemblablement, de l'histoire du Québec.
C’est à la Sûreté du Québec que revient le rôle de coordonner le travail des corps policiers lors de la rencontre. L’organisation se met au travail près de 16 mois à l’avance afin de bien préparer les troupes. Elle étudie avec une attention particulière les sommets précédents et certains événements similaires, et elle octroie une formation élaborée aux policiers qui doivent être présents sur le terrain.
Tous les policiers mobilisés reçoivent une formation technique, une formation juridique, une formation psychologique sur le comportement des foules ainsi qu’une formation générale sur les enjeux du Sommet des Amériques et les idéologies en présence afin qu'ils soient à même de comprendre les manifestants devant eux. L’équipement est également revu et corrigé en fonction des lacunes identifiées à l’étranger par la Sûreté du Québec.
Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place dans la ville de Québec. Elles coûtent près de 160 millions de dollars au gouvernement fédéral et nécessitent un important travail de coordination entre les différentes organisations policières. La Sûreté du Québec travaille en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada et le Service de police de la Ville de Québec. Une clôture de sécurité de trois mètres de haut et de 3,8 kilomètres de long est mise en place afin de créer un périmètre de sécurité dans la zone où se trouvent les chefs d’État. Cette clôture est constituée de murets de béton surmontés d’un grillage et de 37 caméras de surveillance.
Alors que certaines grandes manifestations se déroulent de façon pacifique dans la Basse-Ville à l’occasion du Sommet des Peuples, un sommet alternatif au Sommet des Amériques, certains groupes de manifestants adoptent une stratégie de confrontation avec les forces policières près des lieux où se trouvent les chefs d’État. Au cours des manifestations, des vitres sont fracassées et plusieurs incendies sont allumés. Un groupe de manifestants réussit même à créer une brèche dans la clôture de sécurité.
Dans son ensemble, l’opération policière lors du Sommet des Amériques est le fruit d’une planification et d’une collaboration entre de nombreux intervenants exceptionnelles. À elle seule, la Sûreté du Québec a déployé près de 55 % de ses effectifs policier et civil, soit environ 2 760 employés. Avec un tel déploiement et une planification minutieuse de la part des intervenants, l’opération est un grand succès.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Guy Coulombe devient directeur général de la Sûreté du Québec
13 mai 1998
Guy Coulombe est directeur général de la Sûreté du Québec de mai 1998 à novembre 1998.
Sociologue de formation et gestionnaire, monsieur Coulombe, fonctionnaire de carrière et dirigeant d’entreprises québécoises publiques et privées, est à la tête de la Sûreté du Québec pendant deux ans. Il est successivement secrétaire général du gouvernement du Québec (1975), président-directeur général de la Société générale de financement (1978) puis d’Hydro-Québec (1982) et président de la papetière Consolidated Bathurst (1988). Le 20 novembre 1996, âgé de 60 ans, il prend la direction de la Sûreté du Québec de façon intérimaire, puis est confirmé dans son poste de directeur général le 13 mai 1998, fonction qu’il occupe jusqu’en novembre. Par la suite, il devient directeur général de la Ville de Montréal (1999), et il présidera ensuite une commission gouvernementale sur les forêts publiques du Québec (2003).
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Affaire Donald Morrison
22 juin 1888
L’affaire éclate en 1888 dans les cantons de Mégantic et de Compton. Donald Morrison, fils d’immigrants écossais, retourne au pays après un séjour de 10 ans dans l’Ouest américain. Morrison constate que l’endettement force ses parents à vendre leur terre; il va à la rencontre du nouveau propriétaire avec qui une querelle éclate. Morrison tire du fusil sur ce dernier, incendie un de ses bâtiments et prend la fuite. Normalement, la tâche de retrouver Morrison incombe au constable du district, un homme de loi embauché par le juge de paix Joseph Morin, mais un guide et chasseur américain, Lucius « Jack » Warren, se porte également volontaire. Il est dûment assermenté par le juge Morin, qui lui remet le mandat d’arrestation.
Cependant, Morrison réussit à abattre Warren qui tente de l’arrêter devant l’American Hotel de Mégantic. Plusieurs accusations fusent contre Morrison, dont celles de meurtre, de tentative de meurtre et d’incendie criminel.
Le comté de Mégantic, de par son relief accidenté et boisé, n’est pas un terrain propice pour les recherches. De plus, la sympathie d’une partie de la population écossaise des cantons envers le fugitif rend les recherches plus ardues.
Après des recherches infructueuses, le gouvernement du Québec décide de déployer la Police provinciale dans le comté de Mégantic. Elle y reste pendant plusieurs mois. La population locale épie les faits et gestes des constables et signale leur arrivée à Morrison. Elle refuse même de leur louer des voitures, de sorte que ces derniers doivent se déguiser en cultivateurs pour passer incognito.
Le gouvernement émet des proclamations offrant une récompense pour quiconque arrête le fugitif : 1 200 dollars en octobre 1888 et 3 000 dollars en février 1889. Ni la promesse de récompense ni les menaces de punition aux compatriotes du fuyard n’ont eu raison de Morrison.
Toutes les agences publiques et privées chargées à l’époque du maintien de l’ordre envoient leurs représentants dans la région. Cette forte présence policière attire la presse et les curieux. L’arrivée des agents engendre l’arrestation de complices, ce qui ébranle le bloc de sympathisants écossais, dont la solidarité semblait sans faille. Certains d’entre eux tentent même de convaincre leur compatriote de se rendre.
Après avoir réussi à échapper à plusieurs battues générales, Morrison accepte de rencontrer un juge des sessions de la paix en secret. La négociation est ardue; en raison du refus des autorités de lui payer une forte somme d’argent ou de lui rendre la terre paternelle, il s’esquive à nouveau.
Ce sont des agents acharnés travaillant pour la Police provinciale, le constable municipal de Montréal James McMahon et un mercenaire et garde forestier d’origine française Pierre Leroyer, qui surprennent le fugitif, le 21 avril 1889, alors qu’il vient saluer ses parents. Ils reçoivent une récompense, mais ils doivent la partager avec la foule de policiers et de chasseurs d’hommes sur place. Les policiers provinciaux détiennent l’homme à la prison de Sherbrooke jusqu’à son incarcération au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, le 13 octobre 1889. Au terme de cette chasse à l’homme, plus de 50 % des effectifs de la Police provinciale ont séjourné dans la région.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Florent Gagné devient directeur général de la Sûreté du Québec
5 novembre 1998
Florent Gagné est directeur général de la Sûreté du Québec de 1998 à 2003.
Sociologue de formation, monsieur Gagné est sous-ministre de la Sécurité publique du Québec depuis 1994 lorsqu’il prend la direction de la Sûreté du Québec le 5 novembre 1998, à l’âge de 53 ans. Il demeure en poste durant cinq ans. Auparavant, il est sous-ministre des Affaires municipales (Québec) à partir de 1989, où il était sous-ministre adjoint depuis 1983. Il a commencé sa carrière comme fonctionnaire fédéral et est entré dans la fonction publique du Québec en 1973. Il demeure directeur général de la Sûreté du Québec jusqu’en juin 2003 et poursuit sa carrière au gouvernement du Québec, où il est nommé sous-ministre des Transports le 6 octobre 2003.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Maurice St-Pierre devient directeur général de la Sûreté du Québec
1er janvier 1969
Maurice St-Pierre est directeur général de la Sûreté du Québec de 1969 à 1973.
Nommé à l’âge de 49 ans, monsieur St-Pierre demeure en poste durant près de cinq ans. Policier de carrière, il fait partie de la Police de Montréal à compter de 1941 (il commence comme constable) et jusqu’en 1968 (il est alors directeur adjoint). Il entre à la Sûreté du Québec en octobre 1968 comme directeur général adjoint, pour être nommé directeur général le 1er janvier 1969.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Philippe Aubé devient chef de la Police provinciale
5 septembre 1936
Philippe Aubé est chef de la Police provinciale de 1936 à 1937.
Âgé de 39 ans lors de sa nomination à titre temporaire, monsieur Aubé, un avocat de formation, demeure en poste durant un an. Il est secondé par Léon Lambert à Québec. Il est nommé juge de la Cour du bien-être social en 1957. Le 26 juillet 1961, il décède à l’âge de 64 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Création de l'escouade canine
1er janvier 1973
Bien que l’escouade officielle des maîtres-chiens à la Sûreté du Québec ait été créée en 1973, les chiens policiers étaient utilisés par l’organisation dès 1962. Les deux premiers maîtres-chiens sont le caporal Jacques Laferrière et le sergent Georges Clark, qui sont respectivement basés à Saint-Hubert et à Québec. Le sergent Clark quitte l’organisation quelques mois plus tard et est remplacé par l’agent Gilles Aubin. Jusqu’en 1971, seulement deux maîtres-chiens seront en service dans la province.
À cette époque, les maîtres-chiens portent le même uniforme que celui des autres policiers. Ils ont un véhicule de type familial et reçoivent une prime de 1,50 $ par jour pour compenser la perte de terrain occasionnée par l’installation de la niche sur leur propriété.
L’utilisation de chiens policiers à la Sûreté du Québec est temporairement abolie en 1971, mais aussitôt rétablie en 1973 lors de la création officielle de l’escouade cynophile. Pour l’occasion, de nouveaux maîtres-chiens sont formés, dont l’agent Fernand Yelle et son chien, Rex, ainsi que deux autres agents. Fort de ses connaissances et de son expertise, l’agent Yelle forme la majorité des maîtres-chiens de la Sûreté du Québec à partir de 1977, jusqu’à son départ en 1990. Maître-chien durant 17 années, Yelle est le policier ayant occupé cette fonction le plus longtemps dans l’histoire de l’organisation.
Durant les années 1980, la Sûreté du Québec souhaite avoir l’exclusivité sur la formation de ses maîtres-chiens. Ainsi, dès 1981, les maîtres-chiens de l’organisation commencent à se rencontrer sur la base militaire de Farnham pour échanger leurs expériences et leurs techniques. Cette même année, l’escouade canine de Montréal forme son premier chien spécialisé en explosifs.
Ce n’est cependant qu’en 1990 qu’un premier complexe d’entraînement et de formation de chiens adaptés au travail policier est installé à Saint-Hubert. Ce sont les policiers de la ville de Québec qui s’en servent en premier en 1990, suivis de la Sûreté du Québec en 1993 et du Service de police de Montréal en 1995. L’expérience est toutefois de courte durée puisqu’en 1999, le poste d’instructeur-chef maître-chien est aboli et les nouveaux maîtres-chiens sont désormais formés par la Police provinciale de l’Ontario ou la Police d’État du Vermont.
En 2000, nous voyons l’entrée d’une première femme dans la fonction de maître-chien, l’agente Chantale Noël, avec son chien Jess. Cette dernière œuvrera six ans comme agente et quatre ans comme responsable de l’escouade.
Durant les années 1990, l’organisation compte neuf équipes de maîtres-chiens, dont six à Montréal et trois à Québec. En 2005, ce nombre est réduit à sept équipes, dont quatre à Montréal et trois à Québec.
Au fil des ans, l’équipe cynophile s’est illustrée dans plusieurs domaines tels que la détection de stupéfiants, la détection d’explosifs, la recherche et le sauvetage ainsi que la sécurité lors des grands événements ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. L’expertise ainsi acquise bénéficie à toutes les sphères opérationnelles de la Sûreté du Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Johanne Beausoleil devient directrice générale de la Sûreté du Québec
2 février 2022
Johanne Beausoleil est directrice générale de la Sûreté du Québec depuis février 2022.
Gestionnaire de carrière, madame Johanne Beausoleil commence son cursus professionnel au sein des forces de l’ordre comme surveillante de femmes contrevenantes à la Sûreté du Québec en 1988, fonction qu’elle occupe jusqu’en 1990.
En 1989, elle devient agente des services correctionnels et chef intérimaire de l’Établissement de détention Maison Tanguay à Montréal. Après huit années dans cette maison de détention, elle accepte un poste de chef d’unité à l’Établissement de détention de St-Jérôme. Deux années plus tard, en 1999, elle devient directrice des services de détention de l’Établissement de détention de Hull.
Au courant des années 2000, elle continue son ascension dans le milieu carcéral en devenant directrice des services à la clientèle à l’Établissement de détention de St-Jérôme (2003) ainsi que directrice des services correctionnels de l’Outaouais (2005).
Après quatre années en Outaouais, elle poursuit sa progression professionnelle au sein de la Direction générale des services correctionnels en acceptant successivement les postes de directrice de la sécurité (2007) et de directrice générale adjointe aux programmes et à la sécurité (2009).
En juin 2011, elle prend la gouverne de la Direction générale des services correctionnels de façon intérimaire, puis est confirmée dans son poste de sous-ministre associée le 8 décembre 2011, fonction qu’elle occupe jusqu’en 2015.
Affectée auprès du directeur général de la Sûreté du Québec en 2015, madame Beausoleil prend le poste de vérificatrice et chapeaute la toute nouvelle Direction de la vérification du corps de police provinciale. Elle a pour mandat d’assurer la saine gestion des ressources financières, matérielles, humaines et informationnelles de la Sûreté du Québec. À l’été 2019, elle quitte la Sûreté du Québec et accepte le poste de chef du Bureau de la vérification et de l’évaluation au Service de police de la Ville de Montréal.
Nommée directrice générale adjointe à la Sûreté du Québec, madame Beausoleil prend la direction de l’organisation de façon intérimaire en décembre 2019, puis est confirmée dans son poste de directrice générale le 2 février 2022. Elle devient ainsi la première femme à diriger le corps de police provinciale du Québec et la troisième civile à tenir ce poste depuis l’avènement de la Sûreté du Québec moderne (1960).
Titulaire d’une maîtrise en administration publique de l’École nationale d’administration publique, madame Johanne Beausoleil détient également un certificat en sciences politiques de l’Université de Montréal et des attestations d’études en technique d’entrevues et d’interrogatoires (École nationale de police du Québec), en « Porte-parole des relations avec les médias » (École nationale d’administration publique) ainsi qu’en sciences politiques (Université de Montréal). Elle a également participé au programme de relève de gestion du gouvernement du Québec offert par l’École nationale d’administration publique.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2022
Le Patrimoine de la Sûreté du Québec en ligne, c'est ...
303
objets
913
photographies
56
archives