C'est arrivé le... 16 janvier 1995
Serge Barbeau devient directeur général de la Sûreté du Québec
En savoir plusDécouvrir les sujets
Le 21 février 1957, la « Loi autorisant la construction d’une autoroute Montréal-Laurentides » est adoptée par le Conseil législatif et l’Assemblée législative du Québec. Celle-ci, en plus d’autoriser la construction de l’autoroute Montréal-Laurentides, aujourd’hui l’autoroute 15, amène également la création de l’Office des autoroutes. Le mandat de ce dernier est de superviser et d’organiser la construction des routes, des ponts, des viaducs et des tunnels majeurs au Québec, ainsi que de veiller à leur entretien et à l’observance des lois de circulation sur ces infrastructures. La nouvelle loi lui octroie aussi le pouvoir de mettre en place des postes de péage et d’en établir les taux, mais surtout, le droit de mettre sur pied une police pour faire respecter la législation en lien avec les autoroutes. En 1959, après l’ouverture de l’autoroute 15, l’Office des autoroutes crée donc la Police des autoroutes dans cette optique.
La popularité des autoroutes est immédiate, et la circulation automobile est plus importante que prévu. Le réseau autoroutier, plus particulièrement l’autoroute 15, est littéralement pris d’assaut par plus de quatre millions d’automobilistes. Une telle affluence apporte nécessairement un grand nombre d’accidents et d’accrochages. En 1962, un ancien membre de la Gendarmerie royale du Canada, monsieur Fernand Trépanier, est nommé inspecteur en chef de la Police des autoroutes. Son but étant de faire respecter les lois et, par le fait même, de réduire le nombre d’accidents et d’accrochages recensés en 1961, Trépanier décide d’augmenter à 20 le nombre d’agents au sein de son service de police.
En juin 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes sont intégrés à la Sûreté du Québec et leur organisation est abolie. Ils sont officiellement assermentés le 30 mai 1980 au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal. Cet événement marque l’aboutissement du désir des agents des autoroutes d’être reconnus à part entière comme de « vrais policiers ».
Depuis la création de l’Association des policiers des autoroutes du Québec en 1974, tous les efforts de cette dernière sont orientés vers l’obtention d’un statut de policier et, par la suite, l’adhésion à la Sûreté du Québec. Le travail acharné du président de l’association, monsieur Marcel Ouellette, et les recommandations d’intégration de la Police des autoroutes faites par la Sûreté du Québec depuis une décennie ont porté fruit. En effet, le gouvernement québécois adopte, le 21 décembre 1979, la loi 48 permettant l’adhésion des policiers des autoroutes à la Sûreté du Québec. L’ancienneté et les conditions de travail des agents sont respectées, mais ceux-ci doivent tout de même suivre une formation de mise à niveau.
En 1984, la Sûreté du Québec hérite également de l’application des règlements liés au transport routier. Ainsi, les surveillants du Service d’inspection du ministère des Transports sont aussi intégrés dans l’organisation. Ce mandat est cependant de courte durée, puisqu’en 1991, cette responsabilité est remise à la Société de l’assurance automobile du Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Depuis la fondation de la Police provinciale le 1er mai 1870, l’emblème joue un rôle identitaire central et représente de nombreuses facettes de l’organisation. La force de l’emblème se reconnaît dans son caractère qui soulève la fierté de l’appartenance à la Sûreté du Québec et officialise son existence vis-à-vis des citoyennes et citoyens du Québec.
Depuis 1870, une multitude de changements provoquent la mutation de l’emblème, tant dans sa forme que dans ses couleurs. L’emblème actuel est bien loin de l’emblème original.
Au fil du temps, les armoiries du Québec y sont présentées de façon constante. Les emblèmes plus anciens montrent la première version des armoiries, qui sont concédées par la reine Victoria en 1868, rappelant l’appartenance à la couronne britannique. Par la suite, les emblèmes arborent la deuxième version des armoiries du Québec, qui sont concédées par le roi Georges VI en 1939. Le ministère de la Justice du Québec offre la description numismatique officielle des armoiries de 1939 :
« Tiercé en fasce; d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or; de gueules, à un léopard d'or, armé et lampassé d'azur; d'or, à une branche d'érable à sucre à triple feuille de sinople, aux nervures du champ. Timbré de la couronne royale. Sous l'écu, un listel d'argent bordé d'azur portant la devise JE ME SOUVIENS du même. »
À partir des années 1970, suivant les normes de représentation officielle du gouvernement du Québec, les armoiries laissent leur place centrale à la fleur de lys, autre symbole fort. Par la suite, l’évolution de la fleur de lys au sein de l’emblème s’ajustera à l’évolution des normes de représentation du gouvernement du Québec.
Ainsi, une partie de l’identité québécoise se reflète dans la présentation visuelle soignée. Des liens historiques forts existent entre la Sûreté du Québec et les périodes française et britannique. Le choix des couleurs n’est pas laissé au hasard. Le bleu et le blanc calquent le drapeau du Québec, le fleurdelisé. Plus colorés, le vert et le jaune sont directement liés à l’histoire de la Sûreté du Québec, devenant les couleurs officielles de l’organisation au début des années 1960.
Parallèlement à l’emblème, le nom de l’organisation a aussi changé au cours de son histoire. De « Police provinciale de Québec » à sa fondation en 1870, il deviendra « Police provinciale » en 1922. En 1938, une nouvelle loi de police vient modifier le nom de l’organisation, qui sera désormais « Sûreté provinciale du Québec ». De 1940 à 1961, l’organisation prend le nom de « Sûreté provinciale de Québec » pour revenir par la suite à « Sûreté provinciale du Québec » en 1961. C’est en 1968, en sanctionnant une nouvelle loi de police, que le gouvernement octroie à l’organisation le nom perdurant encore de nos jours, soit celui de « Sûreté du Québec ».
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Le contrôle de la vitesse sur les routes du Québec n’est pas l’apanage du 20e et du 21e siècle. Dès la première moitié du 19e siècle, avant même la création de la Police provinciale en 1870, des lois sont votées pour réduire l’allure des cavaliers et des attelages à certains endroits névralgiques, comme les grandes villes et leurs alentours ou les routes entourant les lieux de culte. Sans aucun moyen précis d’évaluer la vitesse des passants, les officiers de la paix doivent s’en remettre à leur observation et leur jugement, ce qui rend leur évaluation subjective et inégale. Une infraction pour le dépassement de la vitesse maximale prescrite par la loi, le trot ordinaire, est à l’époque punissable par une amende, ou lorsque le paiement est impossible, par un emprisonnement du contrevenant.
À partir du début du 20e siècle, l’augmentation de la circulation automobile est fulgurante au Québec. Pour améliorer la sécurité routière, le gouvernement provincial légifère et impose des règlements et des limites de vitesse. Une « police de la route » est également créée en 1914. Sous la dépendance du département de la Voirie du Québec, elle a pour tâche de patrouiller le réseau routier de la province et de mettre en application les règlements et les limites de vitesse en vigueur sur les routes. L’évaluation subjective de la vitesse des usagers est cependant toujours en application. Sans outils spécialisés pour détecter la vitesse d’un objet en mouvement, les policiers doivent s’appuyer sur des méthodes réfutables et peu précises. La grosseur du nuage de poussière soulevé par une automobile sur un chemin de terre, le chronométrage du déplacement d’un automobiliste entre deux points fixes ou la vérification du temps parcouru entre deux barrières de contrôle routier comme aux entrées du parc des Laurentides ne sont que quelques exemples des moyens qui pouvaient être utilisés à l’époque.
En 1938, la Police de la route est intégrée à la Sûreté provinciale, mais les techniques de détection de la vitesse ne changent pas. Il faudra attendre les années 1960 pour voir apparaître un appareil scientifique et fiable au sein de l’organisation, et qui viendra révolutionner le domaine : le radar (radio detection and ranging).
Inventé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le radar est un appareil qui émet de façon régulière des ondes radioélectriques et qui collecte celles réfléchies par les objets rencontrés sur leur chemin. Fort utile pour repérer les avions et les navires ennemis durant le conflit, cette technologie militaire s’implante par la suite dans différents secteurs d’activité civils.
Arrive alors John Baker, un ingénieur qui a travaillé sur le radar durant le conflit. Il fait breveter un appareil de contrôle du trafic. Ce cinémomètre, jumelant la technologie du radar et l’effet Doppler, permet maintenant de déterminer la vitesse d’un objet en mouvement. Cette nouvelle technologie prometteuse s’implante tranquillement dans les différents corps de police nord-américains et aboutit finalement à la Sûreté provinciale en 1962. Pour la première fois, les patrouilleurs de l’organisation ont accès à un outil précis et fiable pour contrôler la vitesse des usagers de la route, améliorant ainsi la sécurité routière dans la province.
Les premières opérations radar de la Sûreté provinciale ont lieu à l’été 1962. Les patrouilleurs sont alors équipés d’un radar analogique et d’un appareil à charte graphique enregistrant les résultats captés par le radar. Le système, plutôt lourd, s’avère compliqué à installer et à manipuler. En plus du système de radar et de l’appareil à charte graphique, l’opérateur doit transporter une bouteille d’encre et un support en bois pour installer l’appareil ainsi qu’un niveau pour tout mettre en place. Par la suite, l’opérateur doit tester le radar à l’aide de diapasons de différentes longueurs d’onde. En 1963, devant la complexité de tout ce processus, l’École de police du Québec décide d’instaurer une formation d’opérateur de radar pour les policiers de la Sûreté provinciale. L’arrivée de cette nouvelle technologie au sein de la Sûreté provinciale procure une efficacité et une précision accrues lors d’opérations de surveillance de la vitesse. Elle offre également une preuve scientifique de l’infraction. Le radar fait partie des différentes innovations du milieu du 20e siècle qui ont mené à la professionnalisation du métier de policier.
Après quelques années d’utilisation, l’organisation décide de retirer les appareils à charte graphique pour simplifier le travail des policiers. En effet, l’utilisation de cet appareil lors d’une opération radar requiert beaucoup de temps de travail administratif de la part du policier, ce qui réduit, par le fait même, le temps qu’il consacre à la surveillance de la circulation.
Devant l’évolution technologique des cinémomètres, la Sûreté du Québec décide d’utiliser une approche prudente pour éviter les retours en arrière. La première grande innovation des cinémomètres radar adoptée par l’organisation est l’affichage numérique. Apparu au cours des années 1970, l’affichage numérique simplifie la lecture de la vitesse par l’opérateur du radar, ce qui facilite le travail du policier et apporte une plus grande précision que la version analogique. C’est également durant les années 1970 que l’organisation se dote d’un premier cinémomètre radar portatif, soit de type pistolet : le Muni Quip T-3 de la compagnie Tribar Industries Inc.
Au tournant des années 1980, la Sûreté du Québec met à l’essai différents modèles d’un nouveau type de radar : le radar dynamique. Cette nouvelle technologie permet de capter la vitesse des véhicules non seulement lorsque l’autopatrouille est en position stationnaire, mais également lorsqu’elle est en mouvement. Une révolution pour l’époque puisqu’auparavant, le patrouilleur devait immobiliser son véhicule en bordure de la route pour effectuer une opération radar.
Au début des années 1990, une nouvelle technologie fait son apparition sur le marché et au sein de l’organisation : le cinémomètre laser. En utilisant un lidar (light detection and ranging) qui projette des ondes lumineuses, ces appareils peuvent cibler directement une voiture, ce qui permet une identification précise et exacte du véhicule en infraction. De plus, puisque la technique utilisée n’est pas la même que pour le radar, le cinémomètre laser aide à déjouer les détecteurs de radar conventionnels, ce qui constitue un très grand avantage pour le patrouilleur à l’époque et encore aujourd’hui.
Les deux types de technologies coexistent toujours dans l’arsenal de la Sûreté du Québec. Leur utilisation est dictée par leurs forces et leurs faiblesses respectives. Certains modèles de cinémomètre sont plus utilisés en milieu rural, alors que d’autres le sont en milieu urbain ou encore, dans le cadre d’activités récréotouristiques.
En 2009, un nouvel outil de surveillance de la vitesse fait son apparition sur les routes du Québec : le cinémomètre photographique. Fruit de la collaboration de plusieurs organismes gouvernementaux et policiers du Québec, ce projet pilote devient permanent à partir de 2012. Le but de ces appareils est d’améliorer la sécurité sur les routes en ciblant des endroits reconnus accidentogènes et où il est difficile, voire dangereux pour les policiers d’effectuer de la surveillance.
L’implication de la Sûreté du Québec dans le projet est multiple. Celle-ci « […] gère le Centre de traitement de la preuve où s’effectuent notamment la gestion des appareils fixes et la vérification de leur bon fonctionnement, ainsi que la confection des rapports d’infraction généraux (RIG); ces rapports sont produits à partir des dossiers générés par tous les ACA [appareils de contrôle automatisés] installés. De plus, elle gère et coordonne les opérations policières liées à l’utilisation des ACA mobiles vitesse sur le réseau routier pour lequel elle assure la surveillance. Également, elle soutient et conseille les corps policiers municipaux dans leurs activités associées au projet pilote de coopération municipale. La SQ [Sûreté du Québec] assure aussi la formation de tout le personnel appelé à utiliser les différents équipements liés au contrôle automatisé. » (Direction générale de la sécurité et du camionnage, 2018, p. 93)
Pour la Sûreté du Québec, l’utilisation du cinémomètre n’a pas seulement une vocation répressive, mais elle peut également être un outil de sensibilisation. Un des exemples les plus récents est le recours, pour la première fois au printemps 2022, d’un radar vivant lors d’une opération de sensibilisation à l’importance de respecter la limite de vitesse dans les zones scolaires. Cet outil choc développé par la Société de l’assurance automobile du Québec et le Service de police de la Ville de Laval s’inscrit dans la philosophie de prévention, de sensibilisation et d’éducation prônée par la Sûreté du Québec.
Le concept est simple. Sous la supervision d’un policier, un enfant porte un sac à dos contenant un cinémomètre radar et arborant un panneau qui affiche la vitesse des automobilistes. À la vue de l’enfant, les conducteurs ont tendance à prendre conscience de leur vitesse et à ralentir instantanément.
Depuis longtemps, la surveillance de la vitesse sur les routes se veut un moyen d’améliorer la sécurité routière. Plusieurs techniques ont été utilisées au fil du temps, mais l’arrivée du cinémomètre bouleverse les façons de faire à la Sûreté du Québec. Que ce soit par la répression ou la prévention, le cinémomètre permet aux conducteurs de prendre conscience de leur vitesse et de diminuer les risques d’accidents sur la route.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023
En décembre 2000, le ministère de la Sécurité publique publie une politique ministérielle pour favoriser l’implantation du concept de police communautaire dans l’ensemble des corps policiers du Québec. Dans cette politique ministérielle, on peut lire que quatre principes sont à la base de la police communautaire, soit : le rapprochement avec les citoyens, le partenariat avec d’autres institutions, l’approche de résolution de problèmes et le renforcement des mesures préventives. Les orientations de cette politique ministérielles sont basées sur les résultats de divers projets menés au Québec et dans d’autres pays. Pour sa part, la Sûreté du Québec a commencé à s’intéresser à la police communautaire plusieurs décennies avant cette politique ministérielle.
Vers la fin des années 1970, la Sûreté du Québec commence à implanter le concept de police communautaire en mettant sur pied, en collaboration avec différents corps policiers, des comités de prévention du crime dans les différentes régions qu’elle dessert. C’est dans cette mouvance communautaire que le comité de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean se donne comme objectif de trouver une mascotte pour promouvoir la prévention du crime. Le comité décide donc de créer Préventonix le 29 novembre 1978. Le mandat de la mascotte est simple : publiciser le programme de prévention régionale mis en place, vulgariser les concepts de prévention du crime et aider les animateurs lors de tournées dans les écoles de la région. La mascotte sera tellement populaire que d’autres régions voudront bénéficier de sa présence.
Durant les années 1980, la Sûreté du Québec décide d’orienter ses relations publiques vers les besoins de la collectivité et le partage avec cette dernière de ses responsabilités en matière de contrôle social. Pour ce faire, l’accent est mis sur les contacts avec le public et la promotion d’habitudes de prévention chez les citoyens. Au cours de cette décennie, la Sûreté du Québec va également participer à plusieurs œuvres de charité, dont la campagne de souscription de l’Association québécoise de la fibrose kystique.
En 1983, on voit l’apparition de la nouvelle mascotte Police-Ami. Cette dernière se veut un « agent de liaison entre les jeunes et la Sûreté du Québec ». Sa première apparition a lieu lors de la course de boîtes à savon annuelle de Buckingham. Cette nouvelle mascotte a comme mandat d’enseigner les dispositions du Code de la sécurité routière et de certaines lois criminelles, de servir de confident pour les jeunes en difficulté et d’assister à toutes les activités auxquelles elle sera invitée.
Depuis des décennies, la philosophie policière en Amérique du Nord définissait le succès du travail des policiers par la rapidité de l’intervention de ces derniers. Pour atteindre ce niveau de succès, les corps de police ont longtemps misé sur la technologie des communications et les patrouilles motorisées. Cependant, vers les années 1970 aux États-Unis et vers la fin des années 1980 pour la Sûreté du Québec, le bilan est évident : la course aux technologies a progressivement éloigné le patrouilleur de la population qu’il dessert. Il fallait maintenant faire changer les choses et établir une philosophie de coopération entre le patrouilleur et la collectivité.
L’année 1987 est signe du début de ce changement pour la Sûreté du Québec. Cette métamorphose commence par la création du Service des relations communautaires comprenant, à partir de 1989, une division des relations interculturelles.
Dès 1990, la Sûreté du Québec s’engage dans l’approche communautaire en mettant sur pied un projet pilote au poste de Papineauville. Ce projet permet aux citoyens de la région, par l’intermédiaire d’un comité consultatif formé de représentants de tous les milieux de la municipalité, de participer de manière active à la sécurité de leur communauté. L’année 1990 témoigne également de la mise en place, par le ministère de la Sécurité publique, d’un code de déontologie unique pour tous les corps policiers du Québec. Ce dernier permet une plus grande transparence du processus de traitement des plaintes.
En 1991, la collaboration entre la Sûreté du Québec et les Caisses Desjardins mène à la création de l’Agent C. Populaire. Le mandat de ce robot éducateur est de diffuser aux enfants des messages concernant la prévention. Il sera présent dans différents événements communautaires impliquant l’organisation.
C’est également en ce début des années 1990 que nous assistons aux prémices de la réorganisation de la carte policière québécoise. En effet, en 1991, une première loi vient bouleverser l’ordre établi depuis 1968. Dorénavant, les petites municipalités qui étaient desservies gratuitement par la Sûreté du Québec doivent payer les coûts de la sécurité publique qu’elles requièrent. Cette réforme pousse inévitablement les municipalités à tenter de réaliser des économies d’échelle par le biais d’ententes régionales. Ces changements incitent la Sûreté du Québec à implanter plus rapidement le modèle de police communautaire.
Entre 1992 et 1994, la Sûreté du Québec installe progressivement des comités consultatifs dans une centaine de postes. Cette période coïncide aussi avec l’intégration du processus permanent de consultation de la clientèle au mode de gestion de l’organisation et à l’adoption de l’approche stratégique de résolution de problème. Le poste de police local devient le pivot de la structure d’intervention de la Sûreté du Québec.
En 1996, la « Loi modifiant la loi de police et d’autres dispositions législatives » stabilise la desserte policière et oblige les municipalités de moins de 5000 habitants à recourir aux services de la Sûreté du Québec. La mise en œuvre des ententes de desserte policière découlant de cette loi donne lieu à l’implantation d’une police de proximité au sein de l’organisation.
En 1997, la Sûreté du Québec lance le programme de réconfort mettant en vedette la mascotte et les oursons en peluche Polixe. Cette initiative vise à soutenir et consoler les enfants ayant vécu une situation difficile. Des milliers d’oursons seront distribués dans les voitures de patrouille afin que les patrouilleurs puissent avoir recours à leur service lorsque requis.
En 2001, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » vient une fois de plus bouleverser la desserte policière. En effet, à compter du 21 juin 2001, ce sont les municipalités de moins de 50 000 habitants qui tombent sous la juridiction du corps de police nationale. L’urbanisation du mandat de la Sûreté du Québec confirme l’importance de l’implantation de la police de proximité dans l’organisation.
Voyant l’urbanisation de ses mandats, la Sûreté du Québec profitera de ce vent de changement pour consolider le modèle de police de proximité en bonifiant la formation offerte. Cette nouvelle formation reprend les cinq grands axes de la police de proximité tout en y intégrant les différentes tâches des policiers. Les cinq grands axes sont : la présence familière des policiers dans les municipalités, la qualité des services offerts aux citoyens, le partenariat avec la population, la consultation de la clientèle et la résolution de problèmes de sécurité publique.
L’évolution de la police communautaire et l’implantation d’une police de proximité à la Sûreté du Québec auront permis à cette dernière d’être prête à affronter les défis émanant de ses nouveaux mandats et des réformes de la desserte policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Avant l'acquisition par la Sûreté provinciale d'une véritable flotte de véhicules identifiés, la patrouille des routes du Québec s'effectue essentiellement en motocyclette. Néanmoins, entre les années 1930 et 1945, quelques voitures de modèles différents non identifiés sont de plus en plus utilisées.
En mars 1945, la Sûreté provinciale se dote d'une flotte de véhicules de patrouille identifiés. Le modèle acquis à l'époque est une Plymouth Special De Luxe. Ces voitures sont dotées d'un phare fixe sur le toit et d’un premier système radio d’envergure régionale.
Ces voitures se retrouvent en périphérie des grands centres tels que Montréal et Québec, puis ensuite Trois-Rivières et Sherbrooke. Pour sa part, la motocyclette continue d'être largement utilisée dans les régions.
Ce n’est véritablement qu’à partir du milieu des années 1950 que l’automobile détrône la motocyclette en tant que principal outil de travail des policiers de la route. C’est aussi dans ces mêmes années que les premières lumières clignotantes rouges sont installées en remplacement du phare fixe sur le toit du véhicule, une innovation améliorant la visibilité de la voiture de patrouille en situation d’urgence.
Bien que le nom officiel de l’organisation soit la Sûreté provinciale du Québec depuis 1938, les voitures de l'époque portent l'emblème bilingue de la Sûreté provinciale, indiquant « Provincial Police » sur la portière de gauche et « Police provinciale » sur la portière de droite.
La Révolution tranquille, au début des années 1960, apporte son lot de changements, y compris à la Sûreté provinciale. S'amorce alors une vague de réformes dans la formation des policiers, l'embauche et les façons de faire au sein de l’organisation.
Durant cette décennie, la présence policière s'accroît et les effectifs également, ce qui impose une augmentation importante du parc de véhicules : celui-ci passe de 582 véhicules en 1962 à 928 en 1968.
Un des changements majeurs des années 1960 pour l’organisation est l'adoption de nouvelles couleurs. Les uniformes et les véhicules passent au vert, couleur qui devient emblématique pour la Sûreté du Québec.
Les nouvelles autopatrouilles sont vertes avec des portières jaunes, et sont dotées des premiers gyrophares rotatifs ainsi que du phare « police stop » sur le coin de l’aile avant droite. Comme les phares intermittents n’existent pas, cette lumière clignotante permet au policier de se placer à égalité du véhicule qu’il veut intercepter et d’indiquer au conducteur qu’il doit s’immobiliser.
C’est aussi dans les années 1960 qu’un numéro d’identification est octroyé à chacun des véhicules identifiés de la flotte. Les premiers numéros d’identification se retrouvent uniquement à l’intérieur de l’automobile, sur le tableau de bord. Composé de caractères alphanumériques, le numéro se lit comme suit, par exemple pour M143MR : Montréal; voiture 143; marquée; pourvue d’une radio de communication.
Au début des années 1970, les véhicules à deux portes sont abandonnés au profit de modèles à quatre portes, beaucoup plus pratiques. Les véhicules commencent également à être identifiés par une numérotation sur les côtés et sur le toit.
Un premier système de lumières plus élaboré sur le toit des véhicules fait son apparition. Ce système est composé d’un gyrophare au centre et de deux feux clignotants aux extrémités. Il est familièrement appelé « Mickey Mouse » dans le jargon policier.
Ce n’est que vers la fin des années 1970 qu’apparaissent les premières lumières bleues sur les gyrophares. Avec le temps, les gyrophares bleus deviennent exclusifs aux véhicules de police, alors que les gyrophares rouges sont utilisés par tous les types de véhicules d’urgence.
En 1980, la Sûreté du Québec intègre la Police des autoroutes dans ses rangs. Ce corps policier travaille alors exclusivement sur les autoroutes à péage du Québec. Lors de l'intégration de la Police des autoroutes, la Sûreté du Québec fait également l'acquisition de sa flotte de véhicules. Ceux-ci gardent leurs anciennes couleurs, mais avec l'ajout de l’identification de la Sûreté du Québec.
Au début des années 1980, le Québec est secoué par une grave crise pétrolière. La Sûreté du Québec doit revoir ses choix de véhicules, abandonnant les grosses cylindrées (V8) pour des modèles plus économiques (V6).
La Chevrolet Malibu 1980 est la dernière grosse cylindrée acquise par la Sûreté du Québec avant ce changement de cap. Ce modèle est doté de gyrophares bleus et rouges positionnés aux extrémités du toit de l’automobile, éliminant par le fait même les feux clignotants latéraux des modèles précédents.
En temps de compressions budgétaires et de réduction de la taille des véhicules de la Sûreté du Québec, la Plymouth Caravelle 1982 s'avère le meilleur compromis entre les modèles intermédiaires. C’est une voiture qui semble appréciée de l’ensemble des policiers.
En 1983, la récession force la Sûreté du Québec à acheter des véhicules plus compacts et économiques. Cependant, ils sont aussi moins performants. Au cours de ces années, la Sûreté du Québec doit mettre en place plusieurs autres mesures afin de limiter ses coûts, telles que la patrouille statique obligatoire, la limite de kilométrage et un gel d'embauche de sept ans.
Pour desservir les réserves autochtones du Grand Nord québécois, la Sûreté du Québec se dote de véhicules 4 x 4, plus adaptés aux conditions difficiles. Ces véhicules sont identifiés aux couleurs et à l’emblème de l’organisation jusqu’à ce que les communautés autochtones assurent la prise en charge totale de leur police. Elles apposent alors leur propre emblème sur les véhicules aux couleurs de la Sûreté du Québec pour ensuite y ajouter leurs couleurs.
Appuyée par des études américaines concluant que le blanc est la couleur qui réfléchit le mieux la lumière, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses premières voitures blanche après 23 ans de voitures vertes et jaunes. Le blanc devient alors progressivement la couleur officielle de base de toute la flotte automobile. La transformation de la flotte de voitures de patrouille se fait sur une période de trois ans.
À partir de 1991, les véhicules sont munis de gyrophares plats beaucoup plus puissants, d’un système de contrôle des équipements lumineux et de sirènes fabriquées par l’entreprise Signaflex à Victoriaville. La sirène est maintenant indépendante de la radio et possède un répertoire de sons beaucoup plus vaste et varié. Le système manuel de gestion de la sirène, fabriqué par la compagnie Bell et ses sous-traitants, est remplacé par un système de boutons-pressions.
Au cours des années 1992 à 1996, la Sûreté du Québec fait uniquement l'acquisition de voitures de marque Chevrolet Caprice. Seule différence significative : elle abandonnera en 1993 les Chevrolet Caprice V8 pour les V6, qui sont plus économiques.
Avec la fin de la production du modèle Caprice de Chevrolet en 1996, la Sûreté du Québec est contrainte de changer de modèle d’automobile. Avec son moteur 4,6 litres, le modèle Crown Victoria de Ford, acheté à partir de 1998, mais appelé Police Interceptor dès 1999, fait partie des véhicules les plus fiables et robustes utilisés par les corps de police nord-américains.
Dans le but de pouvoir intervenir efficacement auprès de l’ensemble des usagers de la route, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses toutes premières voitures semi-identifiées et semi-banalisées. Pour ce type de véhicule, les gyrophares sont remplacés par des feux alternatifs bleus et rouges ainsi qu’un stroboscope placé dans le pare-brise. La Sûreté du Québec se les procure entre 2000 et 2003.
Le 3 mai 2005, la Sûreté du Québec fait le lancement officiel de la nouvelle identité visuelle de ses véhicules identifiés. Celle-ci affiche des éléments des armoiries de l’organisation tels que l’écu échiqueté or et vert sur les côtés, l’avant et l’arrière ainsi que l’écu de la grande fonction sur le montant arrière.
En 2008, la hausse du prix de l’essence et la pression sociale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre incitent les organisations publiques et privées à prendre un virage vert. La Sûreté du Québec se tourne alors vers des voitures moins énergivores, comme la Dodge Charger, une voiture munie d'un moteur V6, mais étonnamment puissante. Ce modèle devient prédominant dans la flotte au cours des années suivantes.
Durant les années 2010, les Dodge Charger et les Ford Taurus sont toujours présentes sur nos routes. Celles-ci sont équipées de protège-calandre (push bars) ou de flèches directionnelles. Dans le cadre de leur travail, elles sont également appuyées par des véhicules munis d'un système de reconnaissance de plaques.
Quelques mois après avoir présenté ses nouveaux uniformes, la Sûreté du Québec dévoile, en juillet 2017, la nouvelle apparence de ses véhicules identifiés. Les uniformes et les véhicules arborent maintenant la couleur noire de façon prédominante tout en conservant le vert comme couleur caractéristique.
Le déploiement des nouvelles voitures est amorcé à partir de l'automne 2017. Le renouvellement complet du parc de véhicules de première ligne est prévu se faire en trois ans à un coût nul. Les véhicules en fin de vie sont graduellement remplacés par les nouvelles autopatrouilles noires.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Jusqu’au tout début des années 1960, le Quartier général de la Division de Québec, situé au 300, boulevard Saint-Cyrille, était reconnu pour abriter une exposition d’objets plutôt inusités. C’est à la demande du chef divisionnaire, le lieutenant-colonel Léon Lambert, qu’une section du corridor du rez-de-chaussée du bâtiment est aménagée en véritable cabinet de curiosités.
Le quartier-maître de l’époque, le lieutenant Rosaire Drolet, se voit donc confier la tâche monumentale de regrouper et d’exposer une collection rassemblant d’authentiques pièces à conviction. On y retrouve, entre autres, des armes à feu, des couteaux, des gourdins, des haches et même un lot d’objets récupérés lors d’une « descente » dans une fumerie d’opium, de la fausse monnaie et des machines à sous saisies lors du démantèlement de salons de jeux clandestins.
Certains de ces éléments sont reliés à des enquêtes bien connues du public. Il y a les objets ayant servi à infliger des sévices à Aurore Gagnon « l’enfant martyre », décédée en 1920. On y retrouve aussi la réplique de la bombe à retardement de l’affaire Albert Guay en 1949, ainsi qu’une trentaine de cordes de pendaison, dont celle de la dernière femme pendue au Canada, le 9 janvier 1953. Bref, ce lot d’objets représente de nombreuses enquêtes régionales effectuées par la division entre 1870 et 1961.
Malgré la place prépondérante donnée aux pièces à conviction dans l’exposition, le musée exhibait également une quantité non négligeable d’objets utilisés par les policiers de la division tels que des pièces d’uniforme, des insignes, des menottes, des matraques et des armes à feu de service.
Or, en 1961, les grandes réformes policières et la centralisation des pouvoirs à Montréal mènent à la fermeture du Quartier général divisionnaire. Le musée est donc démonté, emballé et transporté au nouveau Grand quartier général, alors situé au 360, rue McGill à Montréal. Malheureusement, les boîtes n’y ont jamais été ouvertes… Puis, en 1968, lors de l’occupation officielle de l’actuel Grand quartier général de Montréal, sur la rue Parthenais, les mêmes boîtes sont déménagées à nouveau, sans toutefois soulever de passion. Elles restent scellées et demeurent dans l’oubli général.
Ces boîtes ont été redécouvertes seulement en 1983. La quasi-totalité des traces reliant les objets à leurs crimes respectifs a disparu. Cependant, certaines informations permettent de contextualiser l’origine de ces objets mystérieux. Au total, ce sont environ 300 pièces historiques qui sont parvenues jusqu’à nous, et certaines sont les plus vieilles de la Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
L’identification visuelle des policiers a toujours été un élément important de l’uniforme de ceux-ci. Pour ce faire, tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a utilisé plusieurs types d’ornements sur son uniforme. Au fil des différentes époques, ces ornements sont devenus des marqueurs historiques de l’évolution de l’organisation et de son image ainsi qu’un symbole du professionnalisme des policiers les portant. Afin de bien s’orienter, il est plus pratique de séparer en deux grandes familles ces éléments bien distinctifs : les identifications d’épaule et les insignes, couramment nommés badges, de l’anglais.
Identifications d’épaule
Les identifications métalliques d’épaule portent habituellement l’acronyme de l’organisation qu’elles représentent. C’est ainsi que les lettres PPQ renvoient à la « Police provinciale de Québec » et que les lettres CLQ renvoient à la « Commission des liqueurs du Québec ». Plusieurs variantes de ces identifications métalliques seront produites et utilisées par l’organisation. L’usage généralisé de ce type d’insigne se termine vers 1960 avec les grandes réformes de la Révolution tranquille.
À partir de ce moment, les écussons en demi-lune apparaissent sur les uniformes de l’organisation. Initialement fabriqués en caoutchouc, une matière se dégradant facilement, ils sont rapidement remplacés en 1962 par des modèles en tissu, beaucoup plus résistants. Pour ce grand changement, l’écusson en demi-lune arbore les nouvelles couleurs de l’organisation, soit le vert et le jaune. La forme de demi-lune est en utilisation jusqu’en 1994 où la forme du blason (bouclier) est adoptée. Ce nouvel écusson est beige et inclut l’emblème de 1983, jumelé à la devise de l’organisation : Service, Intégrité, Justice. Il est utilisé jusqu’en 2016, lors de l’arrivée du nouvel uniforme introduisant une nouvelle couleur organisationnelle pour la première fois depuis 50 ans : le noir. De 1962 à 2020, une succession de sept différents écussons d’épaule apparaissent sur l’uniforme de l’organisation.
Insignes
Encore une fois, une multitude de variantes existent selon l’époque ou la fonction du détenteur de l’insigne. De façon générale, ils sont de petite dimension et ils sont fabriqués en métal. On peut souvent y remarquer le matricule ou le grade du policier ainsi que les armoiries du Québec et le nom ou l’emblème de l’organisation. En fonction de l’époque, plusieurs types d’insignes sont utilisés sur les uniformes, tels que les insignes de képi, les insignes de poitrine ou encore les insignes de collet.
Dans tous les cas, les identifications d’épaule et surtout les insignes représentent l’autorité dont le policier est investi et permettent une grande visibilité de celui-ci au sein du public. La visibilité des forces policières est souvent le premier pas vers la sécurité du public et la prévention de la criminalité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Les années 1960 marquent le début de la professionnalisation du métier de policier à la Sûreté provinciale. Si la formation occupe une place prépondérante dans ce processus, elle n’était pas totalement inexistante auparavant. En effet, dès la création de l’organisation, en 1870, une formation que l’on pourrait qualifier de « continue » est imposée aux gendarmes. On parle ici d’entraînement physique ainsi que de formation à la marche militaire et au tir au pistolet. Les façons de faire des policiers sont également abordées. Puisque cet enseignement est donné uniquement aux policiers déjà en fonction et au gré des disponibilités de ceux-ci, des lacunes dans le travail policier liées au manque de formation apparaissent au fil du temps. Ce n’est qu’à partir des années 1930 qu’on tente de trouver une solution à ce problème.
Écoles policières de Québec et de Montréal
En 1934, le nouveau chef de la Division de Québec de la Police provinciale, le lieutenant-colonel Léon Lambert, en poste depuis 1932, s’attaque au problème en créant des cours de criminologie pour bonifier les connaissances de ses hommes. Ce faisant, Léon Lambert veut montrer au gouvernement québécois l’importance de la formation pour le travail policier ainsi que les avantages d'investir dans cette voie.
Pendant quatre ans, le statu quo persiste au Québec. Plusieurs cours temporaires d’exercices, de français, d’anglais, de premiers soins et de droit criminel sont donnés pendant cette période, mais aucune école policière permanente n’est mise sur pied. Plusieurs années de discussions sont donc nécessaires avant d’aboutir, en 1939, à la création des premières écoles policières pour la Sûreté provinciale.
Le 9 janvier 1939 sont enfin inaugurées les Écoles policières de Québec et de Montréal. Celles-ci ont pour mandat d’offrir la formation continue aux policiers déjà en service et de former les nouvelles recrues de la Sûreté provinciale. Bien que ces écoles soient dirigées par la Sûreté provinciale, elles sont également ouvertes aux corps de police municipaux qui désirent y envoyer leurs policiers. Plusieurs corps de police municipaux finiront tout de même par créer leur propre école de police.
D’un caractère plutôt éphémère, les Écoles policières de Québec et de Montréal sont basées sur une offre de cours au besoin. Les recrues n’ont donc pas nécessairement accès à une formation de base avant d’entreprendre leur carrière de policier. Par ailleurs, la gestion de l’administration et des aspects pédagogiques est ininterrompue et se fait à même l’organisation. Ces deux écoles sont en activité au sein de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961.
École de police du Québec
L’arrivée des libéraux de Jean Lesage au pouvoir en 1960 provoque une vague de changements au sein de la société québécoise et de son gouvernement. Cette révolution sociale n’épargne pas la Sûreté provinciale. Le premier ministre veut moderniser et professionnaliser le corps de police provinciale. Pour ce faire, le gouvernement nomme dès 1960 un nouveau dirigeant pour l’organisation et sanctionne la « Loi concernant la Sûreté provinciale du Québec » en 1961. Celle-ci crée une première école policière permanente pour la Sûreté provinciale : l’École de police du Québec. Bien qu’elle soit placée sous la gouverne du directeur général de la Sûreté provinciale, l’École offre également ses services de formation professionnelle aux corps de police municipaux qui en font la demande.
Devant l’exiguïté de ses locaux du quartier général de Montréal et l’impossibilité d’y installer l’École de police du Québec, la Sûreté provinciale se met à la recherche d’un endroit pour y établir son école en 1961. La décision du gouvernement Lesage d’aménager les quartiers généraux de la Sûreté provinciale ainsi que l’École de police du Québec dans un nouveau bâtiment érigé sur la rue Fullum pousse l’organisation à chercher une solution temporaire en attendant de pouvoir intégrer ses nouveaux locaux. Malheureusement, le bâtiment devant abriter l’École ne verra jamais le jour.
Après quelques pourparlers avec le propriétaire du Palais des sports, situé au 550, rue Poupart à Montréal, un bail de quatre ans est signé et l’aménagement de l’édifice est entrepris. Devant des problèmes de financement de la part du propriétaire, les travaux sont arrêtés et le gouvernement se voit dans l’obligation d’acheter le bâtiment dans l’état où il est. Les locaux de l’École sont finalement livrés au ministère des Travaux publics le 18 décembre 1961 et l’entraînement des premières recrues commence le 5 janvier 1962.
La Sûreté provinciale ayant un important besoin de policiers à cette époque, le premier responsable de l’École de police du Québec, l’inspecteur-chef Fernand De Miffonis, entreprend la formation de nouvelles recrues dès le 6 mars 1961, et ce, même si l’École ne possède pas de locaux où l’offrir. Pendant les 13 mois que durent la recherche et l’aménagement des locaux de l’École de police du Québec, les installations de la Palestre nationale sont utilisées pour former les cinq premiers contingents de recrues de l’histoire de l’École.
D’abord prévue pour durer trois mois, la formation des recrues est raccourcie à six semaines pour combler les besoins de l’organisation. Elle est par la suite allongée à huit semaines en septembre 1964. Durant leur formation, les recrues touchent à différents sujets de base tels que l’administration, la législation, la police technique et scientifique, l’entraînement physique, le defendo, les exercices militaires, les premiers soins, la conduite d’une voiture de patrouille ainsi que le tir au pistolet. Une fois ces connaissances de base acquises, les recrues sont assermentées, puis on leur assigne un lieu de travail.
Les premières années d’existence de l’École sont marquées non seulement par le recrutement intensif, mais également par des difficultés d’approvisionnement en uniformes. L’École peine à habiller ses recrues avant leur affectation à un poste de police. En général, les uniformes arrivent tout juste à la dernière journée de cours ou trop tard. Plusieurs contingents doivent donc commencer leur emploi sans uniforme réglementaire.
L’enseignement fait aussi face à des défis de taille durant les premières années de l’établissement. Le manque d’espace et d’équipement pousse l’École de police du Québec à prioriser l’enseignement magistral au détriment de démonstrations pratiques. Cette situation nuit alors à l’intérêt et à l’apprentissage des recrues, qui ne possèdent pas d’expériences policières pour contextualiser la matière apprise. À partir de 1963, on tente de pallier le problème en créant divers supports audiovisuels.
À partir de 1966, la Sûreté provinciale décide de former des groupes de cadets policiers au sein de son organisation. Le but avoué de ces groupes est d’orienter les jeunes qui sortent de l’école publique vers une carrière de policier. Ces jeunes n’ayant pas l’âge pour devenir policier, l’organisation veut leur permettre d’acquérir une certaine expérience policière avant leur arrivée au sein de la Sûreté provinciale et ainsi s’assurer qu’ils ne choisiront pas une autre carrière. Pour l’État-major, c’est une façon d’investir dans de futures recrues. Bien que les raisons aient légèrement changé avec le temps, la fonction de cadet existe toujours au sein de la Sûreté du Québec.
Malgré sa volonté d’offrir des services de formation professionnelle aux corps de police municipaux, l’École de police du Québec ne deviendra jamais une école pour l’ensemble des policiers de la province. Bien que quelques cours soient donnés aux policiers municipaux, l’exiguïté des locaux ainsi que le manque de disponibilité et d’installations poussent plusieurs corps de police municipaux à conserver leur école de formation.
Institut de police du Québec
Le problème d’hétérogénéité de la formation des policiers au Québec et la difficulté des corps policiers municipaux à avoir accès à des formations à l’École de police du Québec poussent le gouvernement à inclure dans la « Loi de police », sanctionnée le 21 juin 1968, la création d’une nouvelle institution de formation policière : l’Institut de police du Québec.
Héritier du mandat de l’École de police du Québec, l’Institut est cependant mieux outillé pour le remplir. Il n’est maintenant plus soumis à un corps de police, mais directement au ministère de la Justice. Cela lui confère une prestance beaucoup plus universelle et inclusive envers les corps de police municipaux. L’Institut obtient de nouveaux locaux mieux adaptés à sa mission et profite également d’une meilleure situation géographique. Situé à Nicolet, le campus est au centre du Québec ce qui facilite son accès à un plus grand nombre de corps de police. Le fonctionnement est également modifié. On passe de contingents composés de recrues d’une même appartenance organisationnelle à des cohortes hétéroclites composées de recrues de la Sûreté du Québec et de corps de police municipaux.
Après la fermeture officielle du Séminaire de Nicolet, le 30 mai 1969, le gouvernement du Québec procède à l’achat des lieux et y installe la nouvelle école de formation policière sous l’autorité de son premier directeur général, Maurice Baril. La première cohorte de recrues (29 de la Sûreté du Québec et 40 de corps de police municipaux) investit les lieux dès le 16 juin de la même année. Pour la première fois, on retrouve dans une même cohorte des policiers venus des quatre coins du Québec recevant un entraînement uniforme.
Après 16 semaines de formation, on procède à la remise des diplômes de la première cohorte de l’Institut le 4 octobre 1969, en même temps que l’inauguration officielle du campus. Durant sa première décennie d’existence, l’Institut se forge une solide réputation en matière de formation policière au Québec et à l’international.
Au fil du temps, de plus en plus de municipalités envoient leurs aspirants policiers à l’Institut. Par ailleurs, le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal confie en 1976 ses recrues à l’Institut de police du Québec, ce qui consacre le caractère universel de l’institution en matière de formation policière au Québec.
En 1974, l’Institut de police du Québec signe une entente avec la Direction générale de l’enseignement collégial sur le partage de la formation en techniques policières. Un protocole sur ce même partage est par la suite signé en 1988. Cette répartition des responsabilités intègre dans le réseau collégial québécois l’Institut, qui offre désormais la dernière session du cycle d’études menant au diplôme d’études collégiales. Par ailleurs, l’Institut remet les certificats de réussite de son programme aux 19 premiers cégépiens venus y compléter leur diplôme d’études collégiales en techniques policières le 16 mai 1974.
Essentiellement basées sur un enseignement traditionnel majoritairement paramilitaire, la philosophie et les méthodes d’enseignement de l’Institut sont révisées au courant de l’année 1978. On se tourne alors vers un enseignement fondé sur la simulation et la rétroaction, plus axé sur les relations humaines. La formation de base s’adapte donc à son époque en s’orientant vers le modèle de la police communautaire qui s’implante tranquillement au Québec.
En 1997, l’Institut de police du Québec entame une autre révision majeure de ses techniques d’enseignement. Il adapte alors la formation de base en s’appuyant essentiellement sur une approche expérientielle. Cette façon de faire permet aux aspirants policiers de mettre en pratique leurs connaissances théoriques dans un contexte qui se rapproche de la réalité.
En 1998, le rapport Corbo sur les mécanismes et le fonctionnement du système de déontologie policière est rendu public. Il recommande entre autres la création de l’École nationale de police du Québec pour favoriser la mise en place d’un système intégré provincial de formation policière. Cette recommandation et la révision majeure des techniques d’enseignement entamées en 1997 sont à l’origine de la transformation de l’Institut de police du Québec en École nationale de police du Québec.
École nationale de police du Québec
Le 1er septembre 2000, l’École nationale de police du Québec se substitue à l’Institut de police du Québec, conformément à la « Loi sur la police » sanctionnée la même année. L’École est alors désignée par cette loi comme maître d’œuvre de la formation policière au Québec et devient un partenaire incontournable pour la Sûreté du Québec.
L’École a pour mission d’assurer la formation initiale dans le domaine de la patrouille-gendarmerie, de l’enquête et de la gestion policière. Elle joue également un rôle-conseil auprès des organisations policières en matière de formation professionnelle et de plans de formation.
En 2001, le gouvernement décide de donner à l’École nationale de police du Québec les moyens de ses ambitions en entamant des travaux d’agrandissement et d’aménagement majeurs sur le campus. Ces travaux comprennent, en plus de la restauration totale du bâtiment de l’ancien Séminaire de Nicolet et des unités d’hébergement existantes, la construction de nouvelles unités d’hébergement, d’un complexe de tir, de pavillons de simulations, d’amphithéâtres multimédias, d’un bassin d’entraînement ainsi que d’un circuit routier. Les travaux se termineront en 2004.
En 2002, on entreprend l’actualisation de la formation de base en y ajoutant une semaine de cours. Les enquêtes, le tir au pistolet et la conduite d’un véhicule d’urgence sont les principales matières bonifiées par cet exercice pédagogique. On augmente également de 600 à 640 le nombre d’aspirants policiers accepté annuellement. Une première formation en ligne est aussi ajoutée en 2009, soit la mise à jour des connaissances des techniciens qualifiés en éthylomètre.
L’École s’engage également à l’échelle internationale. Elle s’associe en 2008 à la Sûreté du Québec et à la Police nationale française pour créer le Réseau international francophone de formation policière (Francopol). En bref, cet organisme veut faciliter la mise en commun des meilleures pratiques policières à travers les organisations de sécurité publique internationales francophones. Le secrétariat général est d’ailleurs installé au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.
En 2020, la pandémie de COVID-19 déferle partout sur la planète, y apportant son lot de problèmes et de défis. L’École nationale de police du Québec n’y fait pas exception et doit s’adapter à la réalité pandémique. Règles sanitaires et éclosions la poussent alors à instaurer des tests d’entrée en ligne, à créer de nouvelles formations en mode hybride et à bonifier l’offre de formations en ligne pour minimiser l’impact de la pandémie sur le taux de diplomation des aspirants policiers.
Tout au long de son histoire et jusqu’à aujourd’hui, l’École nationale de police du Québec a su améliorer ses techniques d’enseignement et moderniser ses installations pour devenir le centre névralgique de la formation policière au Québec. Elle a également été en mesure de nouer des partenariats locaux et internationaux grâce auxquels elle participe activement à la recherche en formation policière, se forgeant ainsi une réputation enviable parmi les grandes écoles policières du monde.
Parallèlement à la création de l’École nationale de police du Québec, la Sûreté du Québec entame, en 1997, une réforme globale de la formation continue de son personnel dans le but d’uniformiser et de contrôler la qualité de la formation offerte à ses employés, et ce, en complémentarité de ce qui est offert par l’École. Avant cette réforme, la formation continue était complètement décentralisée, de sorte que chaque besoin était traité à l’échelle locale par des formateurs, selon des méthodes différentes.
« Encore aujourd’hui, en raison de son niveau de service, la Sûreté [du Québec] se doit de développer, en complément de la formation donnée par l’École, ses propres formations à l’interne. Elle doit aussi compléter son offre avec de nombreuses formations policières très spécialisées, et uniquement données au Collège canadien de police, et même dans des institutions spécialisées aux États-Unis et en Europe, de manière à ce qu’elle dispose de toutes les expertises nécessaires pour réaliser sa mission. » (Sûreté du Québec, 2020 : 74)
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023
Explorer les thématiques
Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Parcourir les événements
Jeux olympiques de Montréal
17 juillet 1976
C’est à Montréal, en 1976, que se déroule la XXIe Olympiade de l’ère moderne, la première ayant lieu au Canada. La Sûreté du Québec, mais aussi le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes ont un rôle important à jouer pour la sécurité des Jeux.
Munich
L’étude de la sécurité des Jeux de Munich en 1972 permet aux forces policières d’apprécier l’ampleur de la tâche qui les attend. Malgré la vaste organisation sécuritaire mise en place à ces jeux, des attentats ont lieu, et onze athlètes et accompagnateurs israéliens ainsi qu’un policier allemand sont tués. Puisqu’on ne veut pas que ces événements se répètent, la sécurité aux Jeux de Montréal devient primordiale.
Opération Olympique 1976
C’est en 1973 que débute officiellement la planification de la sécurité des Jeux de Montréal sous l’appellation « Opération Olympique 1976 ». Pour l’occasion, la mission des forces policières n’a pas été modifiée, mais les circonstances amplifient la tâche. Il faut sécuriser les points névralgiques et prévoir tous types d’agressions possibles.
Pour ce faire, la Sûreté du Québec aborde le problème à partir de la structure normale de l’organisation, qui se modifie d’elle-même lors d’événements d’urgence. Chacune des directions de la Sûreté du Québec joue le rôle qui lui est assigné en temps normal et lors d’événements d’urgence.
Pour compléter cette structure, des éléments de soutien et des éléments opérationnels répondant à des besoins spécifiques sont ajoutés tels que le Centre de logistique et le Centre de coordination. Ce dernier est le point central où convergent tous les rapports sur la situation de tous les sites et sur le déroulement général des Jeux.
Innovations et coopérations
Cette opération est l’occasion de mettre en place quelques nouveautés et de renforcer la coopération policière au Québec. En effet, la Sûreté du Québec, en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada, les Forces armées canadiennes et l’Office des autoroutes, doit sécuriser la zone d’insécurité précédant l’atterrissage ou suivant l’envol d’un avion transportant des athlètes ou des personnes importantes. Le but étant d’éviter les attentats au missile contre les avions allant et venant de l’aéroport de Mirabel, l’efficacité entre les collaborateurs et les intervenants est primordiale.
Le contrôle des armes à feu est aussi un enjeu de taille lors de cette Olympiade. En effet, 428 athlètes participent aux différentes compétitions de tir à la cible. L’innovation est nécessaire, car il n’y a aucun précédent de contrôle des armes à feu dans une telle situation au Canada. Un système à la fois efficace et pratique est mis en place en accord avec les fédérations nationales et le Comité principal de sécurité publique des Jeux olympiques.
À l’entrée au Canada, les armes à feu appartenant aux athlètes sont prises et conservées sous la garde de la Sûreté du Québec jusqu’à leur sortie du pays. Les athlètes ont accès en tout temps à leurs armes, mais ne peuvent les utiliser que dans des zones définies et contrôlées.
C’est également à l’occasion des Jeux olympiques que la Sûreté du Québec utilise pour la première fois des postes de commande mobiles. Plusieurs de ces postes sont déployés sur les différents sites de compétition afin d’aider à la gestion de la sécurité sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Pour contrer les menaces les plus sérieuses lors des Jeux olympiques, la Sûreté du Québec met en place son propre Groupe tactique d’intervention temporaire formé d’une équipe multidisciplinaire mise sous un même commandement. Durant les Olympiques, cette unité temporaire est présente 24 heures par jour durant 50 jours. En plus de se tenir prête à toute intervention, elle seconde les services de sécurité à Bromont durant les sports équestres. Ceux-ci requièrent une sécurité spéciale, car ils mettent en vedette une athlète royale : la princesse Anne de la famille royale britannique.
Parcours de la flamme olympique
Quelques jours avant l’ouverture de la XXIe Olympiade, la flamme olympique est allumée et relayée d’Olympie à Ottawa et, par la suite, à Montréal. Pour souligner la contribution importante de la Sûreté du Québec dans l’organisation de la sécurité des Jeux de Montréal, le directeur général Jacques Beaudoin et l’équipe de la Sûreté du Québec ont l’honneur de porter le flambeau au kilomètre 150 du parcours de la flamme olympique en terre canadienne. Pour ce moment historique, le porteur officiel de l’équipe de la Sûreté du Québec est le caporal Robert Auger.
Finalement, la sécurité des Jeux de Montréal a impliqué 16 000 policiers et soldats sur 27 sites de compétition. Sur les 16 000 personnes impliquées dans la sécurité des Jeux, 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont présents dans la région métropolitaine seulement. Avec un tel déploiement pour la sécurité et une planification minutieuse de la part des intervenants, les Jeux olympiques de Montréal sont encore considérés aujourd’hui comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Pierre-Antoine Doucet devient commissaire de la Police provinciale
1er avril 1870
Le juge Pierre-Antoine Doucet est commissaire de la Police provinciale de 1870 à 1877.
Âgé de 55 ans au moment de sa nomination, monsieur Doucet demeure en poste durant sept ans. Il est greffier de la paix à Québec et membre du Bureau de police de la Ville de Québec avant de cumuler les fonctions de commissaire et de juge des sessions de la paix. Les surintendants Ludger-Napoléon Voyer et Henry Heigham sont ses adjoints. Il meurt en 1878.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Grève de l’amiante à Asbestos
14 février 1949
Par sa durée et sa médiatisation, la grève à la Canadian Johns-Manville d’Asbestos, en 1949, dessine un portrait peu flatteur de la Sûreté provinciale. Pourtant, son déroulement n’est pas exceptionnel pour l’époque. Il rappelle d’autres conflits qui éclatent dans des petites villes dont la prospérité dépend directement d'une ou deux industries. La grève d’Asbestos devient l’étendard des opposants au gouvernement Duplessis, non seulement à cause des principes qu'elle défend (meilleurs salaires, cotisation syndicale, participation à la gestion), mais aussi par le mouvement inédit de sympathie qu'elle suscite dans le public, fort de l'appui d'une grande partie du clergé catholique et de la visibilité des médias. C’est pourtant un ouvrage publié en 1956 sous la direction de Pierre Elliott Trudeau, réunissant les textes des intellectuels engagés de l’époque, qui inscrit pour longtemps ce conflit dans la mémoire populaire.
Dans ce type de localité mono-industrielle, la solidarité locale autour des grévistes est plus forte qu’à Montréal et, conséquemment, les opérations policières plus observées et commentées. Systématiquement, l’arrivée des briseurs de grève embauchés par les employeurs provoque des violences et des demandes d’intervention. Avant 1930, la Sûreté provinciale peut envoyer, tout au plus, une quinzaine de policiers sur le terrain. Le renforcement de la gendarmerie et l’intégration partielle des autres corps de police en 1938 donnent ensuite au gouvernement une force importante prête à être mobilisée en cas de conflits majeurs.
Le scénario des interventions de la Sûreté provinciale dans ce type de conflit ouvrier se répète de façon presque monotone. Les policiers sont envoyés par le département du Procureur général avec ou sans l'accord des autorités locales. Ils s'installent ensuite sur les propriétés de la compagnie. Leurs efforts pour empêcher la formation de lignes de piquetage et faciliter l'entrée des briseurs de grève finissent par provoquer des heurts avec les grévistes. Le conflit s'éternise, et il suffit de quelques incidents pour que se déclenche une guerre ouverte dont les conséquences sont l'envoi de renforts et le durcissement des mesures répressives.
Les arrestations qui s'ensuivent ont pour effet d'envenimer le conflit et de convaincre la population ouvrière de la partialité des forces de l'ordre. Chaque fois, l'image de la police gouvernementale, bras armé de l'État provincial, sort ternie auprès de la population locale liée par le travail ou la famille avec les grévistes. Dans tous les cas, l’attitude hostile ou tolérante des gouvernements envers les syndicats influence la stratégie policière et l’issue du conflit. Comme dans toutes opérations, la stratégie des officiers qui dirigent les opérations sur place a aussi un impact déterminant.
L'intransigeance manifestée par le gouvernement Duplessis face aux revendications syndicales ne se dément pas au cours des années d'après-guerre. Son parti pris pour les employeurs et les nombreux obstacles opposés à l'action syndicale créent un climat de confrontation qui alimente la violence des conflits ouvriers. C’est donc dans un climat social tendu que s’inscrit la grève d’Asbestos.
Amorcées en décembre 1948, les négociations entre la Fédération de l'industrie minière, affiliée à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada, et les compagnies minières de la région sont rompues au début de 1949. Le 13 février, les employés de la Canadian Johns-Manville d'Asbestos rejettent l'idée de recourir à l'arbitrage, car ce mécanisme joue rarement en faveur des ouvriers, et décident de déclencher un arrêt de travail bientôt déclaré illégal.
À cette époque, le Québec produit 85 % de l'amiante extrait dans le monde entier. Pour ne pas trop perturber la production mondiale d’amiante, la compagnie engage rapidement des briseurs de grève.
En février 1949, le gouvernement du Québec déploie un contingent de 114 hommes de la Sûreté provinciale pour ramener l’ordre, principalement des policiers de la route et des gendarmes des districts de Québec et de Montréal. Les membres de l'État-major logent à l'Hôtel Iroquois, propriété de la compagnie qui assume les frais de séjour. Les hommes de troupe, pour leur part, séjournent dans des baraques aux limites de la ville. Évidemment, la présence des policiers ne fait qu’envenimer la situation. Au cours des mois qui suivent, ce sont environ 265 policiers de diverses branches de la Sûreté provinciale qui convergent vers la petite ville d’Asbestos, soit environ la moitié de l’effectif de la Sûreté provinciale sur le territoire provincial.
Le conflit stagne, et la ville oscille entre des moments de tranquillité et de tension, de manifestations et de calme plat. Tout au long de la grève, des accrochages et des arrestations musclées suivies de longs interrogatoires ont lieu, alors que l’appui aux grévistes augmente dans la population et même dans le clergé. La journée du 5 mai 1949 est particulièrement tendue. En riposte à une attaque contre quelques policiers, la Sûreté provinciale investit la ville, et ses 265 policiers procèdent à l’arrestation de 135 grévistes.
La grève prend fin le 1er juillet 1949 grâce à la médiation de monseigneur Roy. Malgré la mobilisation syndicale et l’appui populaire, les grévistes n’obtiennent pas de concessions intéressantes. Les maigres résultats du conflit n’empêchent toutefois pas la grève d’Asbestos d’être reconnue comme un marqueur à la fois de son époque et de la mémoire populaire, jouant ainsi un rôle crucial dans l'esprit des intellectuels québécois au cours des années qui mènent à la Révolution tranquille.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Sommet des Amériques de Québec
20 avril 2001
Le Sommet des Amériques se déroule dans la ville de Québec les 20, 21 et 22 avril 2001. Cette rencontre, qui réunit 34 chefs d’État, a pour objectif de faciliter les politiques de mondialisation et de libre-échange. Le mouvement altermondialiste est très actif et d’importantes manifestations sont attendues.
Pour la Sûreté du Québec, le mandat est majeur. Il s’agit de la plus importante opération de contrôle de foule de l'histoire de l’organisation et, vraisemblablement, de l'histoire du Québec.
C’est à la Sûreté du Québec que revient le rôle de coordonner le travail des corps policiers lors de la rencontre. L’organisation se met au travail près de 16 mois à l’avance afin de bien préparer les troupes. Elle étudie avec une attention particulière les sommets précédents et certains événements similaires, et elle octroie une formation élaborée aux policiers qui doivent être présents sur le terrain.
Tous les policiers mobilisés reçoivent une formation technique, une formation juridique, une formation psychologique sur le comportement des foules ainsi qu’une formation générale sur les enjeux du Sommet des Amériques et les idéologies en présence afin qu'ils soient à même de comprendre les manifestants devant eux. L’équipement est également revu et corrigé en fonction des lacunes identifiées à l’étranger par la Sûreté du Québec.
Des mesures de sécurité sans précédent sont mises en place dans la ville de Québec. Elles coûtent près de 160 millions de dollars au gouvernement fédéral et nécessitent un important travail de coordination entre les différentes organisations policières. La Sûreté du Québec travaille en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada et le Service de police de la Ville de Québec. Une clôture de sécurité de trois mètres de haut et de 3,8 kilomètres de long est mise en place afin de créer un périmètre de sécurité dans la zone où se trouvent les chefs d’État. Cette clôture est constituée de murets de béton surmontés d’un grillage et de 37 caméras de surveillance.
Alors que certaines grandes manifestations se déroulent de façon pacifique dans la Basse-Ville à l’occasion du Sommet des Peuples, un sommet alternatif au Sommet des Amériques, certains groupes de manifestants adoptent une stratégie de confrontation avec les forces policières près des lieux où se trouvent les chefs d’État. Au cours des manifestations, des vitres sont fracassées et plusieurs incendies sont allumés. Un groupe de manifestants réussit même à créer une brèche dans la clôture de sécurité.
Dans son ensemble, l’opération policière lors du Sommet des Amériques est le fruit d’une planification et d’une collaboration entre de nombreux intervenants exceptionnelles. À elle seule, la Sûreté du Québec a déployé près de 55 % de ses effectifs policier et civil, soit environ 2 760 employés. Avec un tel déploiement et une planification minutieuse de la part des intervenants, l’opération est un grand succès.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Hélicoptères et opérations aériennes à la Sûreté du Québec
1er janvier 1964
L’odyssée héliportée de la Sûreté du Québec commence en 1964 avec la première utilisation d’un hélicoptère lors d’une opération. À partir de cette date, et ce, jusqu’au début des années 1970, la Sûreté du Québec, suivant la recommandation du ministère de la Voirie, utilise principalement les hélicoptères dans un contexte de surveillance routière en période estivale. Depuis le début des années 1970, la flotte héliportée de la Sûreté du Québec est sous la responsabilité administrative du Service aérien du ministère des Transports.
En 1972, pour faciliter l'échange de renseignements et l'entraide mutuelle, les dirigeants de la Sûreté du Québec ont décidé de former une escouade d'observateurs aériens disséminés à travers la province pour accompagner le pilote. C’est le début de la mise en place d’une équipe dédiée aux activités héliportées. Dans cette équipe, l’observateur est responsable d’assister le pilote en examinant si des éléments peuvent affecter la sécurité de l’opération, prendre le relais si le pilote doit vaquer à d’autres occupations, s’occuper de la communication dans l’appareil et faire le rapport des vols.
Durant les années 1970 et 1980, l’utilisation de l’hélicoptère se fait sur l’ensemble du territoire québécois. Il y a jusqu’à trois hélicoptères en service et ils sont basés à Montréal, Québec et Rouyn-Noranda ou Hull. Cependant, les héliports de Rouyn-Noranda et de Hull sont fermés le 1er août 1995. À l’époque, pour la Sûreté du Québec, l’hélicoptère permet d’accroître la mobilité de l’organisation, de répondre à des interventions humanitaires urgentes, de faire des vols de reconnaissance dans le cadre d’opérations policières et de pouvoir accéder plus facilement aux scènes de crime ou d’accident.
C’est à partir du 10 janvier 1974 que quatre pilotes du Service aérien du ministère des Transports sont mis à la disposition de la Sûreté du Québec de façon permanente. Ed Chauvin et Pierre Lavoie sont assignés à la région de Montréal, alors que Jacques Aubry et David Mills sont assignés à la région de Québec.
Entre les années 1970 et le début des années 2000, les hélicoptères sont sollicités lors de plusieurs grandes opérations. Ils participent aux missions d’observation aérienne lors de grands incendies de forêt, à la surveillance lors d’événements internationaux tels que les Jeux olympiques de Montréal en 1976, la visite du pape Jean-Paul II en 1984 ou le Sommet des Amériques de Québec en 2001 ainsi qu’à la surveillance lors de catastrophes naturelles telles que les inondations au Saguenay en 1996 et la crise du verglas de 1998.
En plus des grandes opérations, les hélicoptères de la Sûreté du Québec sont sollicités en appui aux enquêtes, à la surveillance du territoire et au transport d’unités spécialisées telles que celles des techniciens en explosifs, des plongeurs sous-marins, des maîtres-chiens ou du groupe tactique d’intervention (GTI).
Depuis le début de son histoire aérienne, la Sûreté du Québec déplore la perte de deux appareils en fonction. Le premier écrasement survient lors de la recherche d’un septuagénaire dans la région de la chute Montmorency à Québec en octobre 1993. Cet écrasement a coûté la vie à quatre personnes : un pilote, un policier de la Sûreté du Québec et deux policiers de la Sûreté municipale de Québec. Le second écrasement survient lors de la recherche de cinq motoneigistes et un guide ayant disparu dans le lac Saint-Jean en janvier 2020. Aucun mort n’est à déplorer lors de cet écrasement.
Au fil du temps, plusieurs modèles servent à l’organisation : le Bell Jet Ranger II, qui est utilisé dès 1974, et le Bell 206B, utilisé depuis 1992. Au début des années 2000, un nouveau modèle d’hélicoptère entre en service à la Sûreté du Québec, le Bell 412. Celui-ci possède des normes technologiques mieux adaptées aux opérations et il détient un système numérique moderne.
Depuis que la Sûreté du Québec utilise des hélicoptères, ceux-ci ont rendu de nombreux services à l’organisation, surtout pour la prévention de la criminalité et l’aide au public. L’hélicoptère s’avère donc un outil indispensable pour la Sûreté du Québec dans l’exécution de ses missions et de certains de ses mandats.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Maurice-Charles Lalonde devient chef de la Police provinciale, Division de Montréal
1er mars 1929
Maurice-Charles Lalonde est chef de la Police provinciale, Division de Montréal, de 1929 à 1932 et chef de la Police provinciale de 1932 à 1936.
Nommé à l’âge de 34 ans, monsieur Lalonde, un avocat de formation, demeure en fonction durant plus de sept ans. Il partage sa fonction de chef de la Police provinciale avec son collègue Augustin McCarthy à Québec. À partir de 1932, il est assisté de Léon Lambert à Québec, et de Louis-Jean Jargailles à Montréal comme chef des détectives. Au cours de sa carrière, il a également été officier de milice. En 1973, il meurt à Saint-Vincent-de-Paul (Laval) à l’âge de 79 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Guy Coulombe devient directeur général de la Sûreté du Québec
13 mai 1998
Guy Coulombe est directeur général de la Sûreté du Québec de mai 1998 à novembre 1998.
Sociologue de formation et gestionnaire, monsieur Coulombe, fonctionnaire de carrière et dirigeant d’entreprises québécoises publiques et privées, est à la tête de la Sûreté du Québec pendant deux ans. Il est successivement secrétaire général du gouvernement du Québec (1975), président-directeur général de la Société générale de financement (1978) puis d’Hydro-Québec (1982) et président de la papetière Consolidated Bathurst (1988). Le 20 novembre 1996, âgé de 60 ans, il prend la direction de la Sûreté du Québec de façon intérimaire, puis est confirmé dans son poste de directeur général le 13 mai 1998, fonction qu’il occupe jusqu’en novembre. Par la suite, il devient directeur général de la Ville de Montréal (1999), et il présidera ensuite une commission gouvernementale sur les forêts publiques du Québec (2003).
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Création de l’unité de protection rapprochée
11 octobre 1970
Avec la construction du nouveau palais législatif à Québec en 1883, et suite à l’attentat à la bombe visant celui-ci en 1884, le gouvernement du Québec mandate la Police provinciale, nouvellement reconstituée, pour garder les édifices gouvernementaux. Les constables sont également appelés à faire la garde lors des réceptions faites à Spencer Wood, résidence des lieutenants-gouverneurs du Québec de 1870 à 1966. La prise en charge de ces nouvelles tâches est le premier pas de l’organisation vers la protection physique immédiate des personnalités publiques et des dignitaires. Pendant de nombreuses décennies, la Police provinciale se limitera à cette infime partie du travail dévolu à la première unité de protection rapprochée permanente de la Sûreté du Québec : la sécurité des lieux de travail et de certains édifices gouvernementaux, ainsi que la protection ponctuelle de certains dignitaires lors de réceptions.
Jusqu’au début des années 1970, la sécurité physique immédiate des personnalités publiques et des dignitaires n’est pas systématique et organisée. La Sûreté provinciale accorde ce genre de protection à des personnalités politiques seulement si des menaces le justifient ou si le climat social l’exige. Sinon, le premier ministre et ses ministres jouissent de la présence de chauffeurs payés par le gouvernement, mais d’aucun garde du corps gouvernemental officiel. Pour sa part, le premier ministre Maurice Duplessis s’octroie le privilège d’une protection physique immédiate privée en la personne de monsieur Walter Duchesnay qui le suit partout, sauf en période électorale. En effet, lors d’une campagne électorale, un sergent de la Sûreté provinciale est libéré et obtient la responsabilité de la protection rapprochée du premier ministre.
De leurs côtés, les dignitaires étrangers ont, dans la majorité des cas, droit à une certaine forme de sécurité physique lors de leurs passages au Québec. La plupart du temps, cette sécurité se matérialise sous forme d’escorte en motocyclette comme lors de la visite de Leurs Majestés le roi George VI et la reine Élisabeth en 1939 ou de haie de protection comme lors de la visite de Leurs Altesses Royales la princesse Élisabeth et le duc d'Édimbourg en 1951.
Ce n’est cependant qu’à partir de 1970 que la Sûreté du Québec implante une équipe permanente de protection rapprochée. Les circonstances tragiques entourant l’enlèvement du ministre du Travail, Pierre Laporte, en octobre 1970, poussent l’organisation à prioriser cet aspect de la sécurité des parlementaires (premier ministre, ministres et leurs familles), dignitaires et magistrats. Un nouveau service est créé et plus d’une centaine de policiers y sont mutés, ceux-ci provenant de diverses escouades et unités. Dans l’urgence, aucun critère de sélection n’est établi et aucune formation spécifique n’est donnée. Le mandat du nouveau service ne se limite pas seulement à la sécurité physique immédiate, mais également à la sécurité des résidences, des lieux de travail et de certains édifices parlementaires.
Cet énorme mandat est réduit en 1972 lorsque le Service de sécurité interne du ministère de la Justice est créé par arrêté en conseil. Ce nouveau service du ministère de la Justice obtient le mandat de fournir le transport et la protection de tous les ministres n’étant pas sous la juridiction de la Sûreté du Québec. Seuls les premier ministre, vice-premier ministre et ministre de la Justice conservent les services du corps de police provinciale.
En 1976, l’arrivée du Parti québécois au pouvoir impose de grands changements aux effectifs de l’unité de protection rapprochée. Le nouveau Premier ministre n’accordant pas une importance aussi grande à sa sécurité que son prédécesseur, la Sûreté du Québec s’adapte en réduisant les effectifs de l’unité et en utilisant des moyens électroniques pour surveiller la résidence du premier ministre et ses bureaux. C’est également à ce moment que la responsabilité de la surveillance des édifices gouvernementaux passe sous la responsabilité du Service de sécurité interne du ministère de la Justice avant de revenir dans le giron de la Sûreté du Québec après l’attentat perpétré par le caporal Lortie en 1984.
Pour appuyer la souveraineté du Québec, le gouvernement souverainiste de 1976 demande à la Sûreté du Québec une plus grande implication dans la protection des dignitaires étrangers visitant la Province, tâche qui incombait presque exclusivement à la Gendarmerie royale du Canada à cette époque. L’unité de protection est donc impliquée dans plus de 112 visites officielles de représentants étrangers, dont celle de Leurs Majestés le roi Beaudoin 1er et la reine Fabiola de Belgique en 1977. À cela s’ajoute plus de 50 événements spéciaux et d'envergure nécessitant un déploiement de sécurité à la fin des années 1970.
La fin des années 1970 marque également le début d’une formation professionnelle spécifique pour les gardes du corps. En effet, avant 1978, les techniques et les façons de faire sont transmises de bouche à oreille. Pour améliorer et uniformiser les techniques de travail, une formation obligatoire est donc mise en place. Celle-ci est peaufinée et améliorée tout au long des décennies 1980 et 1990, au gré des transformations de l’unité de protection rapprochée.
En 1982, l’unité de protection rapprochée accueille madame Sylvie Guimond, première femme garde du corps de la Sûreté du Québec. Elle est surtout affectée à la protection des dignitaires en visite au Québec. Madame Guimond quitte l’unité en 1989 lorsqu’elle est promue caporale au poste de Candiac. Son passage au sein de l’unité a contribué à l’abolition des préjugés voulant que la grandeur et la force physique soient un important prérequis pour effectuer ce travail.
La visite au Québec de Sa Sainteté Jean-Paul II en 1984 est un événement d’importance dans l’histoire de la province. La majeure partie des effectifs de la Sûreté du Québec est mobilisée lors de cette visite et l’unité de protection rapprochée fait bien évidemment partie de ceux-ci. Puisque le Pape effectue alors une visite pancanadienne, la protection immédiate de celui-ci est assurée par la Gendarmerie royale du Canada. La Sûreté du Québec s’est plus particulièrement occupée de la sécurité des sites et des visiteurs, de la protection du train papal et des voies ferrées contre les attentats potentiels ainsi que du cortège papal et de sa cavalcade.
Les années 1980 et 1990 sont également synonymes de compressions budgétaires et d’une vision gouvernementale plus minimaliste de la protection du premier ministre aboutissant à une réduction des effectifs de l’unité. Plus spécifiquement, les années 1990 voient la diminution graduelle du mandat de protection des dignitaires étrangers en visite au Québec au profit de la Gendarmerie royale du Canada.
À cette même époque, en 1996, une première femme se voit confier la direction de l’unité de protection rapprochée. Madame Jocelyne Caron occupe le poste de responsable jusqu’en 1998.
Au début des années 2010, un changement de l’offre de service accordée par l’unité de protection rapprochée est mis en place. Après les élections provinciales de 2012, la Sûreté du Québec décide de concentrer sa protection sur le premier ministre et laisse la protection des chefs de l’opposition au Service de protection des personnalités du ministère de la Sécurité publique. La seule exception est lors des campagnes électorales. Durant cette période, la Sûreté du Québec offre sa protection à tous les chefs des principaux partis politiques.
La protection des dignitaires étrangers se fait en partenariat avec la Gendarmerie royale du Canada qui a pour mandat la protection des chefs d’état étranger. Après une évaluation du risque et du niveau de sécurité requis, un partage des responsabilités est effectué entre les deux organisations.
Lors de visites interprovinciales, l’unité de protection rapprochée assure la surveillance du premier ministre du Québec, mais également celle des premiers ministres provinciaux en visite dans la Belle province. Le Conseil de la fédération est un bel exemple de cette protection offerte par la Sûreté du Québec aux différents premiers ministres provinciaux. Ce conseil se réunit une fois par an dans chacune des provinces. Donc, le Québec accueille ce conseil une fois tous les dix ans.
Depuis sa création officielle en 1970, cette unité spécialisée de la Sûreté du Québec a su démontrer son professionnalisme et son expertise auprès des dignitaires pour lesquelles elle s’est impliquée.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
Le Patrimoine de la Sûreté du Québec en ligne, c'est ...
303
objets
913
photographies
56
archives