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Paul-A. Benoît, vers 1974
Écusson d'épaule, 1994-2017
Maurice-Charles Lalonde, 1929-1936
Drapeau anniversaire, 1995
Accueil du Grand quartier général, 1978
Officier de la circulation, 1934
Grim, chien policier, 1982
Inauguration de l’Institut de police du Québec, 1969

Serge Barbeau devient directeur général de la Sûreté du Québec

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Police des liqueurs

Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.

À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.

Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de
bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.

Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des
bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.

La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.

Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.

Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.

La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.

Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Garde d'honneur et pratiques protocolaires à la Sûreté du Québec

Dès la création de la Police provinciale, en 1870, ses policiers sont formés sur un modèle militaire basé sur l’infanterie, ce qui les habitue aux rudiments de l’apparat et à la bonne tenue vestimentaire. À partir des années 1930 et jusqu’aux années 1960, le port de la tenue bleu foncé à col fermé était presque quotidien. Des accessoires d’apparat blancs comme le ceinturon de cuir, les gants et le chapeau d’inspiration britannique Wolseley ont été ajoutés pour les cérémonies.

En 1967, dans le cadre de l’Exposition universelle à Montréal, alors que tous les regards sont tournés vers le Québec, la garde d’honneur de la Sûreté provinciale fait sa dernière apparition. Plusieurs facteurs ont contribué à sa disparition, tels que le besoin d’harmoniser la couleur du costume d’apparat aux nouvelles couleurs de la Sûreté provinciale, soit le vert olive. Aussi, en cette période de profonde réorganisation à la Sûreté du Québec, qui coïncide avec la syndicalisation des policiers, les coûts associés au maintien des groupes d’apparat ont eu raison de ce symbole issu du monde militaire. Au cours des années suivantes, les membres des unités d’urgence dans les districts ou à Montréal et à Québec se voient confier le rôle de membres de la garde d’honneur. À cette époque, les accessoires d’apparat ornementant la tunique vert olive sont de couleur jaune.

Il a fallu attendre presque 40 ans avant qu’une nouvelle garde d’honneur soit mise sur pied dans la foulée d’un retour aux valeurs patrimoniales suscité par le directeur général Normand Proulx. C’est en 2004, dans le district Mauricie-Centre-du-Québec, qu’une nouvelle garde d’honneur se met en place au sein de la Sûreté du Québec. Deux policiers formés dans la tradition des exercices militaires, Jocelyn Descent et Yves Roussel, ainsi que le commandant du district Yves Guay sont à l’origine de cette renaissance. Fidèle à la tradition militaire, une nouvelle structure officielle de commandement de la garde d’honneur est mise en place en 2006.

L’intérêt pour le retour d’une garde d’honneur prend de l’ampleur en mars 2005 lorsque des représentants de la Sûreté du Québec se rendent à Edmonton aux funérailles de quatre agents de la Gendarmerie royale du Canada. Cet événement marque le début d’une tradition de professionnalisme au sein de la nouvelle garde d’honneur qui perdure encore aujourd’hui. Ainsi, la garde d’honneur a participé à plusieurs événements protocolaires d’importance dans la province, mais aussi dans le reste du Canada, aux États-Unis et même en Europe, et a coordonné certains de ces événements.

La garde d’honneur se veut une représentation de l’ensemble de la Sûreté du Québec à un événement public, comme les cérémonies de reconnaissance, les cérémonies d’assermentation de recrues, les cérémonies de remise de grades, les cérémonies de policier mort en devoir ou encore les cérémonies d’État.

Alors que les corps policiers canadiens axent entièrement leur symbolisme sur un modèle britannique, la Sûreté du Québec conserve un lien historique avec son héritage français. Cet élément, unique en Amérique du Nord, distingue notre organisation de celles du reste du Canada et des États-Unis.

C’est grâce à la rigueur protocolaire et au professionnalisme des membres de la garde d’honneur que la Sûreté du Québec est maintenant la référence en protocole policier au Québec.

De nos jours, la garde d’honneur véhicule des valeurs importantes à la Sûreté du Québec, soit le sentiment d’appartenance et la fierté de faire partie de l’organisation. Elle représente également l’image même de la Sûreté du Québec, soit : le service, le professionnalisme, le respect et l’intégrité.

Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020

Musée de la Sûreté provinciale

Jusqu’au tout début des années 1960, le Quartier général de la Division de Québec, situé au 300, boulevard Saint-Cyrille, était reconnu pour abriter une exposition d’objets plutôt inusités. C’est à la demande du chef divisionnaire, le lieutenant-colonel Léon Lambert, qu’une section du corridor du rez-de-chaussée du bâtiment est aménagée en véritable cabinet de curiosités.

Le quartier-maître de l’époque, le lieutenant Rosaire Drolet, se voit donc confier la tâche monumentale de regrouper et d’exposer une collection rassemblant d’authentiques pièces à conviction. On y retrouve, entre autres, des armes à feu, des couteaux, des gourdins, des haches et même un lot d’objets récupérés lors d’une « descente » dans une fumerie d’opium, de la fausse monnaie et des machines à sous saisies lors du démantèlement de salons de jeux clandestins.

Certains de ces éléments sont reliés à des enquêtes bien connues du public. Il y a les objets ayant servi à infliger des sévices à Aurore Gagnon « l’enfant martyre », décédée en 1920. On y retrouve aussi la réplique de la bombe à retardement de l’
affaire Albert Guay en 1949, ainsi qu’une trentaine de cordes de pendaison, dont celle de la dernière femme pendue au Canada, le 9 janvier 1953. Bref, ce lot d’objets représente de nombreuses enquêtes régionales effectuées par la division entre 1870 et 1961.

Malgré la place prépondérante donnée aux pièces à conviction dans l’exposition, le musée exhibait également une quantité non négligeable d’objets utilisés par les policiers de la division tels que des pièces d’uniforme, des insignes, des menottes, des matraques et des armes à feu de service.

Or, en 1961, les grandes réformes policières et la centralisation des pouvoirs à Montréal mènent à la fermeture du Quartier général divisionnaire. Le musée est donc démonté, emballé et transporté au nouveau Grand quartier général, alors situé au 360, rue McGill à Montréal. Malheureusement, les boîtes n’y ont jamais été ouvertes… Puis, en 1968, lors de l’occupation officielle de l’actuel Grand quartier général de Montréal, sur la rue Parthenais, les mêmes boîtes sont déménagées à nouveau, sans toutefois soulever de passion. Elles restent scellées et demeurent dans l’oubli général.

Ces boîtes ont été redécouvertes seulement en 1983. La quasi-totalité des traces reliant les objets à leurs crimes respectifs a disparu. Cependant, certaines informations permettent de contextualiser l’origine de ces objets mystérieux. Au total, ce sont environ 300 pièces historiques qui sont parvenues jusqu’à nous, et certaines sont les plus vieilles de la Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.

Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020

Aumônerie à la Sûreté du Québec

Dans les organisations militaires et paramilitaires, la nomination d’un aumônier d’office est chose courante. Au cours de son histoire, la Sûreté du Québec n’a pas fait exception à la règle.

Pour l’organisation, le rôle de l’aumônier consiste à apporter son soutien et à prodiguer des conseils moraux et spirituels aux policiers dans leur travail quotidien, bien souvent ponctué de situations émotionnellement difficiles. L’aumônier est disponible de jour comme de nuit pour ses ouailles. De plus, il préside des cérémonies officielles, telles que les assermentations de recrues, les cérémonies de reconnaissance ou encore, les cérémonies de commémoration des policiers morts en devoir et les funérailles civiques de policiers morts en devoir. Sa grande disponibilité pour les policiers ainsi que sa présence aux cérémonies officielles font de lui un symbole protocolaire important de l’organisation.

Début d’une aumônerie

C’est au milieu des années 1930 qu’on retrouve les traces d’un premier aumônier au sein des forces policières provinciales. Vers 1931, l’abbé Oscar Valiquette devient aumônier du Club social des policiers de la circulation et, par la suite, du service de la Circulation provinciale. Lui succède dans cet office, en mars 1938, l’abbé Henri A. Gaboury.

Avec la mise en application de la « Loi relative à la Sûreté provinciale » le 8 mai 1938, la création d’une nouvelle Sûreté provinciale du Québec regroupant les trois grands corps de police provinciale (Police provinciale, Police de la route et Police des liqueurs) bouleverse le paysage policier du Québec. Le chapelain du service de la Circulation provinciale (Police de la route) se retrouve intégré à la nouvelle entité. La Sûreté provinciale voulant se doter d’une aumônerie, elle nomme l’abbé Henri A. Gaboury aumônier général le 19 septembre 1938. Il occupera ses fonctions jusqu’en 1940, où il sera remplacé par le père Pierre Trudel.

Le 3 octobre 1943, à la demande du lieutenant-colonel Léon Lambert, directeur adjoint à Québec, Son Éminence le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve instaure une aumônerie dans le district de Québec. C’est à partir de ce moment qu’on retrouvera un aumônier pour chacun des districts de la Sûreté provinciale, soit Montréal et Québec.

Le premier aumônier du district de Québec, l’abbé Georges Laberge, est nommé le 21 septembre 1943, quelques jours avant la création de la nouvelle aumônerie. Sa nomination précoce est directement liée avec la mise en place d’une retraite spirituelle précédant l’inauguration officielle. Selon le souhait du directeur adjoint Lambert, cette récollection était obligatoire pour tous les employés de confession catholique du district.

L’abbé Laberge reste en poste jusqu’à sa mort en décembre 1951. Le poste vacant est ensuite occupé par l’abbé Lomer Gagné. L’office est par la suite octroyé à l’abbé Raymond Lavoie vers 1957 et à l’abbé Raymond Mercier vers 1958. Après une année à titre d’aumônier suppléant, l’abbé Lucien Ouellet est nommé aumônier de la Sûreté provinciale à Québec le 18 octobre 1964. Il garde cette fonction jusqu’en 1977.

Malgré l’instauration de la nouvelle aumônerie à Québec, le père Trudel continue son office dans le district de Montréal jusqu’en 1951. À son départ, on nomme le père Arthur Dubois aumônier de la Sûreté provinciale pour Montréal. Il sera remplacé en 1968 par le père Florimond Noiseux jusqu’à la retraite de ce dernier en 1977.

Centralisation de l’aumônerie

Avec le départ du père Florimond Noiseux en 1977, la Sûreté du Québec prend la décision de nommer l’abbé Lucien Ouellet aumônier de l’ensemble de l’organisation. Il occupe le poste jusqu’à la fin de son contrat, soit le 2 avril 2018, date de l’abolition du poste d’aumônier. Tout au long de sa carrière dans l’organisation, l’abbé Lucien Ouellet obtient successivement le grade de capitaine, d’inspecteur (1987) et finalement d’inspecteur-chef (1995). Il porte l’uniforme et les insignes du grade qui lui est attribué. Il détient par ailleurs de nombreuses décorations, notamment la Médaille de la police pour services distingués (avec barrettes).

Les 54 années de loyaux services du dernier aumônier de l’organisation représentent plus de la moitié des 80 années d’existence d’une aumônerie à la Sûreté du Québec. Au cours de ses nombreuses années d’office, l’abbé Lucien Ouellet a vu défiler des milliers de policiers sous le directorat de treize dirigeants, en commençant par le directeur général Josaphat Brunet en 1964, jusqu’au directeur général Martin Prud’homme, en 2018.

Retraite spirituelle et saint patron

Dès sa nomination comme aumônier général de la Sûreté provinciale, l’abbé Henri A. Gaboury propose une récollection à l’intention des employés de l’organisation lors de la semaine sainte de 1939. Ce type de retraite fermée devait permettre aux policiers de se ressourcer et de se livrer à une introspection dans un cadre religieux. Elle donna lieu à plusieurs autres séances durant la période pascale les années subséquentes.

L’année 1939 ne voit pas seulement le début des retraites fermées à la Sûreté provinciale, mais également le début d’une longue odyssée pour offrir un saint patron à l’organisation, qui se terminera par une nomination internationale. Tout commence par la nomination de l’archange saint Michel comme saint patron de l’Association des chefs de police et de pompiers de la province par Son Éminence le cardinal Villeneuve le 20 juillet 1939. En procédant à cette nomination, le prélat acquiesce à la demande faite par le lieutenant-colonel Léon Lambert de choisir un protecteur céleste pour ses hommes. Cependant, pour le lieutenant-colonel Lambert et Son Éminence le Cardinal Villeneuve, ce choix se devait d’être ratifié par le souverain pontife. Après l’envoi d’une demande de ratification par le prélat de Québec et plusieurs années de réflexion, Sa Sainteté Pie XII proclame l’archange saint Michel patron universel des policiers du monde entier le 9 mai 1950. C’est donc une initiative québécoise qui est à l’origine de cette nomination internationale.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021

Emblèmes de la Sûreté du Québec

Depuis la fondation de la Police provinciale le 1er mai 1870, l’emblème joue un rôle identitaire central et représente de nombreuses facettes de l’organisation. La force de l’emblème se reconnaît dans son caractère qui soulève la fierté de l’appartenance à la Sûreté du Québec et officialise son existence vis-à-vis des citoyennes et citoyens du Québec.

Depuis 1870, une multitude de changements provoquent la mutation de l’emblème, tant dans sa forme que dans ses couleurs. L’emblème actuel est bien loin de l’emblème original.

Au fil du temps, les armoiries du Québec y sont présentées de façon constante. Les emblèmes plus anciens montrent la première version des armoiries, qui sont concédées par la reine Victoria en 1868, rappelant l’appartenance à la couronne britannique. Par la suite, les emblèmes arborent la deuxième version des armoiries du Québec, qui sont concédées par le roi Georges VI en 1939. Le ministère de la Justice du Québec offre la description numismatique officielle des armoiries de 1939 :

« Tiercé en fasce; d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or; de gueules, à un léopard d'or, armé et lampassé d'azur; d'or, à une branche d'érable à sucre à triple feuille de sinople, aux nervures du champ. Timbré de la couronne royale. Sous l'écu, un listel d'argent bordé d'azur portant la devise JE ME SOUVIENS du même. »

À partir des années 1970, suivant les normes de représentation officielle du gouvernement du Québec, les armoiries laissent leur place centrale à la fleur de lys, autre symbole fort. Par la suite, l’évolution de la fleur de lys au sein de l’emblème s’ajustera à l’évolution des normes de représentation du gouvernement du Québec.

Ainsi, une partie de l’identité québécoise se reflète dans la présentation visuelle soignée. Des liens historiques forts existent entre la Sûreté du Québec et les périodes française et britannique. Le choix des couleurs n’est pas laissé au hasard. Le bleu et le blanc calquent le drapeau du Québec, le fleurdelisé. Plus colorés, le vert et le jaune sont directement liés à l’histoire de la Sûreté du Québec, devenant les couleurs officielles de l’organisation au début des années 1960.

Parallèlement à l’emblème, le nom de l’organisation a aussi changé au cours de son histoire. De « Police provinciale de Québec » à sa fondation en 1870, il deviendra « Police provinciale » en 1922. En 1938, une nouvelle loi de police vient modifier le nom de l’organisation, qui sera désormais « Sûreté provinciale du Québec ». De 1940 à 1961, l’organisation prend le nom de « Sûreté provinciale de Québec » pour revenir par la suite à « Sûreté provinciale du Québec » en 1961. C’est en 1968, en sanctionnant une nouvelle loi de police, que le gouvernement octroie à l’organisation le nom perdurant encore de nos jours, soit celui de « Sûreté du Québec ».

Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020

Autopatrouilles de la Sûreté du Québec

Avant l'acquisition par la Sûreté provinciale d'une véritable flotte de véhicules identifiés, la patrouille des routes du Québec s'effectue essentiellement en motocyclette. Néanmoins, entre les années 1930 et 1945, quelques voitures de modèles différents non identifiés sont de plus en plus utilisées.

En mars 1945, la Sûreté provinciale se dote d'une flotte de véhicules de patrouille identifiés. Le modèle acquis à l'époque est une Plymouth Special De Luxe. Ces voitures sont dotées d'un phare fixe sur le toit et d’un premier système radio d’envergure régionale.

Ces voitures se retrouvent en périphérie des grands centres tels que Montréal et Québec, puis ensuite Trois-Rivières et Sherbrooke. Pour sa part, la motocyclette continue d'être largement utilisée dans les régions.

Ce n’est véritablement qu’à partir du milieu des années 1950 que l’automobile détrône la motocyclette en tant que principal outil de travail des policiers de la route. C’est aussi dans ces mêmes années que les premières lumières clignotantes rouges sont installées en remplacement du phare fixe sur le toit du véhicule, une innovation améliorant la visibilité de la voiture de patrouille en situation d’urgence.

Bien que le nom officiel de l’organisation soit la Sûreté provinciale du Québec depuis 1938, les voitures de l'époque portent l'emblème bilingue de la Sûreté provinciale, indiquant « Provincial Police » sur la portière de gauche et « Police provinciale » sur la portière de droite.

La Révolution tranquille, au début des années 1960, apporte son lot de changements, y compris à la Sûreté provinciale. S'amorce alors une vague de réformes dans la formation des policiers, l'embauche et les façons de faire au sein de l’organisation.

Durant cette décennie, la présence policière s'accroît et les effectifs également, ce qui impose une augmentation importante du parc de véhicules : celui-ci passe de 582 véhicules en 1962 à 928 en 1968.

Un des changements majeurs des années 1960 pour l’organisation est l'adoption de nouvelles couleurs. Les uniformes et les véhicules passent au vert, couleur qui devient emblématique pour la Sûreté du Québec.

Les nouvelles autopatrouilles sont vertes avec des portières jaunes, et sont dotées des premiers gyrophares rotatifs ainsi que du phare « police stop » sur le coin de l’aile avant droite. Comme les phares intermittents n’existent pas, cette lumière clignotante permet au policier de se placer à égalité du véhicule qu’il veut intercepter et d’indiquer au conducteur qu’il doit s’immobiliser.

C’est aussi dans les années 1960 qu’un numéro d’identification est octroyé à chacun des véhicules identifiés de la flotte. Les premiers numéros d’identification se retrouvent uniquement à l’intérieur de l’automobile, sur le tableau de bord. Composé de caractères alphanumériques, le numéro se lit comme suit, par exemple pour
M143MR : Montréal; voiture 143; marquée; pourvue d’une radio de communication.

Au début des années 1970, les véhicules à deux portes sont abandonnés au profit de modèles à quatre portes, beaucoup plus pratiques. Les véhicules commencent également à être identifiés par une numérotation sur les côtés et sur le toit.

Un premier système de lumières plus élaboré sur le toit des véhicules fait son apparition. Ce système est composé d’un gyrophare au centre et de deux feux clignotants aux extrémités. Il est familièrement appelé « Mickey Mouse » dans le jargon policier.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 qu’apparaissent les premières lumières bleues sur les gyrophares. Avec le temps, les gyrophares bleus deviennent exclusifs aux véhicules de police, alors que les gyrophares rouges sont utilisés par tous les types de véhicules d’urgence.

En 1980, la Sûreté du Québec intègre la Police des autoroutes dans ses rangs. Ce corps policier travaille alors exclusivement sur les autoroutes à péage du Québec. Lors de l'intégration de la Police des autoroutes, la Sûreté du Québec fait également l'acquisition de sa flotte de véhicules. Ceux-ci gardent leurs anciennes couleurs, mais avec l'ajout de l’identification de la Sûreté du Québec.

Au début des années 1980, le Québec est secoué par une grave crise pétrolière. La Sûreté du Québec doit revoir ses choix de véhicules, abandonnant les grosses cylindrées (V8) pour des modèles plus économiques (V6).

La Chevrolet Malibu 1980 est la dernière grosse cylindrée acquise par la Sûreté du Québec avant ce changement de cap. Ce modèle est doté de gyrophares bleus et rouges positionnés aux extrémités du toit de l’automobile, éliminant par le fait même les feux clignotants latéraux des modèles précédents.

En temps de compressions budgétaires et de réduction de la taille des véhicules de la Sûreté du Québec, la Plymouth Caravelle 1982 s'avère le meilleur compromis entre les modèles intermédiaires. C’est une voiture qui semble appréciée de l’ensemble des policiers.

En 1983, la récession force la Sûreté du Québec à acheter des véhicules plus compacts et économiques. Cependant, ils sont aussi moins performants. Au cours de ces années, la Sûreté du Québec doit mettre en place plusieurs autres mesures afin de limiter ses coûts, telles que la patrouille statique obligatoire, la limite de kilométrage et un gel d'embauche de sept ans.

Pour desservir les réserves autochtones du Grand Nord québécois, la Sûreté du Québec se dote de véhicules 4 x 4, plus adaptés aux conditions difficiles. Ces véhicules sont identifiés aux couleurs et à l’emblème de l’organisation jusqu’à ce que les communautés autochtones assurent la prise en charge totale de leur police. Elles apposent alors leur propre emblème sur les véhicules aux couleurs de la Sûreté du Québec pour ensuite y ajouter leurs couleurs.

Appuyée par des études américaines concluant que le blanc est la couleur qui réfléchit le mieux la lumière, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses premières voitures blanche après 23 ans de voitures vertes et jaunes. Le blanc devient alors progressivement la couleur officielle de base de toute la flotte automobile. La transformation de la flotte de voitures de patrouille se fait sur une période de trois ans.

À partir de 1991, les véhicules sont munis de gyrophares plats beaucoup plus puissants, d’un système de contrôle des équipements lumineux et de sirènes fabriquées par l’entreprise Signaflex à Victoriaville. La sirène est maintenant indépendante de la radio et possède un répertoire de sons beaucoup plus vaste et varié. Le système manuel de gestion de la sirène, fabriqué par la compagnie Bell et ses sous-traitants, est remplacé par un système de boutons-pressions.

Au cours des années 1992 à 1996, la Sûreté du Québec fait uniquement l'acquisition de voitures de marque Chevrolet Caprice. Seule différence significative : elle abandonnera en 1993 les Chevrolet Caprice V8 pour les V6, qui sont plus économiques.

Avec la fin de la production du modèle Caprice de Chevrolet en 1996, la Sûreté du Québec est contrainte de changer de modèle d’automobile. Avec son moteur 4,6 litres, le modèle Crown Victoria de Ford, acheté à partir de 1998, mais appelé
Police Interceptor dès 1999, fait partie des véhicules les plus fiables et robustes utilisés par les corps de police nord-américains.

Dans le but de pouvoir intervenir efficacement auprès de l’ensemble des usagers de la route, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses toutes premières voitures semi-identifiées et semi-banalisées. Pour ce type de véhicule, les gyrophares sont remplacés par des feux alternatifs bleus et rouges ainsi qu’un stroboscope placé dans le pare-brise. La Sûreté du Québec se les procure entre 2000 et 2003.

Le 3 mai 2005, la Sûreté du Québec fait le lancement officiel de la nouvelle identité visuelle de ses véhicules identifiés. Celle-ci affiche des éléments des armoiries de l’organisation tels que l’écu échiqueté or et vert sur les côtés, l’avant et l’arrière ainsi que l’écu de la grande fonction sur le montant arrière.

En 2008, la hausse du prix de l’essence et la pression sociale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre incitent les organisations publiques et privées à prendre un virage vert. La Sûreté du Québec se tourne alors vers des voitures moins énergivores, comme la Dodge Charger, une voiture munie d'un moteur V6, mais étonnamment puissante. Ce modèle devient prédominant dans la flotte au cours des années suivantes.

Durant les années 2010, les Dodge Charger et les Ford Taurus sont toujours présentes sur nos routes. Celles-ci sont équipées de
protège-calandre (push bars) ou de flèches directionnelles. Dans le cadre de leur travail, elles sont également appuyées par des véhicules munis d'un système de reconnaissance de plaques.

Quelques mois après avoir présenté ses nouveaux uniformes, la Sûreté du Québec dévoile, en juillet 2017, la nouvelle apparence de ses véhicules identifiés. Les uniformes et les véhicules arborent maintenant la couleur noire de façon prédominante tout en conservant le vert comme couleur caractéristique.

Le déploiement des nouvelles voitures est amorcé à partir de l'automne 2017. Le renouvellement complet du parc de véhicules de première ligne est prévu se faire en trois ans à un coût nul. Les véhicules en fin de vie sont graduellement remplacés par les nouvelles autopatrouilles noires.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Structure organisationnelle et desserte policière au fil du temps

La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.

« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1
er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.

En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.

En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19
e siècle.

Depuis le début du 20
e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.

Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.

Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.

Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.

Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.

Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.

La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.

En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».

Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.

Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.

Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).

Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.

Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.

À la fin du 20
e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.

Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.

Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.

En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.

Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024

Police de la route

La préoccupation des autorités pour le respect des limites de vitesse sur les routes du Québec ne date pas d’hier. Déjà en 1827, les marguilliers, des agents de la paix qui surveillent les lieux de culte et leurs alentours, obtiennent le mandat d’appréhender les conducteurs de voitures et de chevaux qui font des excès de vitesse dans leur zone de juridiction.

L’augmentation de la circulation automobile au début du 20
e siècle pousse le gouvernement à légiférer en matière de circulation. On procède donc à l’adoption d’une première loi sur les véhicules moteurs en 1904. Des constables sont alors affectés à l'application de la loi. Sous la responsabilité du département du Trésor, ils se chargent de percevoir les frais d’immatriculation et de permis de conduire.

Avec un nombre toujours plus élevé d’automobiles sur les routes de la province, le gouvernement décide de créer, en 1914, le département de la Voirie. À bord de motocyclettes, des constables, surnommés « officiers de vitesse », patrouillent sur les routes de la province pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. N’ayant pas accès à un cinémomètre, ces « officiers de vitesse » estiment la vitesse des conducteurs en chronométrant leur déplacement.

En 1925, une première unité officielle de la Police de la circulation est créée sous la dépendance du département de la Voirie. Ces policiers vont patrouiller sur les grandes routes rurales et, graduellement, les grandes artères de la province. Surnommés
spotters, ils héritent des mandats de leurs prédécesseurs les « officiers de vitesse ». Graduellement, cette fonction prend de l’importance, et de plus en plus de patrouilleurs sillonnent les artères principales de la plupart des régions du Québec.

Le travail de
spotter n’est pas exempt de dangers et de difficultés. La patrouille se faisant 10 mois par année, on décide d’installer un side-car aux motocyclettes afin d’améliorer la stabilité durant l’hiver ou sur les routes mal entretenues.

Les appareils de radiocommunication dans les véhicules n’existant pas encore, les postes de police doivent compter sur la collaboration de citoyens pour joindre les patrouilleurs. Les citoyens allument une ampoule, habituellement à l’extérieur de leur maison, pour signifier au patrouilleur qu’il doit s’arrêter pour prendre un message, parfois même urgent. Cette pratique persiste jusqu’à la démocratisation des radiocommunications dans les véhicules de patrouille.

Intégrée à la Sûreté provinciale en 1938 grâce à la « Loi relative à la Sûreté provinciale », la Police de la circulation est renommée « Police de la route » et devient l’une des quatre branches de l’organisation. En plus de faire respecter les règlements de la circulation, les nouveaux policiers de la route acquièrent les mandats d’enquêter sur les accidents et les vols de véhicules. C’est également à cette époque que la loi permet l'établissement de postes permanents de police ainsi que de postes de pesée sur tout le territoire québécois.

En 1945, malgré l’acquisition d’une première flotte d'automobiles identifiées, la motocyclette demeure le transport de patrouille privilégié par les
spotters jusqu’aux années 1960.

Bien qu’elle ait été détrônée par le véhicule automobile, la motocyclette a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Pendant longtemps, les
spotters ont été les seuls représentants d’une police gouvernementale dans l’ensemble des régions du Québec. Ils sont, en quelque sorte, les ancêtres de nos patrouilleurs actuels.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Création d'escouades ou de services spécialisés

Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.

Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.

Événements majeurs

Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.

Opérations majeures

Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.

Personnages importants

Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.

Crimes célèbres

Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.

Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.

Affaire Charles Marion

6 août 1977

C’est le 6 août 1977, dans son chalet à Stoke, que Charles Marion et son amie sont interpellés par deux individus masqués et armés. Ces derniers enlèvent Marion et séquestrent son amie. Les ravisseurs embarquent Marion dans une auto et laissent l’amie de ce dernier ligotée dans le chalet d’invité. Elle n’est retrouvée qu’environ 18 heures plus tard par la femme de Marion.

Les ravisseurs conduisent Charles Marion au milieu de la forêt et l’enferment dans un réduit aménagé sous terre dans la région de Gould. Il y passe plusieurs semaines dans des conditions atroces. Ses ravisseurs lui apportent peu de nourriture, mais beaucoup d’alcool et de tranquillisants pour l’aider à passer à travers sa captivité. En plus d’être face au manque de nourriture, il doit éloigner les mulots et les rats qui s’introduisent dans le réduit.

Après l’enlèvement, les ravisseurs soumettent une demande de rançon d’un million de dollars à l’employeur de Charles Marion, alors directeur de crédit à la Caisse populaire de Sherbrooke-Est. C’est à partir de ce moment que plusieurs communications s’établissent entre la Sûreté du Québec et les ravisseurs. La Sûreté du Québec mobilise près de 200 policiers pour tenter d’attraper les preneurs d’otage. Au fur et à mesure que les semaines passent, les exigences pécuniaires des rançonneurs diminuent.

Le 23 septembre, les journalistes Claude Poirier et Normand Maltais se rendent à Saint-Gérard pour déposer deux valises contenant du papier. Plusieurs policiers sont postés dans les environs pour attraper les ravisseurs. Le plan échoue, car personne ne vient chercher les valises. Six jours plus tard, le piège de la fausse rançon est tenté de nouveau. Lorsqu’ils se rendent compte que les valises ne contiennent aucun billet de banque, les preneurs d’otage tentent de s’échapper. Sitôt la fausse rançon récupérée, une vaste opération policière est mise en branle dans les Cantons-de-l’Est pour attraper les kidnappeurs. Malgré les effectifs importants mobilisés pour cette opération, les ravisseurs réussissent à se faufiler entre les mailles du filet.

Avec tous ces bouleversements et l’enlèvement qui s’éternise, des questionnements commencent à naître quant à l’implication réelle de Charles Marion dans ce ravissement. L’a-t-il orchestré lui-même? La question demeure en suspens au sein de la population.

Vers la fin du mois d’octobre, les ravisseurs finissent par demander une somme de 50 000 $ pour la libération de Charles Marion. Le fils de ce dernier, Pierre Marion, réunit péniblement la somme et, accompagné par un ami et un policier de la Sûreté du Québec, se rend dans la région de Cookshire pour déposer la rançon. Le lendemain, en soirée, Charles Marion est retrouvé près de l’aéroport d’East Angus, non loin de Sherbrooke.

Ce n’est qu’environ huit mois plus tard que les policiers mettent la main au collet d’un premier ravisseur. La police réussit à l’associer à l’enlèvement de Charles Marion à l’aide des billets marqués qu’il a en sa possession et qui ont servi pour la rançon. Au total, trois personnes sont déclarées coupables dans cette affaire.

Dès sa libération, Charles Marion réfute les allégations concernant son implication dans l’enlèvement. Cependant, ce n’est qu’à la fin des procédures judiciaires que la preuve de son innocence est établie. Malgré cette preuve, plusieurs personnes ont, pendant des décennies, continué à croire en l’implication de Charles Marion dans son propre ravissement. Il n’a jamais été capable de retourner travailler et il se suicide le 2 décembre 1999, 22 ans après son enlèvement.

Charles Marion a été séquestré pendant 82 jours; c’est l’enlèvement le plus long de l’histoire du Canada.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Josaphat Brunet devient directeur de la Sûreté provinciale

15 août 1960

Josaphat Brunet est le dirigeant de la Sûreté provinciale de 1960 à 1965. Il porte le titre de directeur de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961, puis directeur général de la Sûreté provinciale jusqu’en 1965.

Nommé à l’âge de 58 ans, monsieur Brunet assume le poste durant un peu plus de cinq ans. Il est secondé par le directeur général adjoint Léopold Trottier, à Montréal, et par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau, à Montréal, et Lucien Descent, à Québec. Policier retraité de la Gendarmerie royale du Canada, il devient chef de la sécurité à la Banque canadienne nationale avant d’être nommé à la Sûreté provinciale, en août 1960. Il décède le 6 juillet 1974 à l’âge de 71 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Normand Proulx devient directeur général de la Sûreté du Québec

25 juin 2003

Normand Proulx est directeur général de la Sûreté du Québec de 2003 à 2008.

Policier de carrière, monsieur Proulx est entré à la Sûreté du Québec en 1973. Nommé caporal en 1985, il devient sergent en 1986 et dirige le poste de La Sarre. Promu lieutenant, il assume la direction de la protection des personnalités en 1988. En 1992, il est nommé capitaine et il est responsable de la planification des opérations en sécurité routière, puis chef du Service des relations avec les municipalités à Montréal. Après avoir été promu inspecteur en 1993, il dirige le Bureau de la surveillance du territoire du district de Montréal. En 1995, il obtient le grade d’inspecteur-chef et est nommé commandant de ce district. En 1996, il est nommé directeur général adjoint de la Grande fonction du développement et des affaires institutionnelles. Il est promu directeur général le 25 juin 2003.

Monsieur Proulx a acquis une formation en administration et en comptabilité à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de l’Université de Montréal. Il est diplômé en gestion supérieure du Centre international de recherches et d’études en management affilié à l’École des hautes études commerciales. Il est directeur général de la Sûreté du Québec jusqu’en juillet 2008.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Sommet des Amériques de Québec

20 avril 2001

Le Sommet des Amériques se déroule dans la ville de Québec les 20, 21 et 22 avril 2001. Cette rencontre, qui réunit 34 chefs d’État, a pour objectif de faciliter les politiques de mondialisation et de libre-échange. Le mouvement altermondialiste est très actif et d’importantes manifestations sont attendues.

Pour la Sûreté du Québec, le mandat est majeur. Il s’agit de la plus importante opération de contrôle de foule de l'histoire de l’organisation et, vraisemblablement, de l'histoire du Québec.

C’est à la Sûreté du Québec que revient le rôle de coordonner le travail des corps policiers lors de la rencontre. L’organisation se met au travail près de 16 mois à l’avance afin de bien préparer les troupes. Elle étudie avec une attention particulière les sommets précédents et certains événements similaires, et elle octroie une formation élaborée aux policiers qui doivent être présents sur le terrain.

Tous les policiers mobilisés reçoivent une formation technique, une formation juridique, une formation psychologique sur le comportement des foules ainsi qu’une formation générale sur les enjeux du Sommet des Amériques et les idéologies en présence afin qu'ils soient à même de comprendre les manifestants devant eux. L’équipement est également revu et corrigé en fonction des lacunes identifiées à l’étranger par la Sûreté du Québec.

Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place dans la ville de Québec. Elles coûtent près de 160 millions de dollars au gouvernement fédéral et nécessitent un important travail de coordination entre les différentes organisations policières. La Sûreté du Québec travaille en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada et le Service de police de la Ville de Québec. Une clôture de sécurité de trois mètres de haut et de 3,8 kilomètres de long est mise en place afin de créer un périmètre de sécurité dans la zone où se trouvent les chefs d’État. Cette clôture est constituée de murets de béton surmontés d’un grillage et de 37 caméras de surveillance.

Alors que certaines grandes manifestations se déroulent de façon pacifique dans la Basse-Ville à l’occasion du Sommet des Peuples, un sommet alternatif au Sommet des Amériques, certains groupes de manifestants adoptent une stratégie de confrontation avec les forces policières près des lieux où se trouvent les chefs d’État. Au cours des manifestations, des vitres sont fracassées et plusieurs incendies sont allumés. Un groupe de manifestants réussit même à créer une brèche dans la clôture de sécurité.

Dans son ensemble, l’opération policière lors du Sommet des Amériques est le fruit d’une planification et d’une collaboration entre de nombreux intervenants exceptionnelles. À elle seule, la Sûreté du Québec a déployé près de 55 % de ses effectifs policier et civil, soit environ 2 760 employés. Avec un tel déploiement et une planification minutieuse de la part des intervenants, l’opération est un grand succès.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Crise d’Octobre

5 octobre 1970

Dans la nuit du 7 au 8 mars 1963, des bombes incendiaires explosent dans trois casernes de l’Armée canadienne. Ces attentats sont les premiers commis par le Front de libération du Québec, qui prône l’indépendance par des méthodes révolutionnaires.

Le Front de libération du Québec demeure actif pendant environ une dizaine d’années. Les attentats se produisent surtout à Montréal et dans Westmount. Le mouvement révolutionnaire est responsable d’environ 200 attentats qui causent la mort de six personnes. À cette époque, les moyens de la police sont rudimentaires et il n’est pas rare que les policiers doivent eux-mêmes se rendre sur les lieux afin d’examiner un engin suspect.

Le 5 octobre 1970, les actions de la cellule « Libération » du Front de libération du Québec prennent une ampleur inégalée lors de l’enlèvement du délégué commercial britannique à Montréal, monsieur James Richard Cross; c’est le début de la crise d’Octobre. Quelques jours plus tard, soit le 8 octobre, la cellule « Chénier », appartenant au même mouvement, procède à l’enlèvement du ministre de l’Immigration et du Travail du gouvernement du Québec, monsieur Pierre Laporte.

Les ravisseurs envoient une série de messages au public pour faire part de leurs demandes. Ils demandent, entre autres, la libération d’un certain nombre de membres du Front de libération du Québec, une rançon d’un demi-million de dollars et la diffusion de leur manifeste sur la plateforme de divers médias importants. Malgré le refus du gouvernement du Canada de négocier avec les ravisseurs, le manifeste est lu le 8 octobre par Gaétan Montreuil, présentateur de nouvelles de Radio-Canada.

Le 15 octobre, pour prêter main-forte à la police, le gouvernement du Québec demande l’aide des Forces armées canadiennes. Le 16 octobre, le gouvernement fédéral déclare qu’il s’agit d’un état d’« insurrection appréhendée » en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. Les libertés normales sont suspendues, des arrestations et des détentions sans mise en accusation sont autorisées. Près de 500 personnes sont alors détenues.

Richard Cross est libéré par la cellule « Libération » en échange d’un sauf-conduit à destination de Cuba, le 3 décembre 1970. Quant à Pierre Laporte, il est retrouvé mort dans le coffre arrière de la voiture qui a servi à son enlèvement le 17 octobre.

La cellule « Chénier », responsable du meurtre de monsieur Laporte, est dépistée par les forces de l’ordre et ses membres sont mis en état d’arrestation. Les prisonniers sont déclarés coupables d’enlèvement et de meurtre. Ce sont Paul Rose et Francis Simard qui reçoivent les plus lourdes sentences, soit l’emprisonnement à vie pour le meurtre de Pierre Laporte.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Joseph-Adrien Robert devient directeur général de la Sûreté provinciale

1er novembre 1965

Joseph-Adrien Robert est directeur général de la Sûreté provinciale de 1965 à 1968.

Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Robert reste en poste pendant trois ans. Il est assisté par les directeurs généraux adjoints Roméo Courtemanche de 1966 à 1968 et Maurice St-Pierre en 1968, ainsi que par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau à Montréal et Lucien Descent à Québec. Policier de carrière, il est d’abord constable à la Police provinciale en 1930 puis détective en 1934. Il quitte cet emploi en 1936. Il occupe le poste de chef de la police municipale de Hull pendant 25 ans, puis celui de directeur de la police de Montréal de 1961 à 1965. Il décède à l’âge de 63 ans le 26 mai 1970.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Maurice St-Pierre devient directeur général de la Sûreté du Québec

1er janvier 1969

Maurice St-Pierre est directeur général de la Sûreté du Québec de 1969 à 1973.

Nommé à l’âge de 49 ans, monsieur St-Pierre demeure en poste durant près de cinq ans. Policier de carrière, il fait partie de la Police de Montréal à compter de 1941 (il commence comme constable) et jusqu’en 1968 (il est alors directeur adjoint). Il entre à la Sûreté du Québec en octobre 1968 comme directeur général adjoint, pour être nommé directeur général le 1
er janvier 1969.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Yves Morency devient directeur général par intérim de la Sûreté du Québec

6 décembre 2017

Yves Morency est directeur général par intérim de la Sûreté du Québec de décembre 2017 à décembre 2018.

Policier de carrière, Yves Morency débute comme patrouilleur en 1977 au service de police de la ville de Longueuil. En 21 ans de service au sein de cette organisation, Yves Morency y exerce plusieurs fonctions et grades dont sergent aux opérations stratégiques, sergent aux enquêtes criminelles, lieutenant, inspecteur et inspecteur administratif (assistant directeur). En 1998, il quitte la ville de Longueuil pour accepter le poste de directeur du Service de la sécurité publique de Saint-Eustache, qu’il occupe jusqu’en 2011. Approché par le ministère de la Sécurité publique du Québec en 2011, Yves Morency accepte le poste de sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières où il mène de main de maître d’importants dossiers stratégiques, dont plusieurs associés au domaine des enquêtes criminelles.

En novembre 2014, il quitte son poste de sous-ministre pour se joindre à l’État-major de la Sûreté du Québec en tant que directeur général adjoint de la Grande fonction de l’administration. Il est par la suite nommé directeur général adjoint de la Grande fonction des enquêtes criminelles, fonction qu’il assure de 2015 à 2017. À ce titre, il a notamment été responsable des enquêtes sur le crime organisé et sur les crimes contre la personne. En 2017, il devient directeur général adjoint exécutif avec comme principale responsabilité la négociation du contrat de travail des policiers. Mandaté pour remplacer le directeur général, Martin Prud’homme, prêté au Service de police de la Ville de Montréal, Yves Morency devient donc directeur général par intérim de décembre 2017 à décembre 2018. Au retour de Martin Prud’homme, Yves Morency est reconduit dans ses fonctions de directeur général adjoint exécutif, et ce jusqu’à sa retraite en avril 2021.

Détenteur d’un diplôme d’études supérieures en administration policière supérieure du Collège canadien de la police (1986) et d’un certificat en gestion des ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal (1993), Yves Morency est également officier de l’Ordre du mérite des corps policiers depuis le 4 janvier 2018 ainsi que récipiendaire de la deuxième barrette (40 ans de service) de la Médaille de la police pour services distingués depuis le 17 juillet 2020.

François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021

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