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Voiture de patrouille, Police des autoroutes, vers 1980
Casque de baseball, 1969-1972
Voiture de patrouille, 1963
Caporal Jacques Laferrière, maître-chien, et Rebel, 1965
Yves Morency, entre 2017 et 2018
Démonstration d’éthylomètre, 1969
Police provinciale et Police de la circulation, 1936
Hélicoptère Bell 47, 1966

Signature du contrat de travail avec l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec instaurant la patrouille en duo le soir et la nuit

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Intégration de la Sûreté municipale d’Asbestos à la Sûreté du Québec

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La formation policière à la Sûreté du Québec

Les années 1960 marquent le début de la professionnalisation du métier de policier à la Sûreté provinciale. Si la formation occupe une place prépondérante dans ce processus, elle n’était pas totalement inexistante auparavant. En effet, dès la création de l’organisation, en 1870, une formation que l’on pourrait qualifier de « continue » est imposée aux gendarmes. On parle ici d’entraînement physique ainsi que de formation à la marche militaire et au tir au pistolet. Les façons de faire des policiers sont également abordées. Puisque cet enseignement est donné uniquement aux policiers déjà en fonction et au gré des disponibilités de ceux-ci, des lacunes dans le travail policier liées au manque de formation apparaissent au fil du temps. Ce n’est qu’à partir des années 1930 qu’on tente de trouver une solution à ce problème.

Écoles policières de Québec et de Montréal

En 1934, le nouveau chef de la Division de Québec de la Police provinciale, le lieutenant-colonel Léon Lambert, en poste depuis 1932, s’attaque au problème en créant des cours de criminologie pour bonifier les connaissances de ses hommes. Ce faisant, Léon Lambert veut montrer au gouvernement québécois l’importance de la formation pour le travail policier ainsi que les avantages d'investir dans cette voie.

Pendant quatre ans, le statu quo persiste au Québec. Plusieurs cours temporaires d’exercices, de français, d’anglais, de premiers soins et de droit criminel sont donnés pendant cette période, mais aucune école policière permanente n’est mise sur pied. Plusieurs années de discussions sont donc nécessaires avant d’aboutir, en 1939, à la création des premières écoles policières pour la Sûreté provinciale.

Le 9 janvier 1939 sont enfin inaugurées les Écoles policières de Québec et de Montréal. Celles-ci ont pour mandat d’offrir la formation continue aux policiers déjà en service et de former les nouvelles recrues de la Sûreté provinciale. Bien que ces écoles soient dirigées par la Sûreté provinciale, elles sont également ouvertes aux corps de police municipaux qui désirent y envoyer leurs policiers. Plusieurs corps de police municipaux finiront tout de même par créer leur propre école de police.

D’un caractère plutôt éphémère, les Écoles policières de Québec et de Montréal sont basées sur une offre de cours au besoin. Les recrues n’ont donc pas nécessairement accès à une formation de base avant d’entreprendre leur carrière de policier. Par ailleurs, la gestion de l’administration et des aspects pédagogiques est ininterrompue et se fait à même l’organisation. Ces deux écoles sont en activité au sein de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961.

École de police du Québec

L’arrivée des libéraux de Jean Lesage au pouvoir en 1960 provoque une vague de changements au sein de la société québécoise et de son gouvernement. Cette révolution sociale n’épargne pas la Sûreté provinciale. Le premier ministre veut moderniser et professionnaliser le corps de police provinciale. Pour ce faire, le gouvernement nomme dès 1960 un nouveau dirigeant pour l’organisation et sanctionne la « Loi concernant la Sûreté provinciale du Québec » en 1961. Celle-ci crée une première école policière permanente pour la Sûreté provinciale : l’École de police du Québec.
Bien qu’elle soit placée sous la gouverne du directeur général de la Sûreté provinciale, l’École offre également ses services de formation professionnelle aux corps de police municipaux qui en font la demande.

Devant l’exiguïté de ses locaux du quartier général de Montréal et l’impossibilité d’y installer l’École de police du Québec, la Sûreté provinciale se met à la recherche d’un endroit pour y établir son école en 1961. La décision du gouvernement Lesage d’aménager les quartiers généraux de la Sûreté provinciale ainsi que l’École de police du Québec dans un nouveau bâtiment érigé sur la rue Fullum pousse l’organisation à chercher une solution temporaire en attendant de pouvoir intégrer ses nouveaux locaux. Malheureusement, le bâtiment devant abriter l’École ne verra jamais le jour.

Après quelques pourparlers avec le propriétaire du Palais des sports, situé au 550, rue Poupart à Montréal, un bail de quatre ans est signé et l’aménagement de l’édifice est entrepris. Devant des problèmes de financement de la part du propriétaire, les travaux sont arrêtés et le gouvernement se voit dans l’obligation d’acheter le bâtiment dans l’état où il est. Les locaux de l’École sont finalement livrés au ministère des Travaux publics le 18 décembre 1961 et l’entraînement des premières recrues commence le 5 janvier 1962.

La Sûreté provinciale ayant un important besoin de policiers à cette époque, le premier responsable de l’École de police du Québec, l’inspecteur-chef Fernand De Miffonis, entreprend la formation de nouvelles recrues dès le 6 mars 1961, et ce, même si l’École ne possède pas de locaux où l’offrir. Pendant les 13 mois que durent la recherche et l’aménagement des locaux de l’École de police du Québec, les installations de la Palestre nationale sont utilisées pour former les cinq premiers contingents de recrues de l’histoire de l’École.

D’abord prévue pour durer trois mois, la formation des recrues est raccourcie à six semaines pour combler les besoins de l’organisation. Elle est par la suite allongée à huit semaines en septembre 1964. Durant leur formation, les recrues touchent à différents sujets de base tels que l’administration, la législation, la police technique et scientifique, l’entraînement physique, le
defendo, les exercices militaires, les premiers soins, la conduite d’une voiture de patrouille ainsi que le tir au pistolet. Une fois ces connaissances de base acquises, les recrues sont assermentées, puis on leur assigne un lieu de travail.

Les premières années d’existence de l’École sont marquées non seulement par le recrutement intensif, mais également par des difficultés d’approvisionnement en uniformes. L’École peine à habiller ses recrues avant leur affectation à un poste de police. En général, les uniformes arrivent tout juste à la dernière journée de cours ou trop tard. Plusieurs contingents doivent donc commencer leur emploi sans uniforme réglementaire. 

L’enseignement fait aussi face à des défis de taille durant les premières années de l’établissement. Le manque d’espace et d’équipement pousse l’École de police du Québec à prioriser l’enseignement magistral au détriment de démonstrations pratiques. Cette situation nuit alors à l’intérêt et à l’apprentissage des recrues, qui ne possèdent pas d’expériences policières pour contextualiser la matière apprise. À partir de 1963, on tente de pallier le problème en créant divers supports audiovisuels.

À partir de 1966, la Sûreté provinciale décide de former des groupes de cadets policiers au sein de son organisation. Le but avoué de ces groupes est d’orienter les jeunes qui sortent de l’école publique vers une carrière de policier. Ces jeunes n’ayant pas l’âge pour devenir policier, l’organisation veut leur permettre d’acquérir une certaine expérience policière avant leur arrivée au sein de la Sûreté provinciale et ainsi s’assurer qu’ils ne choisiront pas une autre carrière. Pour l’État-major, c’est une façon d’investir dans de futures recrues. Bien que les raisons aient légèrement changé avec le temps, la fonction de cadet existe toujours au sein de la Sûreté du Québec.

Malgré sa volonté d’offrir des services de formation professionnelle aux corps de police municipaux, l’École de police du Québec ne deviendra jamais une école pour l’ensemble des policiers de la province. Bien que quelques cours soient donnés aux policiers municipaux, l’exiguïté des locaux ainsi que le manque de disponibilité et d’installations poussent plusieurs corps de police municipaux à conserver leur école de formation.

Institut de police du Québec

Le problème d’hétérogénéité de la formation des policiers au Québec et la difficulté des corps policiers municipaux à avoir accès à des formations à l’École de police du Québec poussent le gouvernement à inclure dans la « Loi de police », sanctionnée le 21 juin 1968, la création d’une nouvelle institution de formation policière : l’Institut de police du Québec.

Héritier du mandat de l’École de police du Québec, l’Institut est cependant mieux outillé pour le remplir. Il n’est maintenant plus soumis à un corps de police, mais directement au ministère de la Justice. Cela lui confère une prestance beaucoup plus universelle et inclusive envers les corps de police municipaux. L’Institut obtient de nouveaux locaux mieux adaptés à sa mission et profite également d’une meilleure situation géographique. Situé à Nicolet, le campus est au centre du Québec ce qui facilite son accès à un plus grand nombre de corps de police.
Le fonctionnement est également modifié. On passe de contingents composés de recrues d’une même appartenance organisationnelle à des cohortes hétéroclites composées de recrues de la Sûreté du Québec et de corps de police municipaux.

Après la fermeture officielle du Séminaire de Nicolet, le 30 mai 1969, le gouvernement du Québec procède à l’achat des lieux et y installe la nouvelle école de formation policière sous l’autorité de son premier directeur général, Maurice Baril. La première cohorte de recrues (29 de la Sûreté du Québec et 40 de corps de police municipaux) investit les lieux dès le 16 juin de la même année. Pour la première fois, on retrouve dans une même cohorte des policiers venus des quatre coins du Québec recevant un entraînement uniforme.

Après 16 semaines de formation, on procède à la remise des diplômes de la première cohorte de l’Institut le 4 octobre 1969, en même temps que l’inauguration officielle du campus. Durant sa première décennie d’existence, l’Institut se forge une solide réputation en matière de formation policière au Québec et à l’international.

Au fil du temps, de plus en plus de municipalités envoient leurs aspirants policiers à l’Institut. Par ailleurs, le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal confie en 1976 ses recrues à l’Institut de police du Québec, ce qui consacre le caractère universel de l’institution en matière de formation policière au Québec.

En 1974, l’Institut de police du Québec signe une entente avec la Direction générale de l’enseignement collégial sur le partage de la formation en techniques policières. Un protocole sur ce même partage est par la suite signé en 1988. Cette répartition des responsabilités intègre dans le réseau collégial québécois l’Institut, qui offre désormais la dernière session du cycle d’études menant au diplôme d’études collégiales. Par ailleurs, l’Institut remet les certificats de réussite de son programme aux 19 premiers cégépiens venus y compléter leur diplôme d’études collégiales en techniques policières le 16 mai 1974.

Essentiellement basées sur un enseignement traditionnel majoritairement paramilitaire, la philosophie et les méthodes d’enseignement de l’Institut sont révisées au courant de l’année 1978. On se tourne alors vers un enseignement fondé sur la simulation et la rétroaction, plus axé sur les relations humaines. La formation de base s’adapte donc à son époque en s’orientant vers le modèle de la police communautaire qui s’implante tranquillement au Québec.

En 1997, l’Institut de police du Québec entame une autre révision majeure de ses techniques d’enseignement. Il adapte alors la formation de base en s’appuyant essentiellement sur une approche expérientielle. Cette façon de faire permet aux aspirants policiers de mettre en pratique leurs connaissances théoriques dans un contexte qui se rapproche de la réalité.

En 1998, le rapport Corbo sur les mécanismes et le fonctionnement du système de déontologie policière est rendu public. Il recommande entre autres la création de l’École nationale de police du Québec pour favoriser la mise en place d’un système intégré provincial de formation policière. Cette recommandation et la révision majeure des techniques d’enseignement entamées en 1997 sont à l’origine de la transformation de l’Institut de police du Québec en École nationale de police du Québec.

École nationale de police du Québec

Le 1
er septembre 2000, l’École nationale de police du Québec se substitue à l’Institut de police du Québec, conformément à la « Loi sur la police » sanctionnée la même année. L’École est alors désignée par cette loi comme maître d’œuvre de la formation policière au Québec et devient un partenaire incontournable pour la Sûreté du Québec.

L’École a pour mission d’assurer la formation initiale dans le domaine de la patrouille-gendarmerie, de l’enquête et de la gestion policière. Elle joue également un rôle-conseil auprès des organisations policières en matière de formation professionnelle et de plans de formation.

En 2001, le gouvernement décide de donner à l’École nationale de police du Québec les moyens de ses ambitions en entamant des travaux d’agrandissement et d’aménagement majeurs sur le campus. Ces travaux comprennent, en plus de la restauration totale du bâtiment de l’ancien Séminaire de Nicolet et des unités d’hébergement existantes, la construction de nouvelles unités d’hébergement, d’un complexe de tir, de pavillons de simulations, d’amphithéâtres multimédias, d’un bassin d’entraînement ainsi que d’un circuit routier. Les travaux se termineront en 2004.

En 2002, on entreprend l’actualisation de la formation de base en y ajoutant une semaine de cours. Les enquêtes, le tir au pistolet et la conduite d’un véhicule d’urgence sont les principales matières bonifiées par cet exercice pédagogique. On augmente également de 600 à 640 le nombre d’aspirants policiers accepté annuellement. Une première formation en ligne est aussi ajoutée en 2009, soit la mise à jour des connaissances des techniciens qualifiés en éthylomètre.

L’École s’engage également à l’échelle internationale. Elle s’associe en 2008 à la Sûreté du Québec et à la Police nationale française pour créer le Réseau international francophone de formation policière (Francopol). En bref, cet organisme veut faciliter la mise en commun des meilleures pratiques policières à travers les organisations de sécurité publique internationales francophones. Le secrétariat général est d’ailleurs installé au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.

En 2020, la pandémie de COVID-19 déferle partout sur la planète, y apportant son lot de problèmes et de défis. L’École nationale de police du Québec n’y fait pas exception et doit s’adapter à la réalité pandémique. Règles sanitaires et éclosions la poussent alors à instaurer des tests d’entrée en ligne, à créer de nouvelles formations en mode hybride et à bonifier l’offre de formations en ligne pour minimiser l’impact de la pandémie sur le taux de diplomation des aspirants policiers.

Tout au long de son histoire et jusqu’à aujourd’hui, l’École nationale de police du Québec a su améliorer ses techniques d’enseignement et moderniser ses installations pour devenir le centre névralgique de la formation policière au Québec. Elle a également été en mesure de nouer des partenariats locaux et internationaux grâce auxquels elle participe activement à la recherche en formation policière, se forgeant ainsi une réputation enviable parmi les grandes écoles policières du monde.

Parallèlement à la création de l’École nationale de police du Québec, la Sûreté du Québec entame, en 1997, une réforme globale de la formation continue de son personnel dans le but d’uniformiser et de contrôler la qualité de la formation offerte à ses employés, et ce, en complémentarité de ce qui est offert par l’École. Avant cette réforme, la formation continue était complètement décentralisée, de sorte que chaque besoin était traité à l’échelle locale par des formateurs, selon des méthodes différentes.

« Encore aujourd’hui, en raison de son niveau de service, la Sûreté [du Québec] se doit de développer, en complément de la formation donnée par l’École, ses propres formations à l’interne. Elle doit aussi compléter son offre avec de nombreuses formations policières très spécialisées, et uniquement données au Collège canadien de police, et même dans des institutions spécialisées aux États-Unis et en Europe, de manière à ce qu’elle dispose de toutes les expertises nécessaires pour réaliser sa mission. » (Sûreté du Québec, 2020 : 74)


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023

Patrouille nautique à la Sûreté du Québec

C’est bien connu, le Québec est l’un des endroits au monde où l’on retrouve le plus grand nombre de lacs et de plans d’eau douce. Cette grande accessibilité en voies navigables a permis le développement de la navigation de plaisance dans la province. Ce type de navigation est régi par la « Loi sur la marine marchande du Canada » qui est appliquée par Transport Canada et par la Garde côtière canadienne.

Le mandat général de la Sûreté du Québec consiste à maintenir la paix et la sécurité publique sur l’ensemble du territoire québécois, ce qui inclut également les eaux intérieures. C’est pourquoi l’application de ce mandat, dès 1971, devient la pierre angulaire de la présence de la Sûreté du Québec sur les plans d’eau de la province. Néanmoins, pendant plusieurs années, cette surveillance est discontinue et non prioritaire en raison, surtout, de ressources humaines restreintes et de l’absence d’équipement adéquat, performant et sécuritaire. Ces patrouilles sporadiques s’effectuent tout de même lors de rencontres sportives telles que des régates et des courses de canots, ou encore, lors d’événements plus importants, comme les Jeux du Québec. À cela s’ajoute également la présence locale des agents en réponse à des plaintes de cambriolage de chalets plus isolés ou à des vols de moteur hors-bord, un domaine connexe.

Avec une moyenne d’environ 35 % des noyades en lien avec la navigation de plaisance et les activités nautiques à la fin des années 1970, la Sûreté du Québec constate l’importance de la prévention en sécurité nautique. Consciente de son manque de ressources, l’organisation cherche alors un moyen d’action approprié pour rejoindre les plaisanciers. Pour atteindre ce nouvel objectif, la Sûreté du Québec conclut qu’une augmentation de la présence policière en milieu nautique et des interventions appropriées s’avèrent essentielles.

Les premières initiatives de l’organisation en ce sens datent de la fin des années 1970 avec la mise en place des « patrouilles de quai ». Ces dernières permettent, avec peu de moyens, d’intervenir directement au quai, soit au départ et à l’arrivée des bateaux et des plaisanciers. Adopté par l’organisation, ce type de patrouille est alors combiné à la patrouille nautique à partir de l’été 1978.

Après une année de jumelage avec la Garde côtière canadienne et la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec décide de former ses premiers préposés à la sécurité nautique en 1979. Trente-deux policiers sont donc choisis parmi les pelotons d’unités d’urgence en province (deux par peloton) ainsi que les sections de plongée sous-marine. L’année suivante, en mars 1980, les 32 nouveaux préposés suivent une formation de sécurité nautique d’une semaine, à
Duchesnay.

Au fil des années, l’organisation améliore son offre de service en sécurité nautique en augmentant le nombre de patrouilleurs et de bateaux disponibles. En effet, à l’été 1992, on ne compte pas moins de 65 policiers formés à la patrouille nautique et 16 embarcations réparties sur le territoire desservi par la Sûreté du Québec, le tout, coordonné par le Service des mesures d’urgence.

À la suite de l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » en 2001, la Sûreté du Québec oriente ses activités en fonction des niveaux de service à assurer. Pour livrer les services requis à la population, l’organisation se tourne vers l’acquisition de nouveaux équipements et la formation de nouveaux policiers. Rapidement, en 2002, la Sûreté du Québec accroît sa flotte, passant de 22 à 65 embarcations. La flotte est répartie entre les unités de sécurité routière ou d’urgence, mais également dans certaines municipalités régionales de comté (MRC) stratégiques. Cette même année, la Sûreté du Québec fait également grimper ses effectifs de patrouilleurs nautiques à 150, triplant ainsi le nombre de policiers affectés à cette fonction. La saison suivante, 250 patrouilleurs nautiques sont déployés sur les plans d’eau par l’organisation.

De nos jours, les patrouilleurs nautiques œuvrent principalement dans la prévention et la sensibilisation aux lois et aux règlements en vigueur dans le domaine, s’inscrivant ainsi dans le concept de police de proximité valorisé par l’organisation depuis plusieurs décennies.


Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Relations internationales et missions de paix

En 2008, l’ancien directeur général Normand Proulx a dit à l’Assemblée nationale du Québec : « Ce qui fait la force de la Sûreté du Québec […] dans les faits, ce n’est pas le nombre d’effectifs, c’est les réseaux qu’elle a développés à travers le monde. » Ainsi, il souligne l’importance des relations internationales établies par l’organisation depuis presque 80 ans.

Les États-Unis

Pendant la prohibition de l’alcool aux États-Unis, dans les années 1920, les
State Police du Vermont, du Maine, du New Hampshire et de l’État de New York éprouvent de plus en plus de difficultés à gérer les entrées des bootleggers (contrebandiers) dans leur pays et leurs sorties. La Police provinciale, présente depuis la fin du 19e siècle, vient renforcer la surveillance frontalière en Estrie, en Montérégie, dans la Chaudière-Appalaches et dans le Bas-Saint-Laurent. Une communication régulière s’établit alors entre la province et les quatre États voisins concernés. Cette relation transfrontalière, née d’un contexte bien particulier dans le temps, va se poursuivre et s’amplifier jusqu’à aujourd’hui.

La France

Durant les années 1970, la Sûreté du Québec envoie régulièrement deux de ses représentants à Paris pour établir une liaison diplomatique. Ce processus est interrompu dans les années 1980 dans le contexte de la crise économique de l’époque. Le caractère francophone de l’organisation est ce qui lui permet de développer des affinités avec la francophonie mondiale et de se distinguer des autres corps de police canadiens (hors Québec).

C’est en 2001 que la Sûreté du Québec détache un policier à la Délégation générale du Québec à Paris et, deux ans plus tard, un premier conseiller stratégique en sécurité publique, l’inspecteur Christian Chalin, est mis en poste dans la capitale française. C’est cette même année qu’est créé le Service des relations internationales et du protocole. Le caractère francophone permet de renforcer le réseau de coopération technique avec l’Europe, et particulièrement la France et la Belgique, avec qui la Sûreté du Québec va développer son concept de police de proximité.

Les missions de paix

La consolidation de la paix et le maintien d’un climat de sécurité représentent un mandat plus difficile à accomplir pour des militaires. C’est pourquoi des UNPOL (
United Nations Police, policiers des Nations unies) sont appelés à jouer un rôle d’agent de la paix. Dans la majorité des cas, les policiers des Nations unies ne peuvent pas mettre directement en application les lois, mais travaillent plutôt en assistance aux policiers locaux sur le terrain et dans la reconstruction des services de sécurité publique.

Depuis 1995, la Sûreté du Québec participe à des missions de paix à l’international sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) et participe à la stabilisation de pays ébranlés, à la tenue d’élections libres, à la reconstruction des institutions civiles dans un climat de sécurité ou encore à la surveillance de cessez-le-feu. Depuis le début de ces missions de paix, la Sûreté du Québec a déjà envoyé plus de 380 policiers dans une dizaine de missions.

La Catalogne

La Catalogne et le Québec partagent des éléments communs particulièrement en ce qui a trait au combat linguistique et à l’autonomie face à un État fédéral. C’est au Québec en 1998 qu’a eu lieu la première rencontre entre les autorités policières québécoises et catalanes pour discuter, entre autres, de police de proximité et de formation continue. Des élus et des fonctionnaires catalans se sont inspirés de la structure de la Sûreté du Québec et d’un système policier hollandais pour bâtir leur corps de police, la Mossos d’Esquadra, qui signifie « Escouade de jeunes » en catalan. Cette organisation policière s’est graduellement mise sur pied, en lieu et place de la Guarda Civilian
 (garde civile), particulièrement à partir de 1994, lorsque les statuts du système policier ont été clairement définis. Depuis, le nombre de policiers a plus que doublé et leurs responsabilités se sont accrues.

La Belgique

Les premières rencontres entre la police belge et la Sûreté du Québec remontent à 1999 et 2000. En 1999, des représentants de la Sûreté du Québec rencontrent des représentants belges lors d’un forum international sur la sécurité et la démocratie tenu à Naples. Cette même année, des experts en polygraphie et en techniques d’entrevue sont appelés à intervenir auprès de la police judiciaire belge dans une affaire de meurtres en série. En 2000, la préparation du Sommet des Amériques à Québec incite la Sûreté du Québec à aller chercher de l’expertise internationale en matière de maintien de l’ordre, notamment auprès des policiers belges rencontrés un an plus tôt lors du forum de Naples. Ces rencontres permettent aux deux organisations de découvrir qu’elles possèdent de nombreuses similitudes. Toutes deux engagées dans des processus de réforme, elles ont la volonté d’implanter le modèle de police de proximité et de rechercher l’excellence dans la fonction policière. Ces objectifs communs les amènent à conclure des ententes formelles dans ces deux domaines à partir de 2004, et ce, jusqu’à aujourd’hui.

Le réseau FRANCOPOL

En 2008, le Réseau international francophone de formation policière (FRANCOPOL) est créé par l’initiative de la Sûreté du Québec, de la Police nationale française et de l’École nationale de police du Québec. En bref, cet organisme veut faciliter la mise en commun des meilleures pratiques policières à travers les organisations de sécurité publique internationales francophones. Le secrétariat général est d’ailleurs installé au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.

D’autres relations importantes entre la Sûreté du Québec et la communauté internationale incluent le Sénégal, le Cameroun, l’Italie et la Bavière (Allemagne). Au retour de leurs différents mandats et missions, ces membres font profiter toute l’organisation de leur expérience et de leur ouverture sur le monde, en plus de faire preuve d’un dévouement remarquable.

Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020

Structure organisationnelle et desserte policière au fil du temps

La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.

« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1
er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.

En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.

En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19
e siècle.

Depuis le début du 20
e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.

Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.

Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.

Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.

Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.

Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.

La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.

En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».

Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.

Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.

Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).

Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.

Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.

À la fin du 20
e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.

Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.

Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.

En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.

Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024

Commémoration de nos policiers morts en devoir

Au tournant du 19e siècle, les grandes révolutions citoyennes provoquent des changements majeurs au sein des sociétés occidentales. L’apparition des armées citoyennes et du concept de nation bouleverse la représentation conceptuelle du soldat dans les pays occidentaux. La reconnaissance du sacrifice du citoyen-soldat commence alors à prendre le dessus sur la valorisation des généraux illustres. L’hommage offert aux soldats disparus devient ainsi un élément important dans la formation d’une identité nationale puisqu’il commémore le sacrifice offert par les citoyens pour protéger le pays. C’est l’expression du deuil collectif de la nation.

De nombreux monuments sont érigés et des journées commémoratives sont promulguées. Ces manifestations commémoratives permettent aux anciens combattants de se souvenir et de rendre hommage à leurs anciens camarades de combat ayant donné leur vie pour la protection de la population.

Ces us et coutumes s’implantent tranquillement chez les forces policières au début du 20
e siècle. Le danger associé au travail des policiers et la culture paramilitaire inhérente à la fonction policière favorisent l’essor de cette tradition à la Police provinciale. L’évolution de cet usage contribue non seulement à la formation d’un esprit de corps au sein même de l’organisation, mais également entre les différentes forces constabulaires de la province. C’est l’expression du deuil collectif des policiers.

Les premières mentions au sujet d’honneurs funèbres rendus aux policiers de la Sûreté du Québec font état de la tenue de funérailles officielles dites « civiques » (civiles). À partir des années 1930, d’imposants cortèges funèbres sont formés afin de souligner le sacrifice des policiers décédés en devoir. Ces cortèges sont habituellement composés d’un fort contingent de policiers provinciaux, mais également de représentants de plusieurs corps de police et parfois même de représentants d’autres entités similaires, telles que des services d’incendie ou des corps d’armée. Le cortège se voit souvent accompagné d’objets personnels évoquant la carrière du défunt au sein du corps de police provincial. En effet, plusieurs pièces d’équipements symboliques sont utilisées en ce sens, telles que le képi, les gants ou les bottes de policiers de la route, ou encore le casque à pointe
Wolsley. Dans le cas du décès d’un policier de la route, la motocyclette du défunt prend également une place prépondérante dans le cortège.

Bien que ce type de funérailles honore le défunt dans l’immédiat, au fil du temps et à l’extérieur du cercle familial, celui-ci risque de sombrer dans l’oubli le plus complet. Pour remédier à la situation, la Sûreté du Québec inaugure, en mai 1973, son premier monument commémoratif pour ses policiers tués en service. Il s’agit d’un tableau d’honneur situé dans le hall d’entrée du Grand quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal. Malheureusement, les nombreuses réfections du hall d’entrée réalisées au fil du temps ont mené à la modification du tableau d’honneur et, ultimement, à son retrait, dans les années 1990. Il est à noter qu’un tableau d’honneur plus modeste a également été érigé au quartier général de Québec dans les années 1980-1990.

En juin 1986, sous le directeur général Jacques Beaudoin, on décide de planter 13 chênes sur le terrain du Grand quartier général, à Montréal. Chacun des chênes commémore le sacrifice d’un policier de l’organisation tué en service (homicide) ou de façon héroïque. Par ce geste, l’organisation veut rendre un hommage vivant et tangible à ces policiers. Un quatorzième chêne est ajouté au début des années 1990 pour commémorer le décès du caporal Marcel Lemay lors des événements de juillet 1990, survenus à Oka. Encore une fois, le temps et les rénovations extérieures contribuent à dépersonnaliser les chênes commémoratifs et faire tomber dans l’oubli leur raison d’être.

À partir du milieu des années 1980, la Sûreté du Québec cherche une solution permanente pour honorer tous ses morts occupationnels. En 1994, l’organisation inaugure en ce sens un jardin hommage. Érigé dans l’arboretum du Jardin botanique de Montréal, et plus précisément dans la chênaie, il honore la mémoire des policiers de la Sûreté du Québec décédés en devoir, et ce, peu importe les circonstances. C’est la première fois que les décès accidentels sont inclus au cénotaphe de l’organisation.

Beaucoup plus élaboré que les installations qui l’ont précédé, le cénotaphe du Jardin botanique de Montréal intègre plusieurs éléments symbolisant la Sûreté du Québec et la vie du policier. Dans un document remis lors de l’inauguration, le Jardin hommage est décrit comme suit :

« Le Jardin hommage est érigé au pied d’un chêne imposant à triple ramifications [
sic] et en face de trois autres chênes pédonculés fastigiés. À la tête du Jardin, un aménagement de 14 arbustes rappelle les 14 chênes plantés autour du grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal.

Situé dans la partie nord du Jardin botanique, on accède au Jardin hommage de la Sûreté du Québec par un imposant portail ou arche en acier inoxydable. Ce matériau, à la fois noble et moderne, est solide et durable […]. D’une hauteur de plus de quatre mètres, l’arche donne accès au site et inspire un caractère grandiose au Jardin hommage.

Pour se rendre à la tête du Jardin, on emprunte un sentier formé de douze pierres semi-polies de granite, symbole du cheminement de la vie, du temps […] et des grandes étapes de l’histoire de la Sûreté du Québec. Un axe perpendiculaire qui coupe le sentier […] suggère l’arrivée d’événements inattendus de la vie dans l’exercice de la fonction policière.

On accède ensuite à la tête du cénotaphe où sont regroupées trois (3) pierres en granite surélevées à la surface polie. La plus imposante, haute d’environ un mètre, renferme l’urne funéraire métallique et […] porte l’inscription ILS ONT DONNÉ LEUR VIE. Elle renferme le nom de tous les membres policiers et civils tués de façon violente dans l’accomplissement du mandat de la Sûreté du Québec. »

Pour garder le Jardin hommage vivant, le directeur général et son état-major font une visite annuelle et un jour du Souvenir de la Sûreté du Québec est proclamé.

Le 20 juin 2006, après des négociations avec l’École nationale de police du Québec, le cénotaphe du Jardin hommage de la Sûreté du Québec est déménagé sur le terrain de l’École. Selon le directeur général de l’époque, monsieur Normand Proulx, ce nouvel emplacement du cénotaphe de la Sûreté du Québec en facilitera l’accès aux familles et aux confrères voulant rendre hommage aux personnes défuntes.

Un lieu de recueillement pour tous les policiers : le cas du Québec et celui du Canada

À partir des années 1980, le projet d’ériger un cénotaphe pour l’ensemble des membres des forces policières québécoises morts en devoir voit le jour. L’hésitation entre le terrain de l’Institut de police du Québec et la colline parlementaire comme site d’érection, les questions de financement et les différentes modalités entourant le projet en retardent l’aboutissement. C’est finalement le 8 novembre 1991 qu’on dévoile le premier cénotaphe dédié à l’ensemble des policiers québécois morts en service. Don de la 171e promotion de l’Institut de police du Québec, le monument est finalement érigé sur le terrain de l’école. L’Institut décrète également une journée du souvenir dans le cadre de la Semaine de la police pour rendre hommage annuellement aux policiers tombés dans l’exercice de leurs fonctions.

Le 14 mai 2007, presque un an après le déménagement du Jardin hommage de la Sûreté du Québec sur le terrain de l’École nationale de police du Québec, c’est le cénotaphe conjoint de l’Association des directeurs de police du Québec et du Service de police de la Ville de Montréal qui y prend place. Le même jour, on célèbre également la première cérémonie consacrée à la mémoire de tous les policiers québécois décédés dans l’exercice de leurs fonctions. La Sûreté du Québec et plusieurs autres corps de police participent annuellement à cette cérémonie. L’ajout du nouveau monument et la célébration annuelle d’une telle cérémonie consacrent alors l’École comme le lieu où tous les policiers québécois peuvent se recueillir à la mémoire de leurs collègues.

En 2022, en plus des cénotaphes précédemment cités, le site commémoratif de l’École nationale de police du Québec comprend le cénotaphe de la Gendarmerie royale du Canada ainsi que le cénotaphe des corps de police autochtones.

Au fédéral, une cérémonie commémorative annuelle est célébrée sur la colline parlementaire, à Ottawa, depuis 1978. Consacrée à l’origine à tous les policiers canadiens abattus en service, elle inclut, depuis 1995, l’ensemble des agents de la paix décédés en fonction. En 1998, le gouvernement canadien proclame le dernier dimanche du mois de septembre Jour commémoratif national des policiers et des agents de la paix. Vingt ans après sa création, la cérémonie commémorative devient dès lors une journée nationale officielle au Canada. Comme elle le fait à la cérémonie commémorative québécoise qui se tient à l’École nationale de police du Québec, la Sûreté du Québec participe chaque année à la cérémonie fédérale à Ottawa.

Pour immortaliser le nom des policiers du Canada morts en devoir, le projet d’un pavillon commémoratif est entamé au début des années 1990. C’est en 1994 qu’on inaugure le nouveau Pavillon commémoratif canadien des policiers décédés en service. Ce monument est composé d’un pavillon d’été et d’un cénotaphe où se retrouve le nom de tous les policiers canadiens qui ont donné leur vie dans le cadre de leurs fonctions.

La mise en place d’un lieu commémoratif pancanadien situé sur la colline parlementaire et la proclamation du Jour commémoratif national des policiers et des agents de la paix consacrent le Pavillon commémoratif canadien des policiers décédés en service comme le lieu où tous les policiers canadiens peuvent se recueillir à la mémoire de leurs collègues.

Que ce soit par un cortège funéraire, un tableau d’honneur, un cénotaphe ou une cérémonie de commémoration, l’importance de souligner le sacrifice des policiers qui ont donné leur vie pour protéger les citoyens est ancrée au sein de la Sûreté du Québec. L’organisation participe non seulement aux cérémonies commémoratives québécoises et canadiennes, mais se joint également à d’autres corps de police lors d’événements tragiques dans d’autres provinces ou même aux États-Unis. C’est l’expression du deuil collectif des membres de la Sûreté du Québec.


ILS ONT DONNÉ LEUR VIE

1874 – Thomas Dobbin
1875 – George Clarke
1877 – Lazare Doré
1933 – Joseph Lafleur
1936 – Bernard Juneau
1937 – Léopold Châteauneuf
1937 – Émile Perras
1940 – Gérard Bouchard
1940 – Gérard Bourgeault
1940 – Roland W. J. Allen
1941 – Ovila Roy
1946 – Charlemagne Bouchard
1954 – Robert Lévesque
1954 – Fabien Galipeault
1955 – Florian Poirier
1958 – Jean-Davila Lévesque
1958 – Roger Beaupré
1960 – Émilia Nadeau (Morel)
1960 – Lucien Danis
1960 – Jean-Marc Godmer
1961 – Gérard Richard
1961 – Gérard Bernier
1961 – Fredeau Simard
1962 – Roger Robidoux
1962 – Marius Trépanier
1963 – Philippe Mailhot
1963 – Émile Lachance
1964 – David Chénard
1965 – Guy Renaud
1965 – Georges Hélie
1966 – Claude Guay
1968 – Ghislain Martineau
1968 – André Duhaime
1968 – Alain Falardeau
1969 – Robert Dumas
1973 – Marc-André Gagnon
1973 – Richard Mérette
1973 – Normand Tremblay
1976 – Michel Bédard
1976 – Gérald Desfossés
1977 – Bernard Brassard
1977 – Robert Brabant
1977 – Guy Samson
1980 – Gilles Lamarre
1980 – André Simard
1981 – Serge Lamy
1981 – Jacques Martin
1982 – Laurier Bédard
1983 – Richard Dubé
1986 – Jacques Hamel
1986 – Dany Tremblay
1988 – Rolland Larochelle
1988 – Gaétan Boutin
1988 – Mario Camiré
1988 – Richard Rochefort
1990 – Marcel Lemay
1990 – Jean-Claude Cadieux
1992 – Chantal Mattio
1993 – Georges Doneys
1993 – Gaston Paradis
1994 – Stéphane Roy
2002 – Antonio Arseneault
2003 – Patrick Lévesque
2010 – Sébastien Coghlan-Goyette
2012 – Katia Hadouchi
2012 – Donovan Lagrange
2016 – Jacques Ostigny
2023 – Maureen Breau


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023

Garde d'honneur et pratiques protocolaires à la Sûreté du Québec

Dès la création de la Police provinciale, en 1870, ses policiers sont formés sur un modèle militaire basé sur l’infanterie, ce qui les habitue aux rudiments de l’apparat et à la bonne tenue vestimentaire. À partir des années 1930 et jusqu’aux années 1960, le port de la tenue bleu foncé à col fermé était presque quotidien. Des accessoires d’apparat blancs comme le ceinturon de cuir, les gants et le chapeau d’inspiration britannique Wolseley ont été ajoutés pour les cérémonies.

En 1967, dans le cadre de l’Exposition universelle à Montréal, alors que tous les regards sont tournés vers le Québec, la garde d’honneur de la Sûreté provinciale fait sa dernière apparition. Plusieurs facteurs ont contribué à sa disparition, tels que le besoin d’harmoniser la couleur du costume d’apparat aux nouvelles couleurs de la Sûreté provinciale, soit le vert olive. Aussi, en cette période de profonde réorganisation à la Sûreté du Québec, qui coïncide avec la syndicalisation des policiers, les coûts associés au maintien des groupes d’apparat ont eu raison de ce symbole issu du monde militaire. Au cours des années suivantes, les membres des unités d’urgence dans les districts ou à Montréal et à Québec se voient confier le rôle de membres de la garde d’honneur. À cette époque, les accessoires d’apparat ornementant la tunique vert olive sont de couleur jaune.

Il a fallu attendre presque 40 ans avant qu’une nouvelle garde d’honneur soit mise sur pied dans la foulée d’un retour aux valeurs patrimoniales suscité par le directeur général Normand Proulx. C’est en 2004, dans le district Mauricie-Centre-du-Québec, qu’une nouvelle garde d’honneur se met en place au sein de la Sûreté du Québec. Deux policiers formés dans la tradition des exercices militaires, Jocelyn Descent et Yves Roussel, ainsi que le commandant du district Yves Guay sont à l’origine de cette renaissance. Fidèle à la tradition militaire, une nouvelle structure officielle de commandement de la garde d’honneur est mise en place en 2006.

L’intérêt pour le retour d’une garde d’honneur prend de l’ampleur en mars 2005 lorsque des représentants de la Sûreté du Québec se rendent à Edmonton aux funérailles de quatre agents de la Gendarmerie royale du Canada. Cet événement marque le début d’une tradition de professionnalisme au sein de la nouvelle garde d’honneur qui perdure encore aujourd’hui. Ainsi, la garde d’honneur a participé à plusieurs événements protocolaires d’importance dans la province, mais aussi dans le reste du Canada, aux États-Unis et même en Europe, et a coordonné certains de ces événements.

La garde d’honneur se veut une représentation de l’ensemble de la Sûreté du Québec à un événement public, comme les cérémonies de reconnaissance, les cérémonies d’assermentation de recrues, les cérémonies de remise de grades, les cérémonies de policier mort en devoir ou encore les cérémonies d’État.

Alors que les corps policiers canadiens axent entièrement leur symbolisme sur un modèle britannique, la Sûreté du Québec conserve un lien historique avec son héritage français. Cet élément, unique en Amérique du Nord, distingue notre organisation de celles du reste du Canada et des États-Unis.

C’est grâce à la rigueur protocolaire et au professionnalisme des membres de la garde d’honneur que la Sûreté du Québec est maintenant la référence en protocole policier au Québec.

De nos jours, la garde d’honneur véhicule des valeurs importantes à la Sûreté du Québec, soit le sentiment d’appartenance et la fierté de faire partie de l’organisation. Elle représente également l’image même de la Sûreté du Québec, soit : le service, le professionnalisme, le respect et l’intégrité.

Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020

Autopatrouilles de la Sûreté du Québec

Avant l'acquisition par la Sûreté provinciale d'une véritable flotte de véhicules identifiés, la patrouille des routes du Québec s'effectue essentiellement en motocyclette. Néanmoins, entre les années 1930 et 1945, quelques voitures de modèles différents non identifiés sont de plus en plus utilisées.

En mars 1945, la Sûreté provinciale se dote d'une flotte de véhicules de patrouille identifiés. Le modèle acquis à l'époque est une Plymouth Special De Luxe. Ces voitures sont dotées d'un phare fixe sur le toit et d’un premier système radio d’envergure régionale.

Ces voitures se retrouvent en périphérie des grands centres tels que Montréal et Québec, puis ensuite Trois-Rivières et Sherbrooke. Pour sa part, la motocyclette continue d'être largement utilisée dans les régions.

Ce n’est véritablement qu’à partir du milieu des années 1950 que l’automobile détrône la motocyclette en tant que principal outil de travail des policiers de la route. C’est aussi dans ces mêmes années que les premières lumières clignotantes rouges sont installées en remplacement du phare fixe sur le toit du véhicule, une innovation améliorant la visibilité de la voiture de patrouille en situation d’urgence.

Bien que le nom officiel de l’organisation soit la Sûreté provinciale du Québec depuis 1938, les voitures de l'époque portent l'emblème bilingue de la Sûreté provinciale, indiquant « Provincial Police » sur la portière de gauche et « Police provinciale » sur la portière de droite.

La Révolution tranquille, au début des années 1960, apporte son lot de changements, y compris à la Sûreté provinciale. S'amorce alors une vague de réformes dans la formation des policiers, l'embauche et les façons de faire au sein de l’organisation.

Durant cette décennie, la présence policière s'accroît et les effectifs également, ce qui impose une augmentation importante du parc de véhicules : celui-ci passe de 582 véhicules en 1962 à 928 en 1968.

Un des changements majeurs des années 1960 pour l’organisation est l'adoption de nouvelles couleurs. Les uniformes et les véhicules passent au vert, couleur qui devient emblématique pour la Sûreté du Québec.

Les nouvelles autopatrouilles sont vertes avec des portières jaunes, et sont dotées des premiers gyrophares rotatifs ainsi que du phare « police stop » sur le coin de l’aile avant droite. Comme les phares intermittents n’existent pas, cette lumière clignotante permet au policier de se placer à égalité du véhicule qu’il veut intercepter et d’indiquer au conducteur qu’il doit s’immobiliser.

C’est aussi dans les années 1960 qu’un numéro d’identification est octroyé à chacun des véhicules identifiés de la flotte. Les premiers numéros d’identification se retrouvent uniquement à l’intérieur de l’automobile, sur le tableau de bord. Composé de caractères alphanumériques, le numéro se lit comme suit, par exemple pour
M143MR : Montréal; voiture 143; marquée; pourvue d’une radio de communication.

Au début des années 1970, les véhicules à deux portes sont abandonnés au profit de modèles à quatre portes, beaucoup plus pratiques. Les véhicules commencent également à être identifiés par une numérotation sur les côtés et sur le toit.

Un premier système de lumières plus élaboré sur le toit des véhicules fait son apparition. Ce système est composé d’un gyrophare au centre et de deux feux clignotants aux extrémités. Il est familièrement appelé « Mickey Mouse » dans le jargon policier.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 qu’apparaissent les premières lumières bleues sur les gyrophares. Avec le temps, les gyrophares bleus deviennent exclusifs aux véhicules de police, alors que les gyrophares rouges sont utilisés par tous les types de véhicules d’urgence.

En 1980, la Sûreté du Québec intègre la Police des autoroutes dans ses rangs. Ce corps policier travaille alors exclusivement sur les autoroutes à péage du Québec. Lors de l'intégration de la Police des autoroutes, la Sûreté du Québec fait également l'acquisition de sa flotte de véhicules. Ceux-ci gardent leurs anciennes couleurs, mais avec l'ajout de l’identification de la Sûreté du Québec.

Au début des années 1980, le Québec est secoué par une grave crise pétrolière. La Sûreté du Québec doit revoir ses choix de véhicules, abandonnant les grosses cylindrées (V8) pour des modèles plus économiques (V6).

La Chevrolet Malibu 1980 est la dernière grosse cylindrée acquise par la Sûreté du Québec avant ce changement de cap. Ce modèle est doté de gyrophares bleus et rouges positionnés aux extrémités du toit de l’automobile, éliminant par le fait même les feux clignotants latéraux des modèles précédents.

En temps de compressions budgétaires et de réduction de la taille des véhicules de la Sûreté du Québec, la Plymouth Caravelle 1982 s'avère le meilleur compromis entre les modèles intermédiaires. C’est une voiture qui semble appréciée de l’ensemble des policiers.

En 1983, la récession force la Sûreté du Québec à acheter des véhicules plus compacts et économiques. Cependant, ils sont aussi moins performants. Au cours de ces années, la Sûreté du Québec doit mettre en place plusieurs autres mesures afin de limiter ses coûts, telles que la patrouille statique obligatoire, la limite de kilométrage et un gel d'embauche de sept ans.

Pour desservir les réserves autochtones du Grand Nord québécois, la Sûreté du Québec se dote de véhicules 4 x 4, plus adaptés aux conditions difficiles. Ces véhicules sont identifiés aux couleurs et à l’emblème de l’organisation jusqu’à ce que les communautés autochtones assurent la prise en charge totale de leur police. Elles apposent alors leur propre emblème sur les véhicules aux couleurs de la Sûreté du Québec pour ensuite y ajouter leurs couleurs.

Appuyée par des études américaines concluant que le blanc est la couleur qui réfléchit le mieux la lumière, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses premières voitures blanche après 23 ans de voitures vertes et jaunes. Le blanc devient alors progressivement la couleur officielle de base de toute la flotte automobile. La transformation de la flotte de voitures de patrouille se fait sur une période de trois ans.

À partir de 1991, les véhicules sont munis de gyrophares plats beaucoup plus puissants, d’un système de contrôle des équipements lumineux et de sirènes fabriquées par l’entreprise Signaflex à Victoriaville. La sirène est maintenant indépendante de la radio et possède un répertoire de sons beaucoup plus vaste et varié. Le système manuel de gestion de la sirène, fabriqué par la compagnie Bell et ses sous-traitants, est remplacé par un système de boutons-pressions.

Au cours des années 1992 à 1996, la Sûreté du Québec fait uniquement l'acquisition de voitures de marque Chevrolet Caprice. Seule différence significative : elle abandonnera en 1993 les Chevrolet Caprice V8 pour les V6, qui sont plus économiques.

Avec la fin de la production du modèle Caprice de Chevrolet en 1996, la Sûreté du Québec est contrainte de changer de modèle d’automobile. Avec son moteur 4,6 litres, le modèle Crown Victoria de Ford, acheté à partir de 1998, mais appelé
Police Interceptor dès 1999, fait partie des véhicules les plus fiables et robustes utilisés par les corps de police nord-américains.

Dans le but de pouvoir intervenir efficacement auprès de l’ensemble des usagers de la route, la Sûreté du Québec fait l’acquisition de ses toutes premières voitures semi-identifiées et semi-banalisées. Pour ce type de véhicule, les gyrophares sont remplacés par des feux alternatifs bleus et rouges ainsi qu’un stroboscope placé dans le pare-brise. La Sûreté du Québec se les procure entre 2000 et 2003.

Le 3 mai 2005, la Sûreté du Québec fait le lancement officiel de la nouvelle identité visuelle de ses véhicules identifiés. Celle-ci affiche des éléments des armoiries de l’organisation tels que l’écu échiqueté or et vert sur les côtés, l’avant et l’arrière ainsi que l’écu de la grande fonction sur le montant arrière.

En 2008, la hausse du prix de l’essence et la pression sociale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre incitent les organisations publiques et privées à prendre un virage vert. La Sûreté du Québec se tourne alors vers des voitures moins énergivores, comme la Dodge Charger, une voiture munie d'un moteur V6, mais étonnamment puissante. Ce modèle devient prédominant dans la flotte au cours des années suivantes.

Durant les années 2010, les Dodge Charger et les Ford Taurus sont toujours présentes sur nos routes. Celles-ci sont équipées de
protège-calandre (push bars) ou de flèches directionnelles. Dans le cadre de leur travail, elles sont également appuyées par des véhicules munis d'un système de reconnaissance de plaques.

Quelques mois après avoir présenté ses nouveaux uniformes, la Sûreté du Québec dévoile, en juillet 2017, la nouvelle apparence de ses véhicules identifiés. Les uniformes et les véhicules arborent maintenant la couleur noire de façon prédominante tout en conservant le vert comme couleur caractéristique.

Le déploiement des nouvelles voitures est amorcé à partir de l'automne 2017. Le renouvellement complet du parc de véhicules de première ligne est prévu se faire en trois ans à un coût nul. Les véhicules en fin de vie sont graduellement remplacés par les nouvelles autopatrouilles noires.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Éthylomètres et appareils de détection à la Sûreté du Québec

Au Québec, conduire un véhicule avec des facultés affaiblies est considéré comme un crime. Une personne commet une infraction criminelle si elle conduit avec un taux d'alcool égal ou supérieur à 80 mg d'alcool par 100 ml de sang (0,08).
En 1921, l'infraction « conduite en état d'ivresse » a été intégrée au Code criminel canadien. Au fil des ans, les dispositions législatives ont évolué, s’ajustant aux continuels changements sociétaux. Plus récemment, dans la foulée de la légalisation du cannabis, de nouvelles dispositions législatives du Code criminel ont été votées en 2018 (C-46). Celles-ci confirment notamment le fait que les policiers peuvent exiger un échantillon d'haleine préliminaire pour vérifier s'il y a présence d'alcool dans l'organisme du conducteur.

Dès l’origine, la question de la détection d’une conduite altérée par l’alcool s’est posée. Deux grandes catégories d’appareils seront approuvées par le législateur, soit l’éthylomètre, dont le rôle est de mesurer précisément le taux d’alcool dans le sang, et les « appareils de détection approuvés », dont le rôle est strictement de déceler la présence d’alcool dans le sang sans toutefois préciser le niveau d’alcoolémie.

Dès 1965, une réflexion sur l’usage d’un éthylomètre est engagée par la Sûreté provinciale, laquelle réflexion débouche en 1969 sur l’introduction progressive du premier analyseur d’alcool, le Breathalyzer Borkenstein, modèle 900. Inventé par Robert Frank Borkenstein, un ancien capitaine de police de l’Indiana State Police, et produit par Smith & Wesson, ce modèle et son successeur, le 900A, seront utilisés pendant près de 35 ans par les forces policières. Cet appareil mesure l’alcool à l’aide d’un procédé d’oxydation chimique. La décoloration produite par l’oxydation est par la suite mesurée par un colorimètre qui donnera un taux d’alcoolémie dans le sang. À compter de 2001, ces dispositifs, décrits comme des « appareils dépisteurs d’intoxication alcoolique », seront remplacés par des équipements électroniques.

En 1976, un deuxième instrument, l’Intoximeter Mark IV, est introduit au sein de la Sûreté du Québec. Cet appareil, complètement automatisé, fonctionne sur le principe de la chromatographie, méthode de séparation des composantes qui élimine toute possibilité d’interférence par d’autres produits présents dans l’haleine.

Pour leur part, les appareils de détection actuellement utilisés par la Sûreté du Québec sont les appareils ALERT J3A (Alcohol Level Evaluation Road Tester) et Alco-Sûr. Le premier appareil est approuvé en 1976 et fonctionne grâce à des semi-conducteurs qui réagissent selon le degré d’alcool contenu dans l’haleine. L’appareil Alco-Sûr est pour sa part introduit en 1988. L’appareil fonctionne à l’aide d’une pile combustible qui est une cellule électrochimique constituée de deux électrodes de platine. L’une d’elles est exposée à l’oxygène atmosphérique, tandis que l’autre est dans un compartiment où sera introduit l’échantillon d’haleine. L’alcool contenu dans l’haleine est absorbé par le platine et oxydé électrochimiquement. Cette oxydation produit un voltage qui allume un des voyants et révèle la présence d’alcool dans l’haleine.

Que ce soit à l’aide d’un éthylomètre ou d’un appareil de détection, le policier possède, depuis les années 1960, des appareils scientifiquement éprouvés l’aidant lors de l’application des lois relatives à la conduite d’un véhicule avec des capacités affaiblies. Ces appareils ont eu une grande incidence sur le travail des policiers puisque ceux-ci peuvent dorénavant compter sur la science pour les appuyer devant les tribunaux.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Événements majeurs

Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.

Opérations majeures

Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.

Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.

Personnages importants

Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.

Création d'escouades ou de services spécialisés

Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.

Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.

Crimes célèbres

Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.

Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.

Création de l'escouade de plongée sous-marine

5 février 1971

Le policier retraité Charles Sarrazin met sur pied une escouade permanente de plongée sous-marine à la Sûreté du Québec. Il lui faut cinq ans pour convaincre l’organisation de former une telle escouade en 1971, la première du genre dans l’ensemble des services policiers du Québec.

C’est en enseignant à l’École de police que l’agent Sarrazin rencontre le sergent Maurice Lamoureux. Ces deux passionnés de plongée sous-marine sont les premiers policiers de la Sûreté provinciale à plonger avec leur propre équipement dans le cadre de leur travail alors que la fonction de plongeur n’existe pas dans l’organisation.

À cette époque, la majorité du travail se fait dans la région de Montréal. En 1966, le duo de plongeurs reçoit son premier mandat important, soit de faire des recherches dans la rivière des Prairies où deux véhicules tombent du haut du pont de l’autoroute 15. La mission est couronnée de succès et s’avère moins onéreuse que lorsque la Sûreté provinciale fait appel à des plongeurs privés. Malgré ces résultats, celle-ci ne se montre toujours pas convaincue des avantages de créer une unité de plongée sous-marine permanente.

Le 5 février 1971, trois ans après la retraite de Maurice Lamoureux, Sarrazin reçoit l’autorisation de recruter des candidats pour former la première équipe de plongeurs à Montréal. Il embauche alors trois hommes et il fait l’acquisition d’un camion pour transporter l’équipement. La première mission majeure ne se fait pas attendre puisque cette même année, un important glissement de terrain survient dans le petit village de Saint-Jean-Vianney au Saguenay. L’opération s’avère éprouvante et dangereuse. Au retour de cette mission, deux membres quittent l’escouade.

En 1975, voyant l’efficacité de l’escouade de plongée sous-marine permanente, la Sûreté du Québec décide de former une nouvelle escouade à Québec pour desservir les territoires de l’est de la province. Le mandat de la mise sur pied de cette équipe est alors confié à André Vallée, lui-même plongeur au sein de l’unité de Montréal. Une fois à Québec, ce dernier milite pour l’élargissement du mandat des plongeurs de la Sûreté du Québec. C’est ainsi qu’à la fin des années 1970, les deux équipes sont de plus en plus sollicitées dans les recherches de personnes disparues et dans les cas de noyade. Finalement, en 1979, l’escouade de plongée sous-marine intègre l’unité d’urgence, plutôt que de relever des enquêtes criminelles comme auparavant.

À partir du milieu des années 1980, de plus en plus d’écoles et d’entreprises spécialisées en plongée voient le jour au Québec. L’ouverture de l’Institut maritime à Rimouski est un atout majeur pour l’unité. Tous les plongeurs de la Sûreté du Québec y sont formés de 1987 à 2003. Depuis 2004, l’organisation assure elle-même la formation de ses plongeurs. C’est aussi en 1987 que, pour la première fois, des techniciens en explosifs de la Sûreté du Québec sont formés en plongée sous-marine.

Au début des années 1990, le Québec enregistre un nombre record de décès à la suite d’accidents de plongée. Le coroner Boudrias, menant une enquête majeure afin de mieux comprendre le phénomène, demande la collaboration des plongeurs de la Sûreté du Québec. Leurs connaissances, leur crédibilité et leur professionnalisme sont alors mis en valeur par le rapport du coroner.

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, une décision de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) renforce les normes de sécurité encadrant le travail des plongeurs. Dorénavant, les équipes doivent être composées d’un minimum de trois plongeurs. De nos jours, lors d’une opération de plongée, un seul plongeur travaille sous l’eau alors que les deux autres demeurent en surface. Selon la durée de l’opération, les trois plongent à tour de rôle. Il est aussi à noter que les membres de l’équipe doivent rester en communication radio constante.

Depuis ses débuts à la Sûreté du Québec, l’équipe de la plongée sous-marine a rendu de fiers services à l’organisation. Que ce soit pour des recherches de pièces à conviction, de personnes disparues ou de noyés, les plongeurs de la Sûreté du Québec mettent toujours leur professionnalisme et leur expertise au service des citoyens.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Richard Deschesnes devient directeur général de la Sûreté du Québec

1er juillet 2008

Richard Deschesnes est directeur général de la Sûreté du Québec de 2008 à 2012.

Policier à la Sûreté du Québec depuis 1980, monsieur Deschesnes occupe la fonction de directeur général depuis le 1
er juillet 2008. Au cours de sa carrière, il a occupé diverses fonctions dont celles d’agent patrouilleur au poste de L’Étape, adjoint opérationnel, chef d’équipe et enquêteur au poste de Notre-Dame-du-Lac. En 1989, il devient directeur du poste de Havre-Saint-Pierre. Promu lieutenant en 1992, il est adjoint au responsable du Bureau de la surveillance du territoire, dans le district de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nouveau-Québec. En 1995, il devient officier spécialiste en sécurité publique. Il obtient ses grades de capitaine et d’inspecteur alors qu’il est commandant de l’Unité d’urgence de la région Est, de 1996 à 1998.

En 2000, il est nommé coordonnateur de l’opération de sécurité du Sommet des Amériques pour l’ensemble de la Sûreté du Québec. Par la suite, il devient conseiller à la Direction des enquêtes sur les crimes majeurs. Il est promu inspecteur-chef en 2002 et il occupe la fonction de directeur de l’emploi et du placement. Au cours de la même année, il devient directeur du Soutien à la gendarmerie. En 2003, il est nommé directeur général adjoint de la Grande fonction de l’administration.

Dans l’exercice de ses fonctions, il représente la Sûreté du Québec auprès de diverses instances, dont les élus municipaux, les responsables des ministères et organismes ainsi que les différents partenaires provinciaux et nationaux, en plus de maintenir des relations professionnelles avec les divers syndicats.

Il a acquis une formation en administration des affaires (MBA) à l’Université de Laval.

Il est directeur général de la Sûreté du Québec jusqu’en octobre 2012.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Josaphat Brunet devient directeur de la Sûreté provinciale

15 août 1960

Josaphat Brunet est le dirigeant de la Sûreté provinciale de 1960 à 1965. Il porte le titre de directeur de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961, puis directeur général de la Sûreté provinciale jusqu’en 1965.

Nommé à l’âge de 58 ans, monsieur Brunet assume le poste durant un peu plus de cinq ans. Il est secondé par le directeur général adjoint Léopold Trottier, à Montréal, et par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau, à Montréal, et Lucien Descent, à Québec. Policier retraité de la Gendarmerie royale du Canada, il devient chef de la sécurité à la Banque canadienne nationale avant d’être nommé à la Sûreté provinciale, en août 1960. Il décède le 6 juillet 1974 à l’âge de 71 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021

Affaire Aurore Gagnon

12 février 1920

En 1920, le petit village de Sainte-Philomène-de-Fortierville, dans le comté de Lotbinière, est le théâtre d’une tragédie qui bouleverse le Québec et qui s’inscrit dans le folklore québécois.

Née le 31 mai 1909, Aurore Gagnon est la cadette des cinq enfants de Marie-Anne Caron et Télesphore Gagnon. En 1915, après la naissance du benjamin de la famille, Joseph Gagnon, Marie-Anne Caron tombe malade. Afin d’aider Télesphore à prendre soin des enfants et de la maison, le couple décide, en 1916, d’accueillir Marie-Anne Houde, une récente veuve, au sein de la famille.

C’est à partir de ce moment qu’une série de drames frappe la famille Gagnon. Le premier de ceux-ci est la mort de Joseph Gagnon, alors âgé de 2 ans. Survenue le 6 novembre 1917, cette mort naturelle n’a pas de raison, selon le coroner Jolicœur, d’éveiller les soupçons. L’enfant est inhumé le lendemain de sa mort, dans la paroisse de Sainte-Philomène-de-Fortierville. Quelques jours plus tard, le 13 novembre 1917, Lucina Gagnon, alors âgée de 5 ans, meurt prématurément. Elle est inhumée le lendemain de sa mort, dans la paroisse de Sainte-Emmélie-de-Lotbinière. Le 23 janvier 1918, Marie-Anne Caron meurt de complications dues à sa maladie. Neuf jours plus tard, Télesphore Gagnon et Marie-Anne Houde se marient. Houde et ses enfants s’installent alors dans la maison des Gagnon.

C’est au courant de l’été 1919 que les sévices à l’endroit d’Aurore commencent. Marguerite Lebœuf, une amie de Marie-Jeanne Gagnon, la sœur aînée d’Aurore, en témoigne dans sa déposition lors de l’enquête préliminaire. Du 16 septembre au 17 octobre 1919, Aurore séjourne à l’Hôtel-Dieu de Québec pour soigner un ulcère au pied qui ne guérit pas. En janvier et février 1920, la famille Gagnon reçoit la visite de Rose-Anna Gagnon, la demi-sœur de Télesphore, ainsi que la visite de leur voisine Exilda Lemay. Ceux-ci constatent alors le piètre état de santé d’Aurore, ainsi que l’inaction de ses parents.

Le 12 février 1920, vers 11 h, Aurore sombre dans un profond délire. À la demande de Marie-Anne Houde, Exilda Lemay et le Dr Lafond se présentent à la maison des Gagnon. Avant d’arriver chez les Gagnon, Lemay contacte le curé Ferdinand Massé qui se présente en compagnie du juge de paix Oréus Mailhot. C’est dans le courant de l’après-midi que le Dr Lafond constate qu’Aurore est dans un coma profond et qu’il n’y a plus rien à faire pour l’aider. Étant parti au bois dans la matinée, Télesphore Gagnon est averti de la situation et rentre chez lui vers 16 h. C’est dans les environs de 19 h qu’Aurore rend son dernier soupir.

Le lendemain du décès d’Aurore, à la demande du coroner Jolicœur, le Dr Albert Marois procède à l’autopsie de la victime. Il répertorie 54 blessures sur le corps de l’enfant et, après un examen toxicologique des viscères par le Dr Wilfrid Derome, il conclut à un empoisonnement général causé par septicémie.

Peu de temps après les funérailles d’Aurore, qui ont lieu le 14 février 1920, le constable Lauréat Couture de la Police provinciale ainsi que les constables Verret et Bouchard procèdent aux arrestations de Marie-Anne Houde et de Télesphore Gagnon. Étant responsable de l’enquête de terrain, le constable Couture obtient la coopération de Marie-Jeanne et Gérard Gagnon, la sœur et le frère d’Aurore, pour l’aider à trouver des pièces à conviction.

Le 18 mars 1920, après les enquêtes préliminaires, la cour de police décide de porter une accusation de meurtre contre les époux Gagnon. La première à subir son procès est Marie-Anne Houde. Elle est reconnue coupable de meurtre et condamnée à la pendaison le 21 avril 1920. Pour sa part, Télesphore Gagnon est reconnu coupable d’homicide involontaire le 29 avril 1920 et condamné à la prison à vie le 4 mai 1920.

À quelques jours de sa pendaison, Marie-Anne Houde voit sa peine commuée en prison à vie grâce à une campagne réformiste en faveur de l’abolition de la peine capitale. Le 3 juillet 1935, Marie-Anne Houde est libérée à cause de son état de santé critique et elle décède le 12 mai 1936, probablement d’un cancer du sein qui s’est propagé aux poumons.

En 1925, après avoir purgé cinq ans de sa sentence, Télesphore Gagnon est libéré pour bonne conduite. À la mort de Marie-Anne Houde, il épouse Marie-Laure Habel. Il décède le 30 août 1961 à l’âge de 78 ans.

L’affaire Aurore Gagnon a captivé les médias et le Québec tout entier. Cette cause est devenue le point tournant dans l’évolution de la justice pour les enfants au Québec.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2024

Paul-A. Benoît devient directeur général de la Sûreté du Québec

16 juillet 1973

Paul-A. Benoît est directeur général de la Sûreté du Québec de 1973 à 1974.

Âgé de 53 ans lors de sa nomination, monsieur Benoît occupe le poste pendant un peu plus d’un an. Policier à la Sûreté du Québec depuis janvier 1943, il accède successivement aux fonctions supérieures et, à partir de 1971, devient directeur général adjoint aux opérations, puis directeur général, le 16 juillet 1973. Il prend sa retraite de la Sûreté du Québec en octobre 1974, après 32 ans de service, et devient sous-ministre associé au ministère de la Justice. Il est responsable de la Direction générale de la sécurité publique jusqu’en décembre 1979, moment où il prend sa retraite. Il décède à Longueuil le 24 mars 1984 à l’âge de 63 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

Augustin McCarthy devient chef de la Police provinciale

19 septembre 1902

Augustin McCarthy est chef de la Police provinciale de 1902 à 1922 et chef de la Division de Québec, de 1922 à 1932.

Nommé à l’âge de 45 ans, monsieur McCarthy demeure chef durant près de 30 ans. Il entre comme constable de la Police provinciale de Québec en 1888 et devient sergent en 1899. Il est l’un des collaborateurs du chef des détectives provinciaux à Montréal, Peter Kenneth McCaskill. À compter de 1922, il partage ses fonctions de chef avec son homologue de Montréal, Dieudonné Daniel Lorrain. En 1931, alors en préretraite, il est assisté à Québec par un sous-chef, Léon Lambert. Il décède le 4 mars 1932, à l’âge de 75 ans.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

L’identité judiciaire, une expertise plus que centenaire à la Sûreté du Québec

15 octobre 1925

Sherlock Holmes, ce célèbre personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887, incarne l’enquêteur parfait en cette fin de l’ère victorienne; celui qui utilise les nouvelles connaissances scientifiques, l’innovation et l’observation minutieuse de la scène de crime pour trouver la moindre trace laissée par le malfaiteur. Ce détective nouveau genre, en cette fin du 19e siècle, représente bien l’effervescence et le bouillonnement d’idées alors présents dans le milieu policier. Rapidement, cette fébrilité scientifique se traduit par un réel intérêt pour la criminalistique au sein des forces policières. Toutefois, l’évolution de la criminalistique n’est pas récente : elle s’est échelonnée sur plusieurs siècles d’innovations et de découvertes. Ainsi, les balbutiements de cette science sont anciens : l’apport du monde gréco-romain est indéniable, notamment, par les découvertes dans le domaine médical, mais celui de la Chine de la dynastie Song est majeure. En effet, c’est en 1247 qu’est écrit le premier traité de médecine légale au monde : le « Xi Yuan Ji Lu » (De la réparation des injustices) du juge Song Ci (ou Sung Tzhu).

Alphonse Bertillon, pionnier des experts policiers

L’arrivée d’Alphonse Bertillon à la Préfecture de Paris en 1879 est l’élément déclencheur de l’utilisation courante de la criminalistique en occident. Depuis l’abolition, en 1832, de la flétrissure, l’essorillement et tout autre marquage physique d’une aussi grande efficacité, les corps de police français peinent à identifier correctement les récidivistes. Frappé par cette problématique, Alphonse Bertillon met au point un système d’identification des criminels qui sera adopté dans de nombreux pays : l’anthropométrie judiciaire. Ce système de mensuration est basé sur les trois principes suivants : « la fixité à peu près absolue de l’ossature humaine à partir de la vingtième année d’âge […] la diversité extrême de dimensions que présente le squelette humain comparé d’un sujet à un autre […] la facilité et la précision relative avec lesquelles certaines dimensions du squelette sont susceptibles d’être mesurées ». (Bertillon, 1893, p. XVI) À partir de ces principes, Bertillon affirme qu’un minimum de six ou sept mensurations sont nécessaires pour le signalement d’un individu. Une fois la fiche signalétique complétée, elle est classée à l’aide d’un système rigoureux permettant de la retracer et ainsi d’identifier un récidiviste. Dans le cadre de ses fonctions de responsable du premier Service de l’identité judiciaire en France, Bertillon se penche également sur les techniques de photographie judiciaire ainsi que sur la recherche et l’emploi des indices présents sur une scène de crime.

En quelques années, les techniques et méthodes de Bertillon se répandent partout dans le monde. L’anthropométrie judiciaire devient alors le système officiel d’identification des criminels jusqu’à l’émergence de la dactyloscopie. Cette dernière, basée sur une identification positive de la personne, s’avère plus précise, plus fiable et plus simple. Malgré le déclin rapide de son système d’identification, Bertillon a grandement contribué à l’avènement de la criminalistique au sein des corps de police, principalement en les dotant des structures techniques et scientifiques nécessaires aux développements de cette science. Il ne faut cependant pas penser que Bertillon est le seul pionnier de la « police scientifique ». Plusieurs autres chercheurs ont contribué à son développement au tournant du 20
e siècle. On peut notamment penser à Rodolphe Archibald Reiss ou même à Edmond Locard qui sont également des sommités en la matière à la même époque.

Les débuts de l’identification des criminels au Canada

Au Canada, la loi « An Act respecting the identification of Criminals », promulguée en 1898, ouvre la porte à l’identification des criminels par les services de police du pays. À cette époque, une seule technique était approuvée, l’anthropométrie judiciaire d’Alphonse Bertillon. Malgré cette nouvelle loi, peu de corps policiers canadiens amorcent le développement d’une collection de fiches signalétiques basée sur le système proposé par Bertillon. La complexité et les coûts afférents à ce système freinent les ardeurs de plusieurs services de police. Entre temps, l’inspecteur Edward Foster de la Dominion Police, fervent défenseur de la dactyloscopie, promeut l’utilisation des empreintes digitales comme technique d’identification des criminels auprès des autorités en place. Son travail porte ses fruits en 1908 lorsque, sous la suggestion du commissaire de la Dominion Police, Son Excellence le gouverneur général Albert Grey émet un décret ajoutant le système d’identification basé sur la prise d’empreintes digitales à la loi de 1898. Quelques années plus tard, en 1911, Foster met sur pied le Canadian Criminal Identification Bureau. « The Bureau functioned as a central repository for finger-prints and to promote the use of finger-printing technology and photography as a means of identifying criminals across Canada. » (Solicitor General Canada, 1997, p.3) C’est le début de l’identification des criminels par les empreintes digitales au Canada.

Au Québec, la « police scientifique » prend réellement son envol en 1914 avec l’ouverture du Laboratoire de recherches médico-légales à Montréal, le premier du genre en Amérique du Nord. En 1910, après deux ans de formation médico-légale à Paris, le docteur Wilfrid Derome revient au Québec pour convaincre le gouvernement provincial de la nécessité de disposer d’un laboratoire au service de la justice. Ce n’est que trois ans plus tard que Sir Lomer Gouin, procureur général et premier ministre du Québec, se laisse convaincre par les idées novatrices du docteur Derome. Fondateur du Laboratoire, le docteur Wilfrid Derome en devient le premier directeur lors de son ouverture en juillet 1914.

Vers une unité spécialisée en identité judiciaire à la Police provinciale

En 1920, le meurtre de Blanche Garneau chamboule le paysage policier. Lors de l’enquête, le manque d’expertise dans l’identification et la protection d’une scène de crime orientent les détectives du Bureau des détectives provinciaux vers de nombreuses fausses pistes. L’affaire est d’ailleurs grandement médiatisée et le fait que le processus semble avoir été bâclé cause une situation tendue qui résulte par l’intégration du Bureau des détectives provinciaux à la Police provinciale en 1922. Ce sont les débuts de la Police judiciaire (enquêtes criminelles) au sein de la Police provinciale.

Forte de son nouveau mandat en enquête criminelle, la Police provinciale commence à s’intéresser à l’identification des criminels et à la « police scientifique ». Dès 1924, des discussions pour la création d’un bureau d’identification des criminels sont en cours avec le gouvernement du Québec. Le bureau ouvre finalement ses portes en avril 1925. Bien qu’il soit au service de la Police provinciale, ce bureau est sous la responsabilité du docteur Wilfrid Derome. Toute personne légalement détenue, accusée ou reconnue coupable d'un acte criminel peut maintenant être facilement fichée par les autorités. Lors de leur passage à la Police provinciale, ces personnes sont photographiées de face ainsi que de profil et leurs empreintes digitales sont prélevées. En plus de mettre sur pied ce nouveau bureau, on réorganise le département d’identification des criminels à la prison de Bordeaux en étendant sa portée. Maintenant, ce ne sont plus juste les personnes reconnues coupables d’une offense criminelle qui sont fichées, mais ce sont tous les prisonniers coupables d’offenses graves. Par la suite, ces informations sont partagées avec le bureau d’identification des criminels dirigé par le docteur Derome, ce qui aide à bonifier leur collection de fiches.

Malgré ses débuts sous la férule du docteur Derome, le nouveau département tombe rapidement sous le contrôle administratif de la Police provinciale. Dès octobre 1925, les détectives Édouard Lorrain et Raoul Nolet en assument la direction et améliorent la façon de travailler ce qui augmente la cadence de production des fiches par rapport à l’administration précédente. Accompagnés d’un prisonnier mis à leur disposition, ils produisent 800 fiches en seulement quatre mois et demi pour un total de 1300 fiches dans les dossiers du département. À l’aide de ces dossiers, Lorrain et Nolet sont en mesure de retrouver six fugitifs entre octobre 1925 et février 1926. Le nouveau département des empreintes digitales entame donc son existence entre de bonnes mains et ses débuts sont couronnés de succès. Le département obtient même une lettre du commissaire de la Gendarmerie royale du Canada exprimant la satisfaction de son organisation envers la qualité du travail d’identification effectué.

De la turbulence à la consolidation d’une expertise

Les années 1930 sont des années mouvementées pour le jeune département spécialisé de l’organisation. En effet, après sa victoire aux élections provinciales de 1936, l’Union nationale impose une mise à pied complète des employés de la Division de Montréal. Certains employés du département des empreintes digitales sont rapidement réengagés, dont Édouard Lorrain, mais d’autres, comme Raoul Nolet, ne le sont pas causant ainsi une perte d’expertise au sein du département. Ce n’est qu’en février 1940, après la victoire des libéraux lors du scrutin de 1939, que Raoul Nolet réintègre la Sûreté provinciale avec le grade de sous-inspecteur. De son côté, le sergent d’état-major Édouard Lorrain, qui avait conservé son poste en 1936, quitte le département, et accepte, en mars 1937, le poste de chef du corps de police municipale d’Arvida. Neuf mois plus tard, il retourne au département des empreintes digitales de la Police provinciale et obtient le grade d’inspecteur. Devenu une sommité dans le monde de l’identité judiciaire, Édouard Lorrain est nommé, en 1940, président de l’International Association for Identification, une association importante dans le domaine de la criminalistique. Par ce fait, il devient également le premier président canadien-français de cette association. Son expérience et ses connaissances en font l’expert de l’identité judiciaire à la Sûreté provinciale jusqu’à son décès en 1944.

À l’instar de la Division de Montréal, la Division de Québec, épargnée de la purge de 1936, ouvre son premier département des empreintes digitales en 1937. Aussitôt mises en place, des formations de prise d’empreintes digitales sont offertes aux gendarmes de la Division. L’année suivante, on installe des stations de prise d’empreintes digitales dans les postes de Rimouski, Rivière-du-Loup, Percé, Chicoutimi et Roberval. C’est également la même année qu’un premier système de classement monodactylaire est utilisé à Québec. Rapidement, le département des empreintes digitales de la Division de Québec devient une référence incontournable dans des opérations de la Police judiciaire de la Sûreté provinciale.

À la fin des années 1930 et au début des années 1940, les commis-techniciens aux empreintes digitales se déplacent régulièrement sur les scènes de crime pour faire des prélèvements, prendre des photographies et récupérer des objets devant être analysés. Cependant, ils ne sont pas systématiquement appelés à le faire. Considérant la nature spécialisée du travail, le département demande à l’organisation que le prélèvement des empreintes digitales sur une scène de crime soit une tâche exclusivement exécutée par les commis-techniciens spécialisés dans le domaine. Il demande également que les scènes de crime soient mieux protégées afin d’éviter d’effacer ou d’embrouiller les traces laissées par les criminels. La qualité et la fiabilité de ces traces sont d’une importance majeure pour les enquêtes et les procès.

Durant la même période, on voit apparaître de nouvelles expertises au sein du service de l’identité judiciaire. En effet, en plus de la dactyloscopie, le service offre notamment son expertise en graphologie, en dactylographie, en déchiffrement de documents grattés ou effacés et en analyse d’empreintes de souliers à semelles crêpées. Le travail du service permet même l’établissement d’une jurisprudence portant sur cette dernière expertise. Ces années sont également marquées par une participation active à l’effort de guerre lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le service apporte son soutien à la défense nationale en collaborant avec les organismes fédéraux et provinciaux pour l’identification de divers types d’individus tels que les constables spéciaux, les employés gouvernementaux, les employés d’industries de guerre et les ressortissants étrangers.

Professionnalisation de l’identité judiciaire

Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage annonce un vent de changement sur tout le Québec. La société est en pleine ébullition et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’identité judiciaire. Jusqu’à ce moment, l’identité judiciaire est composée de deux petits services dans chacune des divisions officieusement indépendantes de la Sûreté provinciale. Du fait de ses effectifs réduits, l’ensemble des mandats de ces unités est centralisé dans chacune des équipes composées de quelques policiers et d’employés civils. À son arrivée, Josaphat Brunet obtient la responsabilité complète de la direction de l’organisation et décide de diviser les équipes de chacune des divisions en sections indépendantes spécialisées basées sur les mandats de l’identité judiciaire. Ainsi sont créées les sections des dossiers criminels, de l’index alphabétique, du fichier signalétique des criminels, des empreintes digitales, des scènes de crime, des armes à feu et de la photographie au sein du Service de l’identité judiciaire de chacune des divisions. Cependant, de 1963 à 1971, on centralise progressivement les casiers judiciaires de Québec vers Montréal.

C’est également au début de cette décennie que l’organisation décide d’ouvrir des bureaux en scènes de crime dans quatre sous-divisions : Hull, Granby, Chicoutimi et Rimouski. Pour assurer la responsabilité de ces bureaux, l’organisation sélectionne 12 policiers qui sont formés initialement à la Sûreté provinciale et par la suite au quartier général de la Gendarmerie royale du Canada à Ottawa. À partir de ce moment, les interventions sur les scènes de crime deviennent l’exclusivité des techniciens en scènes de crime policier.

Une centralisation des orientations stratégiques est entreprise durant cette même décennie. Bien que des bureaux d’identité judiciaire existent toujours dans l’ensemble des divisions et sous-divisions de l’organisation, la gestion stratégique est progressivement transférée à Montréal. Au début des années 1970, on retrouve donc un Service de l’identité judiciaire majoritairement situé à Montréal et des unités satellites dans les régions.

En 1971, la Sûreté du Québec acquiert le système Miracode, un système mécanisé accélérant la recherche et diminuant l’espace d’entreposage des fiches d’empreintes digitales. Ce système de micrographie permet de photographier des documents sur une bande magnétique de microfilms 16 mm emmagasinés dans une cassette. Une fois les fiches codifiées, le système Miracode exécute une recherche de fiches en quelques secondes.

En 1978, une des grandes avancées pour la Sûreté du Québec est la création d’un laboratoire de développement des empreintes digitales à Montréal. Les techniques employées sont peu nombreuses, mais la poudre et le nitrate d’argent commencent déjà à être utilisés pour révéler les empreintes. De plus, plusieurs petits locaux sont dédiés au poudrage des pièces à conviction dans les districts. Cette même année, l’identité judiciaire obtient des camions aménagés spécialement pour les besoins des techniciens en scènes de crime.

Science et technologie au centre de l’identité judiciaire

Durant les années 1980 et 1990, un premier véritable secteur dédié à la recherche et au développement est mis en place au Service de l’identité judiciaire avec l’embauche d’un civil professionnel, Jean-François Bellemarre. Le service se dote alors de nouvelles techniques d’analyse des empreintes digitales, telles que les vapeurs de cyanoacrylate, la ninhydrine, le révélateur physique, le cristal violet, le bisulfure de molybdène et les vapeurs d’iode. Avec l’intégration de tous ces nouveaux outils scientifiques, le service transforme le laboratoire de développement des empreintes de Montréal en laboratoire plus complet nécessitant les compétences d’un technicien de laboratoire pour procéder aux traitements des pièces à conviction. Il réaménage également les locaux de poudrage dans les districts pour en faire plusieurs petits laboratoires de développement des empreintes.

Plusieurs acquisitions technologiques vont également marquer ces deux décennies. En 1987, la Sûreté du Québec, suivant les conseils de la Police provinciale de l’Ontario, fait l’acquisition du premier laser à l’argon de l’organisation; un outil technologique améliorant la détection des empreintes digitales en laboratoire. Entre 1990 et 1996, ce sont les premières lampes médico-légales Polilight qui viennent rejoindre l’arsenal d’outils à la disposition du service pour révéler les empreintes digitales. On réaménage également le laboratoire de Québec à l’image de celui de Montréal. Au début des années 1990, on installe des Photophones dans les bureaux régionaux de l’identité judiciaire. Ces appareils permettent la transmission par le réseau téléphonique d’images d’une meilleure qualité que le télécopieur. De cette façon, les techniciens en scènes de crime des districts peuvent envoyer rapidement des empreintes digitales pour analyse au Grand quartier général à Montréal.

En 1992, la Sûreté du Québec remplace son système mécanisé Miracode par un système informatisé dédié à la recherche d’empreintes, le système automatisé d'identification dactyloscopique (SAID) Orion de Printrak. « Ce système […] accélère le traitement des dossiers et améliore considérablement le résultat des recherches effectuées à partir des empreintes digitales. » (Sûreté du Québec, 1993, p. 24) Une importante mise à jour du système est par la suite installée en 1999.

En 1994, la Sûreté du Québec acquiert un système de gestion automatisé de photographies signalétiques (SGAPS). « Ce système permet d’emmagasiner une ou plusieurs photographies d’une personne et sa description physique. Il est alors possible d’obtenir une photographie par numéro de casier judiciaire, par numéro d’identification ou par description physique. De plus, on peut imprimer sur une même page, aux fins d’identification, les photographies de plusieurs personnes dont les caractéristiques physiques se ressemblent. » (Sûreté du Québec, 1995, p. 17)

Dans la première décennie des années 2000, une nouvelle poussée scientifique et technologique propulse l’identité judiciaire vers de nouvelles innovations. En 2002, la Sûreté du Québec remplace l’utilisation de l’encre et du papier par les appareils de numérisation d’empreintes. Le secteur dédié à la recherche et au développement, dissout en 1996, est réactivé, en 2003, grâce à l’embauche d’Alexandre Beaudoin, un professionnel scientifique civil. Il devient le premier conseiller scientifique du Service de l’identité judiciaire à la Sûreté du Québec. En 2004, Alexandre Beaudoin développe une nouvelle technique de révélation des empreintes latentes sur le papier mouillé, l’Oil Red O. Plus efficace et moins dispendieuse que les méthodes précédentes, l’Oil Red O est éventuellement mondialement adoptée. Cette période est aussi marquée par l’apparition de nouvelles techniques de révélation des empreintes telles que l’acide jaune, l’indanedione-zinc et le dioxyde de titane. Alexandre Beaudoin, suivant les traces de son prédécesseurs Édouard Lorrain, devient à son tour une sommité dans le monde de l’identité judiciaire. En 2021, il est nommé président de l’International Association for Identification, soit le deuxième représentant de la Sûreté du Québec et le troisième canadien-français à occuper ce poste prestigieux.

En 2010, les laboratoires de développement des empreintes dans les districts sont officiellement fermés. Ils sont désuets et leurs mises à jour s‘avèreraient onéreuses. De plus, les techniques de développement d’empreintes sont de plus en plus complexes et doivent être exécutées par des spécialistes formés. Pour ces mêmes raisons, la décision de fermer le laboratoire de Québec tombe en 2016. Ces fermetures de laboratoires provoquent une convergence des pièces à conviction à traiter chimiquement au laboratoire de Montréal devenu le seul à la Sûreté du Québec à posséder ces expertises spécialisées.

En 2011, la Sûreté du Québec continue la consolidation de sa prestation de service en identité judiciaire sur l’ensemble du territoire. Pour ce faire, elle crée la fonction de spécialiste des projets spéciaux et de la formation qui est responsable de veiller à l’uniformisation des pratiques dans le domaine. Une équipe permanente en analyse de scènes d’incendies est également mise en place.

En 2012, la Sûreté du Québec fait l’acquisition d’un système d’identification biométrique (MorphoBIS) pour remplacer le système automatisé d'identification dactyloscopique et le système de gestion automatisé de photographies signalétiques. Ce système améliore la gestion, la capacité de recherche et la convergence entre les fiches d’empreintes ainsi que les photos signalétiques. Une mise à jour du système est par la suite installée en 2022.

Depuis la fin du 19
e siècle, les techniques et la technologie associées à la science judiciaire ne cessent d’évoluer. Grâce à son adaptabilité et à l’ingéniosité de ses employés, la Sûreté du Québec continue de profiter des avancements dans ce domaine, somme toute, assez récent. Première unité spécialisée de la Sûreté du Québec, l’identité judiciaire aide l’organisation à accomplir sa mission et la fait rayonner de par le monde depuis plus de cent ans.


François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2026

Affaire Charles Marion

6 août 1977

C’est le 6 août 1977, dans son chalet à Stoke, que Charles Marion et son amie sont interpellés par deux individus masqués et armés. Ces derniers enlèvent Marion et séquestrent son amie. Les ravisseurs embarquent Marion dans une auto et laissent l’amie de ce dernier ligotée dans le chalet d’invité. Elle n’est retrouvée qu’environ 18 heures plus tard par la femme de Marion.

Les ravisseurs conduisent Charles Marion au milieu de la forêt et l’enferment dans un réduit aménagé sous terre dans la région de Gould. Il y passe plusieurs semaines dans des conditions atroces. Ses ravisseurs lui apportent peu de nourriture, mais beaucoup d’alcool et de tranquillisants pour l’aider à passer à travers sa captivité. En plus d’être face au manque de nourriture, il doit éloigner les mulots et les rats qui s’introduisent dans le réduit.

Après l’enlèvement, les ravisseurs soumettent une demande de rançon d’un million de dollars à l’employeur de Charles Marion, alors directeur de crédit à la Caisse populaire de Sherbrooke-Est. C’est à partir de ce moment que plusieurs communications s’établissent entre la Sûreté du Québec et les ravisseurs. La Sûreté du Québec mobilise près de 200 policiers pour tenter d’attraper les preneurs d’otage. Au fur et à mesure que les semaines passent, les exigences pécuniaires des rançonneurs diminuent.

Le 23 septembre, les journalistes Claude Poirier et Normand Maltais se rendent à Saint-Gérard pour déposer deux valises contenant du papier. Plusieurs policiers sont postés dans les environs pour attraper les ravisseurs. Le plan échoue, car personne ne vient chercher les valises. Six jours plus tard, le piège de la fausse rançon est tenté de nouveau. Lorsqu’ils se rendent compte que les valises ne contiennent aucun billet de banque, les preneurs d’otage tentent de s’échapper. Sitôt la fausse rançon récupérée, une vaste opération policière est mise en branle dans les Cantons-de-l’Est pour attraper les kidnappeurs. Malgré les effectifs importants mobilisés pour cette opération, les ravisseurs réussissent à se faufiler entre les mailles du filet.

Avec tous ces bouleversements et l’enlèvement qui s’éternise, des questionnements commencent à naître quant à l’implication réelle de Charles Marion dans ce ravissement. L’a-t-il orchestré lui-même? La question demeure en suspens au sein de la population.

Vers la fin du mois d’octobre, les ravisseurs finissent par demander une somme de 50 000 $ pour la libération de Charles Marion. Le fils de ce dernier, Pierre Marion, réunit péniblement la somme et, accompagné par un ami et un policier de la Sûreté du Québec, se rend dans la région de Cookshire pour déposer la rançon. Le lendemain, en soirée, Charles Marion est retrouvé près de l’aéroport d’East Angus, non loin de Sherbrooke.

Ce n’est qu’environ huit mois plus tard que les policiers mettent la main au collet d’un premier ravisseur. La police réussit à l’associer à l’enlèvement de Charles Marion à l’aide des billets marqués qu’il a en sa possession et qui ont servi pour la rançon. Au total, trois personnes sont déclarées coupables dans cette affaire.

Dès sa libération, Charles Marion réfute les allégations concernant son implication dans l’enlèvement. Cependant, ce n’est qu’à la fin des procédures judiciaires que la preuve de son innocence est établie. Malgré cette preuve, plusieurs personnes ont, pendant des décennies, continué à croire en l’implication de Charles Marion dans son propre ravissement. Il n’a jamais été capable de retourner travailler et il se suicide le 2 décembre 1999, 22 ans après son enlèvement.

Charles Marion a été séquestré pendant 82 jours; c’est l’enlèvement le plus long de l’histoire du Canada.

Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020

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