C'est arrivé le... 28 janvier 2002
Intégration du Service de police d’Amos à la Sûreté du Québec
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Depuis la fondation de la Police provinciale le 1er mai 1870, l’emblème joue un rôle identitaire central et représente de nombreuses facettes de l’organisation. La force de l’emblème se reconnaît dans son caractère qui soulève la fierté de l’appartenance à la Sûreté du Québec et officialise son existence vis-à-vis des citoyennes et citoyens du Québec.
Depuis 1870, une multitude de changements provoquent la mutation de l’emblème, tant dans sa forme que dans ses couleurs. L’emblème actuel est bien loin de l’emblème original.
Au fil du temps, les armoiries du Québec y sont présentées de façon constante. Les emblèmes plus anciens montrent la première version des armoiries, qui sont concédées par la reine Victoria en 1868, rappelant l’appartenance à la couronne britannique. Par la suite, les emblèmes arborent la deuxième version des armoiries du Québec, adoptées par le décret 2895 du lieutenant-gouverneur du Québec en conseil en 1939. Le ministère de la Justice du Québec offre la description héraldique officielle des armoiries de 1939 :
« Tiercé en fasce; d'azur, à trois fleurs-de-lis d'or; de gueules, à un léopard d'or, armé et lampassé d'azur; d'or, à une branche d'érable à sucre à triple feuille de sinople, aux nervures du champ. Timbré de la couronne royale. Sous l'écu, un listel d'argent bordé d'azur portant la devise JE ME SOUVIENS du même. »
À partir des années 1970, suivant les normes de représentation officielle du gouvernement du Québec, les armoiries laissent leur place centrale à la fleur de lys, autre symbole fort. Par la suite, l’évolution de la fleur de lys au sein de l’emblème s’ajustera à l’évolution des normes de représentation du gouvernement du Québec.
Ainsi, une partie de l’identité québécoise se reflète dans la présentation visuelle soignée. Des liens historiques forts existent entre la Sûreté du Québec et les périodes française et britannique. Le choix des couleurs n’est pas laissé au hasard. Le bleu et le blanc calquent le drapeau du Québec, le fleurdelisé. Plus colorés, le vert et le jaune sont directement liés à l’histoire de la Sûreté du Québec, devenant les couleurs officielles de l’organisation au début des années 1960.
Parallèlement à l’emblème, le nom de l’organisation a aussi changé au cours de son histoire. De « Police provinciale de Québec » à sa fondation en 1870, il deviendra « Police provinciale » en 1922. En 1938, une nouvelle loi de police vient modifier le nom de l’organisation, qui sera désormais « Sûreté provinciale du Québec ». De 1940 à 1961, l’organisation prend le nom de « Sûreté provinciale de Québec » pour revenir par la suite à « Sûreté provinciale du Québec » en 1961. C’est en 1968, en sanctionnant une nouvelle loi de police, que le gouvernement octroie à l’organisation le nom perdurant encore de nos jours, soit celui de « Sûreté du Québec ».
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
La création de la Confédération canadienne en 1867 bouleverse le partage des pouvoirs existant au Canada-Uni. Le premier texte constitutionnel du Dominion du Canada, « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 », précise notamment que les provinces sont responsables de l’application des lois et du maintien de l’ordre sur leur territoire. Fort de ce nouveau pouvoir provincial, le premier ministre conservateur du Québec, Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, présente, en novembre 1869, un projet de loi afin de créer un corps de police provincial. Inspirée par la proposition de loi de 1856 faite par John A. Macdonald, cette initiative de Chauveau a pour but de doter le gouvernement provincial d’une police pour appliquer les lois ainsi que pour contrôler les émeutes et les soulèvements sur l’ensemble de son territoire, la province du Québec.
« L’Acte pour établir un système général de police en cette province » est donc sanctionné par le gouvernement le 1er février 1870. À ses débuts, la Police provinciale est non seulement une police gouvernementale, mais également une police municipale. La nouvelle loi ouvre effectivement la porte à l’établissement de détachements de la Police provinciale dans les municipalités. Une seule cité se voit dans l’obligation d’avoir recours à la nouvelle force de police : la ville de Québec. Au cours de ses premières années d’existence, la Police provinciale fait donc office de police municipale à Québec et déploie quelques détachements dans les municipalités de Sherbrooke, Hull, Lévis et Oka. En plus de ses devoirs municipaux, le corps de police provincial se voit attribuer des mandats gouvernementaux sur l’ensemble du territoire de la province. Malgré le déploiement de quelques détachements dans certaines municipalités, le gros de la force policière est stationné dans la ville de Québec, puisque Montréal n’accepte pas d’en faire sa police municipale.
En 1877, un conflit éclate entre la ville de Québec et le gouvernement provincial. En réponse à la hausse des frais d’entretien de sa police, le gouvernement demande à la ville de Québec d’augmenter sa contribution pour celle-ci. Devant le refus de la ville, le gouvernement abolit le service municipal de la Police provinciale, ce qui oblige Québec à reformer son corps de police municipal. Incapable de régler les problèmes de frais d’entretien de sa police, le gouvernement du Québec se décide à abolir la Police provinciale un an plus tard. De 1878 à 1883, le gouvernement provincial contracte une entente avec la ville de Québec pour l’utilisation de policiers municipaux, au besoin.
En 1884, l’inefficacité de l’entente avec la ville de Québec et la prise de possession des nouveaux édifices parlementaires poussent le gouvernement à remettre sur pied la Police provinciale. Plus modeste et avec des devoirs différents, cette nouvelle mouture s’établit à Québec, tout en conservant sa compétence sur l’ensemble de la province. À ce moment, le but avoué n’est plus d’avoir un système de police uniforme dans la province, mais de mettre sur pied une police gouvernementale qui peut répondre aux besoins spécifiques du gouvernement. Sous la ferrure du nouveau commissaire, Alexandre Chauveau, la nouvelle force de police provinciale se positionne comme un élément essentiel dans le paysage policier de la fin du 19e siècle.
Depuis le début du 20e siècle, le Bureau des détectives provinciaux de Montréal, entité indépendante de la Police provinciale, se charge des problèmes aigus de criminalité, principalement dans la région de Montréal. Mais, en 1920, l’affaire Blanche Garneau vient bouleverser l’ordre policier établi depuis une vingtaine d’années au Québec. Menée par les détectives provinciaux, l’enquête s’enlise et s’attire l’ire du public et de l’opposition politique. En réponse au courroux populaire, le gouvernement apporte, en 1922, des changements dans le domaine policier en intégrant le Bureau des détectives provinciaux de Montréal à la Police provinciale et en mettant sur pied une commission royale d’enquête sur l’administration de la justice.
Plusieurs changements s’opèrent alors au sein de la Police provinciale. L’intégration du Bureau des détectives provinciaux crée une nouvelle branche dans l’organigramme de la Police provinciale. Maintenant, en plus de la gendarmerie, l’organisation comprend la Police judiciaire, des policiers spécialisés en enquête. On établit également une nouvelle division à Montréal pour augmenter la présence du corps de police provincial dans l’ouest du Québec. Chacune des divisions a son État-major et relève directement du procureur général. C’est donc dire qu’à cette époque, la Police provinciale possède une direction conjointe entre les chefs des divisions de Montréal et de Québec. Cette direction conjointe est en vigueur jusqu’en 1932, à la mort du chef de la Division de Québec, Augustin McCarthy. À partir de ce moment, une seule personne assume officiellement la direction de l’organisation, mais officieusement, la Division de Québec conserve une importante autonomie jusqu’en 1961.
Durant les mêmes années, le paysage des corps de police provinciaux commence à se complexifier. À cette époque, on crée plusieurs corps de police indépendants pour surveiller l’application de différentes lois spécifiques. Dès 1914, des constables à motocyclette sillonnent les routes du Québec pour surveiller la circulation et appréhender les conducteurs en infraction. À partir de 1921, la Commission des liqueurs crée son Service de surveillance, qui deviendra plus tard la Police des liqueurs, pour faire appliquer la loi concernant la distribution, la fabrication et la vente d’alcool au Québec. Pour pallier la multiplication de polices gouvernementales, le gouvernement sanctionne en 1938 la « Loi relative à la Sûreté provinciale ». Cette nouvelle loi intègre la Police de la circulation et le Service de surveillance de la Commission des liqueurs à la Sûreté provinciale, qui deviennent les troisième et quatrième branches du corps de police provincial. Le Service de surveillance de la Commission des liqueurs est cependant défusionné en 1940 et restera indépendant jusqu’en 1961.
Parallèlement aux changements structurels vécus par la Police provinciale, une région nordique entame un boum minier qui aura une incidence fondamentale sur l’organisation. La découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921 provoque la ruée vers l’or en Abitibi. Caractérisé par l’apparition subite de villages et l’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région, ce « Klondike » québécois est à l’origine d’une colonisation minière hétéroclite propice à la prolifération des conflits ouvriers, de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution. L’augmentation incontrôlable de cette « débauche » pousse la Police provinciale à mettre en place un détachement temporaire dès 1925. En 1932, ce dernier devient le premier détachement permanent à l’extérieur de Montréal et de Québec. Nommé « Patrouille de l’Abitibi », ce poste situé à Noranda est alors dirigé par le sergent d’état-major Kenneth Turnbull.
Forte de son succès en Abitibi, l’organisation entreprend, à partir de 1937, la création de plusieurs postes dans les différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale, allant même jusqu’à changer les uniformes utilisés depuis des décennies en introduisant un uniforme unique de couleur verte pour l’ensemble des policiers.
La structure de l’organisation est également modifiée. Les quatre grandes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police des liqueurs et police judiciaire) sont éliminées pour faire place à un corps de police unique. Le pouvoir est centralisé officiellement et officieusement entre les mains du directeur général. Le territoire desservi par la Sûreté provinciale est divisé en deux divisions (Montréal et Québec), qui sont elles-mêmes découpées en subdivisions, puis en sections et, finalement, en postes. Le but derrière cette réorganisation structurelle est de centraliser l’administration de l’organisation au Grand quartier général à Montréal et de décentraliser les activités policières dans les régions.
En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une « force policière à caractère professionnel ».
Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci souligne une trop grande autonomie des deux divisions (Montréal et Québec), une confusion en raison des multiples niveaux hiérarchiques, le morcellement des fonctions, le caractère nébuleux des politiques administratives et le fait que les fonctionnaires sont écrasés sous une structure complexe.
Le rapport recommande la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population.
Le rapport recommande également la création de plusieurs services spécialisés pour alléger la structure organisationnelle. Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec crée notamment le Service du personnel, le Service des méthodes pour la rédaction des directives, le Service de la bibliothèque et le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ).
Finalement, concernant la professionnalisation du travail policier, le rapport Ducharme propose la création de postes de conseillers spécialisés dans divers domaines, soit la « détection », qui devient les Enquêtes criminelles, la circulation, les alcools et la moralité ainsi que les mesures d’urgence. Les quatre premiers postes de conseillers sont créés en 1970, alors que celui des mesures d’urgence est mis en place en 1972.
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. En plus des différents services et conseillers mentionnés précédemment, l’organisation crée deux districts pilotes : ceux du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie. Ces deux districts permettent de tester les recommandations du rapport de la firme Raymond Ducharme et associés. Ce n’est que vers 1973 qu’on observe la mise en place des huit districts couvrant l’entièreté de la desserte provinciale. Deux autres districts seront ajoutés au fil du temps : celui de la Côte-Nord en 1977 et celui de la Montérégie en 1998.
À la fin du 20e siècle et au tournant du 21e siècle, la Sûreté du Québec connaît de nouveaux changements. En 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes, qui patrouillaient sur les autoroutes à péage de la région de Montréal, intègrent la Sûreté du Québec. Cet ajout permet à l’organisation d’uniformiser les pratiques de surveillance et d’intervention sur les autoroutes et d’être présente partout sur l’ensemble du réseau autoroutier québécois.
Les années 1980 apportent également leur lot de changements structurels de haut niveau pour l’organisation. Sous l’autorité du procureur général depuis 1899, la Sûreté du Québec passe sous celle du Solliciteur général en 1986, puis du ministre de la Sécurité publique en 1988.
Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. Près de 80 corps de police et plus de 1 500 policiers seront d’ailleurs intégrés à la Sûreté du Québec entre 1997 et 2012.
En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. Ces changements se veulent une façon d’offrir à la population une organisation plus performante, tournée vers l’avenir et mieux adaptée aux nouvelles réalités de la police d’aujourd’hui.
Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a su réagir et s’adapter aux époques qu’elle a traversées. L’organisation est passée d’un corps de police pratiquement confiné à la ville de Québec à un corps de police provincial ayant une réelle présence dans l’ensemble des régions de la province. Elle a également su se moderniser et se professionnaliser au travers de tous ces changements structurels et organisationnels.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024
Au cours de son histoire, l’uniforme de la Sûreté du Québec a connu plusieurs transformations. Différents facteurs tels que des réformes, un souci de confort et de sécurité ou encore la volonté de se différencier ont contribué à cette évolution. Pendant tout près d’un siècle, soit de 1870 à 1961, l’uniforme reste relativement stable, tant dans le modèle que dans le choix des couleurs. Durant les années 1960, l’uniforme est complètement révisé pour qu’y soient introduites les nouvelles couleurs organisationnelles, le vert et le jaune. En 2016, on assiste au grand retour du noir parmi les couleurs officielles de l’organisation. Ce grand retour est marqué par une nouvelle révision de l’uniforme utilisant la nouvelle couleur.
Lors de la création de la Police provinciale en 1870, les premiers gendarmes portent une tunique longue à col haut mi-fermé, un pantalon foncé, ainsi qu’un long paletot d’hiver noir. À cela s’ajoute la coiffure régulière, soit le casque Bobby noir d’influence britannique, le ceinturon de cuir avec une arme à feu à gauche et une matraque en bois.
Au début du 20e siècle, la tendance de la mode policière s’oriente davantage vers un képi cylindrique haut, appelé shako. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le port de ce képi est toujours de rigueur. Par la suite, le modèle de képi bleu adopté par l’organisation ressemble davantage à celui en vigueur de nos jours.
Dans le courant des années 1930, l’uniforme change quelque peu. La tunique bleue à col montant est toujours d’un bleu très foncé, mais elle est plus courte et plus stylisée. Cependant, l’adoption du ceinturon-baudrier Sam Browne (général Sam Browne, 1824-1901) permet alors le port d’une arme à feu de façon plus stable, donc plus sécuritaire et confortable. À noter que les menottes ne font pas encore partie de l’équipement du gendarme et que, été comme hiver, le port du képi ou du couvre-chef en fourrure est de mise.
En 1938, lors du regroupement des quatre branches sous la Sûreté provinciale (Police des liqueurs, Police judiciaire, Police de la route, Gendarmerie), les divers uniformes ne subissent aucune modification. Les policiers, selon leur groupe d’appartenance, portent toujours des uniformes distincts.
Ainsi, l’uniforme de la Police des liqueurs est d’abord gris fer et ensuite bleu foncé. Ils portent également un képi assorti et un ceinturon-baudrier en cuir Sam Browne. À l’occasion, ils portent une tenue civile, comme les enquêteurs de la Police judiciaire. Pour sa part, la Police de la route se dote d’un modèle copiant les militaires et la cavalerie. Ces agents, les spotters, sont vêtus d’une tunique vert kaki, issue de la Première Guerre mondiale, agencée à un pantalon de cavalerie vert kaki de style breeches. Pour compléter cet uniforme, il y a le képi à pointes, le ceinturon-baudrier en cuir brun Sam Browne, les gants de cuir brun à grande ouverture et, finalement, les bottes de cuir brun.
La politique concernant le port de l’uniforme et la tenue personnelle des policiers est sans équivoque, comme en témoigne cet extrait du code de discipline sur la tenue personnelle, dans les années 1940 :
« La tenue doit être exemplaire. Sur la route ou à un poste et partout en général quand en devoir, un agent ne doit pas s’appuyer au mur, s’asseoir ou se tenir nonchalamment avec les mains dans les poches. Il doit être à l’attention. Son képi doit être droit, sa tunique propre et bien boutonnée, et les bottes, boutons, matricule et insignes bien frottés tous les matins. Tous doivent se faire faire les cheveux trois fois par mois, coupe militaire. Il est de rigueur que tous se rasent chaque matin; s’être rasé la veille n’est pas suffisant. Ceux surtout qui entrent en service devront porter une attention toute particulière à ce dernier point et toujours s’y conformer. Tenez-vous propres aussi sur votre personne, afin que vos confrères n’aient pas à se plaindre de vous. »
Lors de la grande réforme de 1960, les uniformes distincts disparaissent. Pour symboliser la coupure avec le passé, un nouvel uniforme est implanté le 2 avril 1962 et le vert olive devient la couleur prédominante. L’uniforme est composé d’une tunique à col ouvert, d’une chemise sable, du ceinturon-baudrier noir Sam Browne, d’un cordon sable, d’un képi vert et d’un pantalon décoré d’une mince bande latérale brun foncé.
Une seule exception à cette règle : l’uniforme bleu foncé (accessoires blancs et képi bleu foncé, remplacé par le casque colonial Wolseley pour les grandes occasions) est conservé comme tenue d’apparat jusqu’en 1967, année de l’Exposition universelle de Montréal (Expo 67).
En 1975, un souci de sécurité et de confort vient modifier l’apparence de l’uniforme : le ceinturon de cuir perd le baudrier. Les chemises à manches courtes sans cravate font leur apparition en saison estivale pour remplacer les chemises à manches longues. Les insignes de grade en métal des officiers sont changés pour des insignes à barres en tissu. L’année 1975 voit aussi l’arrivée de la première femme policière, marquant les débuts d’un uniforme féminin à la Sûreté du Québec (jupe, coiffure, chaussures).
Le 6 octobre 1987 a lieu la présentation officielle des nouveaux uniformes régulier et d’apparat, confectionnés par le couturier montréalais Simon Chang. Il s’agit de modifications majeures à toutes les tenues. Le vert olive demeure la couleur principale, et les costumes sont plus modernes et plus fonctionnels. La tunique est plus ouverte à l’avant et est plus stylisée tout comme la chemise qui arbore des pattes d’épaule plus larges. Le képi est décoré d’une ligne jaune dans sa partie circulaire supérieure. Les accessoires de l’apparat, cordon et ceinturon, passent du blanc au jaune. Ce nouvel uniforme est progressivement implanté et utilisé dans l’organisation.
En mai 1994, le nouvel écusson d’épaule est apposé sur les uniformes et la chemise est légèrement modifiée. En octobre 1998, une nouvelle tenue est confectionnée pour les officiers : la tunique de style militaire est remplacée par un veston droit vert olive qui arbore l’emblème de la Sûreté du Québec sur la poitrine. La chemise blanche accompagne la nouvelle tenue, ainsi que l’écusson d’épaule blanc (qui demeure sable pour les agents et sous-officiers).
En avril 2004, la Direction des relations internationales et du protocole présente une nouvelle tenue d’apparat, alliant le passé et le présent. Ce nouvel uniforme s’inspire en grande partie de la première tunique d’apparat de la Sûreté provinciale, alors de couleur bleue. La nouvelle tunique à col fermé est vert olive et sa coupe est classique et sobre, tout comme les ornements qui s’y ajoutent. Une bande jaune sur toute la longueur du pantalon s’apparente à celle que l’on retrouvait en 1970, alors noire et plus étroite. Le nouvel uniforme est créé par monsieur Frank Napoli de la Maison Cooper de Montréal, alors que le chapeau est une création de madame Manon Lortie, chapelière à Sainte-Luce-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent. Ce couvre-chef vert qui complète l’uniforme s’inspire du casque colonial Wolseley blanc porté de 1933 à 1967.
En 2016, le nouvel uniforme est révisé. Les agents et sous-officiers portent le pantalon noir, le ceinturon noir, la chemise verte à manches longues et un gilet pare-balles noir ajustable avec l’emblème de la Sûreté du Québec bien visible (de nombreux compartiments permettent aux patrouilleurs de garder une multitude d’outils de travail en tout temps). Une nouveauté bien aimée : l’arme de service peut désormais se porter à la cuisse.
L’écusson d’épaule est noir (orné d’une mince ligne dorée pour les officiers). Les enquêteurs portent une tenue de ville propre en tout temps. Les spécialistes (les techniciens en scène de crime, les reconstitutionnistes, les techniciens en explosifs, les membres du Groupe tactique d’intervention et les maîtres-chiens) portent des tenues adaptées à leurs conditions de travail sur le terrain.
L’uniforme de la Sûreté du Québec a bien évolué depuis ses origines en 1870. Il a adopté la mode du temps et a subi les influences britannique et américaine. Le milieu militaire a aussi largement contribué au développement de l’uniforme. Les dirigeants étaient souvent issus de ce milieu et apportaient avec eux leurs goûts et expériences. Au 20e siècle, les associations de chefs de police ont également influencé des changements à l’uniforme. La participation de nos dirigeants à ces organismes et leurs échanges permettaient de connaître toutes les nouveautés sur ce plan avec la promotion d’équipements policiers.
Encore aujourd’hui, de nombreuses traditions historiques sont bien visibles sur l’uniforme, et la fierté de le porter se partage par tous. De nos jours, le vert olive, la couleur dominante depuis 1962, est complémentée par le noir, couleur présente depuis la fin du 19e siècle. La sobriété du noir est atténuée par l’utilisation des autres couleurs de l’organisation, le jaune, le doré (or) et le bleu azur. La combinaison du noir et de l’or signifie l’honneur et la longévité, et celle du noir et du bleu, le caractère paisible. La qualité des matériaux et leur durabilité sont de rigueur, ainsi que la continuité du modèle unisexe, à l’exception de certaines pièces exclusives à la tenue féminine. De plus, l’uniforme se veut adapté aux différents climats québécois. Depuis 1870, une différence nette est établie entre les uniformes des officiers, des sous-officiers et des autres membres, ce qui est un principe de reconnaissance universelle de la hiérarchie. Tout cela illustre le caractère remarquable d’une organisation de cette envergure.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’identification visuelle des policiers a toujours été un élément important de l’uniforme de ceux-ci. Pour ce faire, tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a utilisé plusieurs types d’ornements sur son uniforme. Au fil des différentes époques, ces ornements sont devenus des marqueurs historiques de l’évolution de l’organisation et de son image ainsi qu’un symbole du professionnalisme des policiers les portant. Afin de bien s’orienter, il est plus pratique de séparer en deux grandes familles ces éléments bien distinctifs : les identifications d’épaule et les insignes, couramment nommés badges, de l’anglais.
Identifications d’épaule
Les identifications métalliques d’épaule portent habituellement l’acronyme de l’organisation qu’elles représentent. C’est ainsi que les lettres PPQ renvoient à la « Police provinciale de Québec » et que les lettres CLQ renvoient à la « Commission des liqueurs du Québec ». Plusieurs variantes de ces identifications métalliques seront produites et utilisées par l’organisation. L’usage généralisé de ce type d’insigne se termine vers 1960 avec les grandes réformes de la Révolution tranquille.
À partir de ce moment, les écussons en demi-lune apparaissent sur les uniformes de l’organisation. Initialement fabriqués en caoutchouc, une matière se dégradant facilement, ils sont rapidement remplacés en 1962 par des modèles en tissu, beaucoup plus résistants. Pour ce grand changement, l’écusson en demi-lune arbore les nouvelles couleurs de l’organisation, soit le vert et le jaune. La forme de demi-lune est en utilisation jusqu’en 1994 où la forme du blason (bouclier) est adoptée. Ce nouvel écusson est beige et inclut l’emblème de 1983, jumelé à la devise de l’organisation : Service, Intégrité, Justice. Il est utilisé jusqu’en 2016, lors de l’arrivée du nouvel uniforme introduisant une nouvelle couleur organisationnelle pour la première fois depuis 50 ans : le noir. De 1962 à 2020, une succession de sept différents écussons d’épaule apparaissent sur l’uniforme de l’organisation.
Insignes
Encore une fois, une multitude de variantes existent selon l’époque ou la fonction du détenteur de l’insigne. De façon générale, ils sont de petite dimension et ils sont fabriqués en métal. On peut souvent y remarquer le matricule ou le grade du policier ainsi que les armoiries du Québec et le nom ou l’emblème de l’organisation. En fonction de l’époque, plusieurs types d’insignes sont utilisés sur les uniformes, tels que les insignes de képi, les insignes de poitrine ou encore les insignes de collet.
Dans tous les cas, les identifications d’épaule et surtout les insignes représentent l’autorité dont le policier est investi et permettent une grande visibilité de celui-ci au sein du public. La visibilité des forces policières est souvent le premier pas vers la sécurité du public et la prévention de la criminalité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Au Québec, conduire un véhicule avec des facultés affaiblies est considéré comme un crime. Une personne commet une infraction criminelle si elle conduit avec un taux d'alcool égal ou supérieur à 80 mg d'alcool par 100 ml de sang (0,08).
En 1921, l'infraction « conduite en état d'ivresse » a été intégrée au Code criminel canadien. Au fil des ans, les dispositions législatives ont évolué, s’ajustant aux continuels changements sociétaux. Plus récemment, dans la foulée de la légalisation du cannabis, de nouvelles dispositions législatives du Code criminel ont été votées en 2018 (C-46). Celles-ci confirment notamment le fait que les policiers peuvent exiger un échantillon d'haleine préliminaire pour vérifier s'il y a présence d'alcool dans l'organisme du conducteur.
Dès l’origine, la question de la détection d’une conduite altérée par l’alcool s’est posée. Deux grandes catégories d’appareils seront approuvées par le législateur, soit l’éthylomètre, dont le rôle est de mesurer précisément le taux d’alcool dans le sang, et les « appareils de détection approuvés », dont le rôle est strictement de déceler la présence d’alcool dans le sang sans toutefois préciser le niveau d’alcoolémie.
Dès 1965, une réflexion sur l’usage d’un éthylomètre est engagée par la Sûreté provinciale, laquelle réflexion débouche en 1969 sur l’introduction progressive du premier analyseur d’alcool, le Breathalyzer Borkenstein, modèle 900. Inventé par Robert Frank Borkenstein, un ancien capitaine de police de l’Indiana State Police, et produit par Smith & Wesson, ce modèle et son successeur, le 900A, seront utilisés pendant près de 35 ans par les forces policières. Cet appareil mesure l’alcool à l’aide d’un procédé d’oxydation chimique. La décoloration produite par l’oxydation est par la suite mesurée par un colorimètre qui donnera un taux d’alcoolémie dans le sang. À compter de 2001, ces dispositifs, décrits comme des « appareils dépisteurs d’intoxication alcoolique », seront remplacés par des équipements électroniques.
En 1976, un deuxième instrument, l’Intoximeter Mark IV, est introduit au sein de la Sûreté du Québec. Cet appareil, complètement automatisé, fonctionne sur le principe de la chromatographie, méthode de séparation des composantes qui élimine toute possibilité d’interférence par d’autres produits présents dans l’haleine.
Pour leur part, les appareils de détection actuellement utilisés par la Sûreté du Québec sont les appareils ALERT J3A (Alcohol Level Evaluation Road Tester) et Alco-Sûr. Le premier appareil est approuvé en 1976 et fonctionne grâce à des semi-conducteurs qui réagissent selon le degré d’alcool contenu dans l’haleine. L’appareil Alco-Sûr est pour sa part introduit en 1988. L’appareil fonctionne à l’aide d’une pile combustible qui est une cellule électrochimique constituée de deux électrodes de platine. L’une d’elles est exposée à l’oxygène atmosphérique, tandis que l’autre est dans un compartiment où sera introduit l’échantillon d’haleine. L’alcool contenu dans l’haleine est absorbé par le platine et oxydé électrochimiquement. Cette oxydation produit un voltage qui allume un des voyants et révèle la présence d’alcool dans l’haleine.
Que ce soit à l’aide d’un éthylomètre ou d’un appareil de détection, le policier possède, depuis les années 1960, des appareils scientifiquement éprouvés l’aidant lors de l’application des lois relatives à la conduite d’un véhicule avec des capacités affaiblies. Ces appareils ont eu une grande incidence sur le travail des policiers puisque ceux-ci peuvent dorénavant compter sur la science pour les appuyer devant les tribunaux.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Le contrôle de la vitesse sur les routes du Québec n’est pas l’apanage du 20e et du 21e siècle. Dès la première moitié du 19e siècle, avant même la création de la Police provinciale en 1870, des lois sont votées pour réduire l’allure des cavaliers et des attelages à certains endroits névralgiques, comme les grandes villes et leurs alentours ou les routes entourant les lieux de culte. Sans aucun moyen précis d’évaluer la vitesse des passants, les officiers de la paix doivent s’en remettre à leur observation et leur jugement, ce qui rend leur évaluation subjective et inégale. Une infraction pour le dépassement de la vitesse maximale prescrite par la loi, le trot ordinaire, est à l’époque punissable par une amende, ou lorsque le paiement est impossible, par un emprisonnement du contrevenant.
À partir du début du 20e siècle, l’augmentation de la circulation automobile est fulgurante au Québec. Pour améliorer la sécurité routière, le gouvernement provincial légifère et impose des règlements et des limites de vitesse. Une « police de la route » est également créée en 1914. Sous la dépendance du département de la Voirie du Québec, elle a pour tâche de patrouiller le réseau routier de la province et de mettre en application les règlements et les limites de vitesse en vigueur sur les routes. L’évaluation subjective de la vitesse des usagers est cependant toujours en application. Sans outils spécialisés pour détecter la vitesse d’un objet en mouvement, les policiers doivent s’appuyer sur des méthodes réfutables et peu précises. La grosseur du nuage de poussière soulevé par une automobile sur un chemin de terre, le chronométrage du déplacement d’un automobiliste entre deux points fixes ou la vérification du temps parcouru entre deux barrières de contrôle routier comme aux entrées du parc des Laurentides ne sont que quelques exemples des moyens qui pouvaient être utilisés à l’époque.
En 1938, la Police de la route est intégrée à la Sûreté provinciale, mais les techniques de détection de la vitesse ne changent pas. Il faudra attendre les années 1960 pour voir apparaître un appareil scientifique et fiable au sein de l’organisation, et qui viendra révolutionner le domaine : le radar (radio detection and ranging).
Inventé à l’aube de la Deuxième Guerre mondiale, le radar est un appareil qui émet de façon régulière des ondes radioélectriques et qui collecte celles réfléchies par les objets rencontrés sur leur chemin. Fort utile pour repérer les avions et les navires ennemis durant le conflit, cette technologie militaire s’implante par la suite dans différents secteurs d’activité civils.
Arrive alors John Baker, un ingénieur qui a travaillé sur le radar durant le conflit. Il fait breveter un appareil de contrôle du trafic. Ce cinémomètre, jumelant la technologie du radar et l’effet Doppler, permet maintenant de déterminer la vitesse d’un objet en mouvement. Cette nouvelle technologie prometteuse s’implante tranquillement dans les différents corps de police nord-américains et aboutit finalement à la Sûreté provinciale en 1962. Pour la première fois, les patrouilleurs de l’organisation ont accès à un outil précis et fiable pour contrôler la vitesse des usagers de la route, améliorant ainsi la sécurité routière dans la province.
Les premières opérations radar de la Sûreté provinciale ont lieu à l’été 1962. Les patrouilleurs sont alors équipés d’un radar analogique et d’un appareil à charte graphique enregistrant les résultats captés par le radar. Le système, plutôt lourd, s’avère compliqué à installer et à manipuler. En plus du système de radar et de l’appareil à charte graphique, l’opérateur doit transporter une bouteille d’encre et un support en bois pour installer l’appareil ainsi qu’un niveau pour tout mettre en place. Par la suite, l’opérateur doit tester le radar à l’aide de diapasons de différentes longueurs d’onde. En 1963, devant la complexité de tout ce processus, l’École de police du Québec décide d’instaurer une formation d’opérateur de radar pour les policiers de la Sûreté provinciale. L’arrivée de cette nouvelle technologie au sein de la Sûreté provinciale procure une efficacité et une précision accrues lors d’opérations de surveillance de la vitesse. Elle offre également une preuve scientifique de l’infraction. Le radar fait partie des différentes innovations du milieu du 20e siècle qui ont mené à la professionnalisation du métier de policier.
Après quelques années d’utilisation, l’organisation décide de retirer les appareils à charte graphique pour simplifier le travail des policiers. En effet, l’utilisation de cet appareil lors d’une opération radar requiert beaucoup de temps de travail administratif de la part du policier, ce qui réduit, par le fait même, le temps qu’il consacre à la surveillance de la circulation.
Devant l’évolution technologique des cinémomètres, la Sûreté du Québec décide d’utiliser une approche prudente pour éviter les retours en arrière. La première grande innovation des cinémomètres radar adoptée par l’organisation est l’affichage numérique. Apparu au cours des années 1970, l’affichage numérique simplifie la lecture de la vitesse par l’opérateur du radar, ce qui facilite le travail du policier et apporte une plus grande précision que la version analogique. C’est également durant les années 1970 que l’organisation se dote d’un premier cinémomètre radar portatif, soit de type pistolet : le Muni Quip T-3 de la compagnie Tribar Industries Inc.
Au tournant des années 1980, la Sûreté du Québec met à l’essai différents modèles d’un nouveau type de radar : le radar dynamique. Cette nouvelle technologie permet de capter la vitesse des véhicules non seulement lorsque l’autopatrouille est en position stationnaire, mais également lorsqu’elle est en mouvement. Une révolution pour l’époque puisqu’auparavant, le patrouilleur devait immobiliser son véhicule en bordure de la route pour effectuer une opération radar.
Au début des années 1990, une nouvelle technologie fait son apparition sur le marché et au sein de l’organisation : le cinémomètre laser. En utilisant un lidar (light detection and ranging) qui projette des ondes lumineuses, ces appareils peuvent cibler directement une voiture, ce qui permet une identification précise et exacte du véhicule en infraction. De plus, puisque la technique utilisée n’est pas la même que pour le radar, le cinémomètre laser aide à déjouer les détecteurs de radar conventionnels, ce qui constitue un très grand avantage pour le patrouilleur à l’époque et encore aujourd’hui.
Les deux types de technologies coexistent toujours dans l’arsenal de la Sûreté du Québec. Leur utilisation est dictée par leurs forces et leurs faiblesses respectives. Certains modèles de cinémomètre sont plus utilisés en milieu rural, alors que d’autres le sont en milieu urbain ou encore, dans le cadre d’activités récréotouristiques.
En 2009, un nouvel outil de surveillance de la vitesse fait son apparition sur les routes du Québec : le cinémomètre photographique. Fruit de la collaboration de plusieurs organismes gouvernementaux et policiers du Québec, ce projet pilote devient permanent à partir de 2012. Le but de ces appareils est d’améliorer la sécurité sur les routes en ciblant des endroits reconnus accidentogènes et où il est difficile, voire dangereux pour les policiers d’effectuer de la surveillance.
L’implication de la Sûreté du Québec dans le projet est multiple. Celle-ci « […] gère le Centre de traitement de la preuve où s’effectuent notamment la gestion des appareils fixes et la vérification de leur bon fonctionnement, ainsi que la confection des rapports d’infraction généraux (RIG); ces rapports sont produits à partir des dossiers générés par tous les ACA [appareils de contrôle automatisés] installés. De plus, elle gère et coordonne les opérations policières liées à l’utilisation des ACA mobiles vitesse sur le réseau routier pour lequel elle assure la surveillance. Également, elle soutient et conseille les corps policiers municipaux dans leurs activités associées au projet pilote de coopération municipale. La SQ [Sûreté du Québec] assure aussi la formation de tout le personnel appelé à utiliser les différents équipements liés au contrôle automatisé. » (Direction générale de la sécurité et du camionnage, 2018, p. 93)
Pour la Sûreté du Québec, l’utilisation du cinémomètre n’a pas seulement une vocation répressive, mais elle peut également être un outil de sensibilisation. Un des exemples les plus récents est le recours, pour la première fois au printemps 2022, d’un radar vivant lors d’une opération de sensibilisation à l’importance de respecter la limite de vitesse dans les zones scolaires. Cet outil choc développé par la Société de l’assurance automobile du Québec et le Service de police de la Ville de Laval s’inscrit dans la philosophie de prévention, de sensibilisation et d’éducation prônée par la Sûreté du Québec.
Le concept est simple. Sous la supervision d’un policier, un enfant porte un sac à dos contenant un cinémomètre radar et arborant un panneau qui affiche la vitesse des automobilistes. À la vue de l’enfant, les conducteurs ont tendance à prendre conscience de leur vitesse et à ralentir instantanément.
Depuis longtemps, la surveillance de la vitesse sur les routes se veut un moyen d’améliorer la sécurité routière. Plusieurs techniques ont été utilisées au fil du temps, mais l’arrivée du cinémomètre bouleverse les façons de faire à la Sûreté du Québec. Que ce soit par la répression ou la prévention, le cinémomètre permet aux conducteurs de prendre conscience de leur vitesse et de diminuer les risques d’accidents sur la route.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2023
C’est bien connu, le Québec est l’un des endroits au monde où l’on retrouve le plus grand nombre de lacs et de plans d’eau douce. Cette grande accessibilité en voies navigables a permis le développement de la navigation de plaisance dans la province. Ce type de navigation est régi par la « Loi sur la marine marchande du Canada » qui est appliquée par Transport Canada et par la Garde côtière canadienne.
Le mandat général de la Sûreté du Québec consiste à maintenir la paix et la sécurité publique sur l’ensemble du territoire québécois, ce qui inclut également les eaux intérieures. C’est pourquoi l’application de ce mandat, dès 1971, devient la pierre angulaire de la présence de la Sûreté du Québec sur les plans d’eau de la province. Néanmoins, pendant plusieurs années, cette surveillance est discontinue et non prioritaire en raison, surtout, de ressources humaines restreintes et de l’absence d’équipement adéquat, performant et sécuritaire. Ces patrouilles sporadiques s’effectuent tout de même lors de rencontres sportives telles que des régates et des courses de canots, ou encore, lors d’événements plus importants, comme les Jeux du Québec. À cela s’ajoute également la présence locale des agents en réponse à des plaintes de cambriolage de chalets plus isolés ou à des vols de moteur hors-bord, un domaine connexe.
Avec une moyenne d’environ 35 % des noyades en lien avec la navigation de plaisance et les activités nautiques à la fin des années 1970, la Sûreté du Québec constate l’importance de la prévention en sécurité nautique. Consciente de son manque de ressources, l’organisation cherche alors un moyen d’action approprié pour rejoindre les plaisanciers. Pour atteindre ce nouvel objectif, la Sûreté du Québec conclut qu’une augmentation de la présence policière en milieu nautique et des interventions appropriées s’avèrent essentielles.
Les premières initiatives de l’organisation en ce sens datent de la fin des années 1970 avec la mise en place des « patrouilles de quai ». Ces dernières permettent, avec peu de moyens, d’intervenir directement au quai, soit au départ et à l’arrivée des bateaux et des plaisanciers. Adopté par l’organisation, ce type de patrouille est alors combiné à la patrouille nautique à partir de l’été 1978.
Après une année de jumelage avec la Garde côtière canadienne et la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec décide de former ses premiers préposés à la sécurité nautique en 1979. Trente-deux policiers sont donc choisis parmi les pelotons d’unités d’urgence en province (deux par peloton) ainsi que les sections de plongée sous-marine. L’année suivante, en mars 1980, les 32 nouveaux préposés suivent une formation de sécurité nautique d’une semaine, à Duchesnay.
Au fil des années, l’organisation améliore son offre de service en sécurité nautique en augmentant le nombre de patrouilleurs et de bateaux disponibles. En effet, à l’été 1992, on ne compte pas moins de 65 policiers formés à la patrouille nautique et 16 embarcations réparties sur le territoire desservi par la Sûreté du Québec, le tout, coordonné par le Service des mesures d’urgence.
À la suite de l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » en 2001, la Sûreté du Québec oriente ses activités en fonction des niveaux de service à assurer. Pour livrer les services requis à la population, l’organisation se tourne vers l’acquisition de nouveaux équipements et la formation de nouveaux policiers. Rapidement, en 2002, la Sûreté du Québec accroît sa flotte, passant de 22 à 65 embarcations. La flotte est répartie entre les unités de sécurité routière ou d’urgence, mais également dans certaines municipalités régionales de comté (MRC) stratégiques. Cette même année, la Sûreté du Québec fait également grimper ses effectifs de patrouilleurs nautiques à 150, triplant ainsi le nombre de policiers affectés à cette fonction. La saison suivante, 250 patrouilleurs nautiques sont déployés sur les plans d’eau par l’organisation.
De nos jours, les patrouilleurs nautiques œuvrent principalement dans la prévention et la sensibilisation aux lois et aux règlements en vigueur dans le domaine, s’inscrivant ainsi dans le concept de police de proximité valorisé par l’organisation depuis plusieurs décennies.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.
À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.
Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.
Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.
La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.
Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.
Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.
La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.
Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
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Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
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Robert Lavigne devient directeur général de la Sûreté du Québec
1er novembre 1988
Robert Lavigne est directeur général de la Sûreté du Québec de 1988 à 1995.
Âgé de 46 ans lors de sa nomination en 1988, monsieur Lavigne occupe la fonction de directeur général pendant sept ans. Il entreprend sa carrière de policier à la Sûreté du Québec en 1962. C’est l’Abitibi-Témiscamingue qui l’accueille pendant une quinzaine d’années. À partir de 1977, il est successivement conseiller en police autochtone, commandant adjoint au district de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nouveau-Québec, commandant au district de l’Outaouais, responsable du Service de l’emploi et du placement à Montréal et responsable du Service des mesures d’urgence. En 1986, il est promu directeur général adjoint à la Surveillance du territoire puis, en 1987, adjoint exécutif du directeur général.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Affaire Charles Marion
6 août 1977
C’est le 6 août 1977, dans son chalet à Stoke, que Charles Marion et son amie sont interpellés par deux individus masqués et armés. Ces derniers enlèvent Marion et séquestrent son amie. Les ravisseurs embarquent Marion dans une auto et laissent l’amie de ce dernier ligotée dans le chalet d’invité. Elle n’est retrouvée qu’environ 18 heures plus tard par la femme de Marion.
Les ravisseurs conduisent Charles Marion au milieu de la forêt et l’enferment dans un réduit aménagé sous terre dans la région de Gould. Il y passe plusieurs semaines dans des conditions atroces. Ses ravisseurs lui apportent peu de nourriture, mais beaucoup d’alcool et de tranquillisants pour l’aider à passer à travers sa captivité. En plus d’être face au manque de nourriture, il doit éloigner les mulots et les rats qui s’introduisent dans le réduit.
Après l’enlèvement, les ravisseurs soumettent une demande de rançon d’un million de dollars à l’employeur de Charles Marion, alors directeur de crédit à la Caisse populaire de Sherbrooke-Est. C’est à partir de ce moment que plusieurs communications s’établissent entre la Sûreté du Québec et les ravisseurs. La Sûreté du Québec mobilise près de 200 policiers pour tenter d’attraper les preneurs d’otage. Au fur et à mesure que les semaines passent, les exigences pécuniaires des rançonneurs diminuent.
Le 23 septembre, les journalistes Claude Poirier et Normand Maltais se rendent à Saint-Gérard pour déposer deux valises contenant du papier. Plusieurs policiers sont postés dans les environs pour attraper les ravisseurs. Le plan échoue, car personne ne vient chercher les valises. Six jours plus tard, le piège de la fausse rançon est tenté de nouveau. Lorsqu’ils se rendent compte que les valises ne contiennent aucun billet de banque, les preneurs d’otage tentent de s’échapper. Sitôt la fausse rançon récupérée, une vaste opération policière est mise en branle dans les Cantons-de-l’Est pour attraper les kidnappeurs. Malgré les effectifs importants mobilisés pour cette opération, les ravisseurs réussissent à se faufiler entre les mailles du filet.
Avec tous ces bouleversements et l’enlèvement qui s’éternise, des questionnements commencent à naître quant à l’implication réelle de Charles Marion dans ce ravissement. L’a-t-il orchestré lui-même? La question demeure en suspens au sein de la population.
Vers la fin du mois d’octobre, les ravisseurs finissent par demander une somme de 50 000 $ pour la libération de Charles Marion. Le fils de ce dernier, Pierre Marion, réunit péniblement la somme et, accompagné par un ami et un policier de la Sûreté du Québec, se rend dans la région de Cookshire pour déposer la rançon. Le lendemain, en soirée, Charles Marion est retrouvé près de l’aéroport d’East Angus, non loin de Sherbrooke.
Ce n’est qu’environ huit mois plus tard que les policiers mettent la main au collet d’un premier ravisseur. La police réussit à l’associer à l’enlèvement de Charles Marion à l’aide des billets marqués qu’il a en sa possession et qui ont servi pour la rançon. Au total, trois personnes sont déclarées coupables dans cette affaire.
Dès sa libération, Charles Marion réfute les allégations concernant son implication dans l’enlèvement. Cependant, ce n’est qu’à la fin des procédures judiciaires que la preuve de son innocence est établie. Malgré cette preuve, plusieurs personnes ont, pendant des décennies, continué à croire en l’implication de Charles Marion dans son propre ravissement. Il n’a jamais été capable de retourner travailler et il se suicide le 2 décembre 1999, 22 ans après son enlèvement.
Charles Marion a été séquestré pendant 82 jours; c’est l’enlèvement le plus long de l’histoire du Canada.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Luc Fillion devient directeur général par intérim de la Sûreté du Québec
14 août 2014
Luc Fillion est directeur général par intérim de la Sûreté du Québec d’août 2014 à octobre 2014.
Devenu directeur adjoint après 19 années de service au sein de la Sûreté municipale de Chibougamau, Luc Fillion se joint à l’organisation en 1998 lors de l’intégration du corps de police municipale à la Sûreté du Québec. Il entame son parcours en tant qu’adjoint au responsable du poste Chapais-Chibougamau. Il est ensuite promu sergent et accepte une assignation comme directeur du poste à la MRC d’Avignon-Bonaventure. Il obtient le grade de lieutenant en 2002, puis celui de capitaine en 2003 au moment où il devient responsable de la section Bas-Saint-Laurent dans le district Bas-Saint-Laurent–Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Il est par la suite nommé responsable du Service de la sécurité des réseaux de transport et promu inspecteur en 2005. Un an plus tard, il est promu inspecteur-chef et devient directeur de la Direction du soutien à la gendarmerie. Il exerce alors un rôle-conseil auprès de la Grande fonction de la surveillance du territoire. Il devient ensuite commandant du district du Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2009, poste qu’il occupera jusqu’en 2012, alors qu’il est nommé directeur général adjoint de la Grande fonction de la surveillance du territoire. En août 2014, il est désigné directeur général par intérim de la Sûreté du Québec jusqu’au mois d’octobre de la même année.
Diplômé en gestion des ressources humaines de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscaminque, monsieur Fillion détient également un diplôme de deuxième cycle en développement organisationnel de l’Université Laval à Québec.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
Affaire Aurore Gagnon
12 février 1920
En 1920, le petit village de Sainte-Philomène-de-Fortierville, dans le comté de Lotbinière, est le théâtre d’une tragédie qui bouleverse le Québec et qui s’inscrit dans le folklore québécois.
Née le 31 mai 1909, Aurore Gagnon est la cadette des cinq enfants de Marie-Anne Caron et Télesphore Gagnon. En 1915, après la naissance du benjamin de la famille, Joseph Gagnon, Marie-Anne Caron tombe malade. Afin d’aider Télesphore à prendre soin des enfants et de la maison, le couple décide, en 1916, d’accueillir Marie-Anne Houde, une récente veuve, au sein de la famille.
C’est à partir de ce moment qu’une série de drames frappe la famille Gagnon. Le premier de ceux-ci est la mort de Joseph Gagnon, alors âgé de 2 ans. Survenue le 6 novembre 1917, cette mort naturelle n’a pas de raison, selon le coroner Jolicœur, d’éveiller les soupçons. L’enfant est inhumé le lendemain de sa mort, dans la paroisse de Sainte-Philomène-de-Fortierville. Quelques jours plus tard, le 13 novembre 1917, Lucina Gagnon, alors âgée de 5 ans, meurt prématurément. Elle est inhumée le lendemain de sa mort, dans la paroisse de Sainte-Emmélie-de-Lotbinière. Le 23 janvier 1918, Marie-Anne Caron meurt de complications dues à sa maladie. Neuf jours plus tard, Télesphore Gagnon et Marie-Anne Houde se marient. Houde et ses enfants s’installent alors dans la maison des Gagnon.
C’est au courant de l’été 1919 que les sévices à l’endroit d’Aurore commencent. Marguerite Lebœuf, une amie de Marie-Jeanne Gagnon, la sœur aînée d’Aurore, en témoigne dans sa déposition lors de l’enquête préliminaire. Du 16 septembre au 17 octobre 1919, Aurore séjourne à l’Hôtel-Dieu de Québec pour soigner un ulcère au pied qui ne guérit pas. En janvier et février 1920, la famille Gagnon reçoit la visite de Rose-Anna Gagnon, la demi-sœur de Télesphore, ainsi que la visite de leur voisine Exilda Lemay. Ceux-ci constatent alors le piètre état de santé d’Aurore, ainsi que l’inaction de ses parents.
Le 12 février 1920, vers 11 h, Aurore sombre dans un profond délire. À la demande de Marie-Anne Houde, Exilda Lemay et le Dr Lafond se présentent à la maison des Gagnon. Avant d’arriver chez les Gagnon, Lemay contacte le curé Ferdinand Massé qui se présente en compagnie du juge de paix Oréus Mailhot. C’est dans le courant de l’après-midi que le Dr Lafond constate qu’Aurore est dans un coma profond et qu’il n’y a plus rien à faire pour l’aider. Étant parti au bois dans la matinée, Télesphore Gagnon est averti de la situation et rentre chez lui vers 16 h. C’est dans les environs de 19 h qu’Aurore rend son dernier soupir.
Le lendemain du décès d’Aurore, à la demande du coroner Jolicœur, le Dr Albert Marois procède à l’autopsie de la victime. Il répertorie 54 blessures sur le corps de l’enfant et, après un examen toxicologique des viscères par le Dr Wilfrid Derome, il conclut à un empoisonnement général causé par septicémie.
Peu de temps après les funérailles d’Aurore, qui ont lieu le 14 février 1920, le constable Lauréat Couture de la Police provinciale ainsi que les constables Verret et Bouchard procèdent aux arrestations de Marie-Anne Houde et de Télesphore Gagnon. Étant responsable de l’enquête de terrain, le constable Couture obtient la coopération de Marie-Jeanne et Gérard Gagnon, la sœur et le frère d’Aurore, pour l’aider à trouver des pièces à conviction.
Le 18 mars 1920, après les enquêtes préliminaires, la cour de police décide de porter une accusation de meurtre contre les époux Gagnon. La première à subir son procès est Marie-Anne Houde. Elle est reconnue coupable de meurtre et condamnée à la pendaison le 21 avril 1920. Pour sa part, Télesphore Gagnon est reconnu coupable d’homicide involontaire le 29 avril 1920 et condamné à la prison à vie le 4 mai 1920.
À quelques jours de sa pendaison, Marie-Anne Houde voit sa peine commuée en prison à vie grâce à une campagne réformiste en faveur de l’abolition de la peine capitale. Le 3 juillet 1935, Marie-Anne Houde est libérée à cause de son état de santé critique et elle décède le 12 mai 1936, probablement d’un cancer du sein qui s’est propagé aux poumons.
En 1925, après avoir purgé cinq ans de sa sentence, Télesphore Gagnon est libéré pour bonne conduite. À la mort de Marie-Anne Houde, il épouse Marie-Laure Habel. Il décède le 30 août 1961 à l’âge de 78 ans.
L’affaire Aurore Gagnon a captivé les médias et le Québec tout entier. Cette cause est devenue le point tournant dans l’évolution de la justice pour les enfants au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2024
Joseph-Paul Lamarche devient directeur de la Sûreté provinciale
1er novembre 1944
Joseph-Paul Lamarche est directeur de la Sûreté provinciale de 1944 à 1950.
Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Lamarche, avocat de formation, reste en poste durant plus de six ans. Il est assisté par les directeurs adjoints suppléants Hilaire Beauregard, à Montréal, et Henri Charland, à Québec. Alors qu’il est en fonction, il décède le 20 décembre 1950 à l’âge de 65 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Pierre-Antoine Doucet devient commissaire de la Police provinciale
1er avril 1870
Le juge Pierre-Antoine Doucet est commissaire de la Police provinciale de 1870 à 1877.
Âgé de 55 ans au moment de sa nomination, monsieur Doucet demeure en poste durant sept ans. Il est greffier de la paix à Québec et membre du Bureau de police de la Ville de Québec avant de cumuler les fonctions de commissaire et de juge des sessions de la paix. Les surintendants Ludger-Napoléon Voyer et Henry Heigham sont ses adjoints. Il meurt en 1878.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Jeux olympiques de Montréal
17 juillet 1976
C’est à Montréal, en 1976, que se déroule la XXIe Olympiade de l’ère moderne, la première ayant lieu au Canada. La Sûreté du Québec, mais aussi le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes ont un rôle important à jouer pour la sécurité des Jeux.
Munich
L’étude de la sécurité des Jeux de Munich en 1972 permet aux forces policières d’apprécier l’ampleur de la tâche qui les attend. Malgré la vaste organisation sécuritaire mise en place à ces jeux, des attentats ont lieu, et onze athlètes et accompagnateurs israéliens ainsi qu’un policier allemand sont tués. Puisqu’on ne veut pas que ces événements se répètent, la sécurité aux Jeux de Montréal devient primordiale.
Opération Olympique 1976
C’est en 1973 que débute officiellement la planification de la sécurité des Jeux de Montréal sous l’appellation « Opération Olympique 1976 ». Pour l’occasion, la mission des forces policières n’a pas été modifiée, mais les circonstances amplifient la tâche. Il faut sécuriser les points névralgiques et prévoir tous types d’agressions possibles.
Pour ce faire, la Sûreté du Québec aborde le problème à partir de la structure normale de l’organisation, qui se modifie d’elle-même lors d’événements d’urgence. Chacune des directions de la Sûreté du Québec joue le rôle qui lui est assigné en temps normal et lors d’événements d’urgence.
Pour compléter cette structure, des éléments de soutien et des éléments opérationnels répondant à des besoins spécifiques sont ajoutés tels que le Centre de logistique et le Centre de coordination. Ce dernier est le point central où convergent tous les rapports sur la situation de tous les sites et sur le déroulement général des Jeux.
Innovations et coopérations
Cette opération est l’occasion de mettre en place quelques nouveautés et de renforcer la coopération policière au Québec. En effet, la Sûreté du Québec, en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada, les Forces armées canadiennes et l’Office des autoroutes, doit sécuriser la zone d’insécurité précédant l’atterrissage ou suivant l’envol d’un avion transportant des athlètes ou des personnes importantes. Le but étant d’éviter les attentats au missile contre les avions allant et venant de l’aéroport de Mirabel, l’efficacité entre les collaborateurs et les intervenants est primordiale.
Le contrôle des armes à feu est aussi un enjeu de taille lors de cette Olympiade. En effet, 428 athlètes participent aux différentes compétitions de tir à la cible. L’innovation est nécessaire, car il n’y a aucun précédent de contrôle des armes à feu dans une telle situation au Canada. Un système à la fois efficace et pratique est mis en place en accord avec les fédérations nationales et le Comité principal de sécurité publique des Jeux olympiques.
À l’entrée au Canada, les armes à feu appartenant aux athlètes sont prises et conservées sous la garde de la Sûreté du Québec jusqu’à leur sortie du pays. Les athlètes ont accès en tout temps à leurs armes, mais ne peuvent les utiliser que dans des zones définies et contrôlées.
C’est également à l’occasion des Jeux olympiques que la Sûreté du Québec utilise pour la première fois des postes de commande mobiles. Plusieurs de ces postes sont déployés sur les différents sites de compétition afin d’aider à la gestion de la sécurité sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Pour contrer les menaces les plus sérieuses lors des Jeux olympiques, la Sûreté du Québec met en place son propre Groupe tactique d’intervention temporaire formé d’une équipe multidisciplinaire mise sous un même commandement. Durant les Olympiques, cette unité temporaire est présente 24 heures par jour durant 50 jours. En plus de se tenir prête à toute intervention, elle seconde les services de sécurité à Bromont durant les sports équestres. Ceux-ci requièrent une sécurité spéciale, car ils mettent en vedette une athlète royale : la princesse Anne de la famille royale britannique.
Parcours de la flamme olympique
Quelques jours avant l’ouverture de la XXIe Olympiade, la flamme olympique est allumée et relayée d’Olympie à Ottawa et, par la suite, à Montréal. Pour souligner la contribution importante de la Sûreté du Québec dans l’organisation de la sécurité des Jeux de Montréal, le directeur général Jacques Beaudoin et l’équipe de la Sûreté du Québec ont l’honneur de porter le flambeau au kilomètre 150 du parcours de la flamme olympique en terre canadienne. Pour ce moment historique, le porteur officiel de l’équipe de la Sûreté du Québec est le caporal Robert Auger.
Finalement, la sécurité des Jeux de Montréal a impliqué 16 000 policiers et soldats sur 27 sites de compétition. Sur les 16 000 personnes impliquées dans la sécurité des Jeux, 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont présents dans la région métropolitaine seulement. Avec un tel déploiement pour la sécurité et une planification minutieuse de la part des intervenants, les Jeux olympiques de Montréal sont encore considérés aujourd’hui comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’identité judiciaire, une expertise plus que centenaire à la Sûreté du Québec
15 octobre 1925
Sherlock Holmes, ce célèbre personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887, incarne l’enquêteur parfait en cette fin de l’ère victorienne; celui qui utilise les nouvelles connaissances scientifiques, l’innovation et l’observation minutieuse de la scène de crime pour trouver la moindre trace laissée par le malfaiteur. Ce détective nouveau genre, en cette fin du 19e siècle, représente bien l’effervescence et le bouillonnement d’idées alors présents dans le milieu policier. Rapidement, cette fébrilité scientifique se traduit par un réel intérêt pour la criminalistique au sein des forces policières. Toutefois, l’évolution de la criminalistique n’est pas récente : elle s’est échelonnée sur plusieurs siècles d’innovations et de découvertes. Ainsi, les balbutiements de cette science sont anciens : l’apport du monde gréco-romain est indéniable, notamment, par les découvertes dans le domaine médical, mais celui de la Chine de la dynastie Song est majeure. En effet, c’est en 1247 qu’est écrit le premier traité de médecine légale au monde : le « Xi Yuan Ji Lu » (De la réparation des injustices) du juge Song Ci (ou Sung Tzhu).
Alphonse Bertillon, pionnier des experts policiers
L’arrivée d’Alphonse Bertillon à la Préfecture de Paris en 1879 est l’élément déclencheur de l’utilisation courante de la criminalistique en occident. Depuis l’abolition, en 1832, de la flétrissure, l’essorillement et tout autre marquage physique d’une aussi grande efficacité, les corps de police français peinent à identifier correctement les récidivistes. Frappé par cette problématique, Alphonse Bertillon met au point un système d’identification des criminels qui sera adopté dans de nombreux pays : l’anthropométrie judiciaire. Ce système de mensuration est basé sur les trois principes suivants : « la fixité à peu près absolue de l’ossature humaine à partir de la vingtième année d’âge […] la diversité extrême de dimensions que présente le squelette humain comparé d’un sujet à un autre […] la facilité et la précision relative avec lesquelles certaines dimensions du squelette sont susceptibles d’être mesurées ». (Bertillon, 1893, p. XVI) À partir de ces principes, Bertillon affirme qu’un minimum de six ou sept mensurations sont nécessaires pour le signalement d’un individu. Une fois la fiche signalétique complétée, elle est classée à l’aide d’un système rigoureux permettant de la retracer et ainsi d’identifier un récidiviste. Dans le cadre de ses fonctions de responsable du premier Service de l’identité judiciaire en France, Bertillon se penche également sur les techniques de photographie judiciaire ainsi que sur la recherche et l’emploi des indices présents sur une scène de crime.
En quelques années, les techniques et méthodes de Bertillon se répandent partout dans le monde. L’anthropométrie judiciaire devient alors le système officiel d’identification des criminels jusqu’à l’émergence de la dactyloscopie. Cette dernière, basée sur une identification positive de la personne, s’avère plus précise, plus fiable et plus simple. Malgré le déclin rapide de son système d’identification, Bertillon a grandement contribué à l’avènement de la criminalistique au sein des corps de police, principalement en les dotant des structures techniques et scientifiques nécessaires aux développements de cette science. Il ne faut cependant pas penser que Bertillon est le seul pionnier de la « police scientifique ». Plusieurs autres chercheurs ont contribué à son développement au tournant du 20e siècle. On peut notamment penser à Rodolphe Archibald Reiss ou même à Edmond Locard qui sont également des sommités en la matière à la même époque.
Les débuts de l’identification des criminels au Canada
Au Canada, la loi « An Act respecting the identification of Criminals », promulguée en 1898, ouvre la porte à l’identification des criminels par les services de police du pays. À cette époque, une seule technique était approuvée, l’anthropométrie judiciaire d’Alphonse Bertillon. Malgré cette nouvelle loi, peu de corps policiers canadiens amorcent le développement d’une collection de fiches signalétiques basée sur le système proposé par Bertillon. La complexité et les coûts afférents à ce système freinent les ardeurs de plusieurs services de police. Entre temps, l’inspecteur Edward Foster de la Dominion Police, fervent défenseur de la dactyloscopie, promeut l’utilisation des empreintes digitales comme technique d’identification des criminels auprès des autorités en place. Son travail porte ses fruits en 1908 lorsque, sous la suggestion du commissaire de la Dominion Police, Son Excellence le gouverneur général Albert Grey émet un décret ajoutant le système d’identification basé sur la prise d’empreintes digitales à la loi de 1898. Quelques années plus tard, en 1911, Foster met sur pied le Canadian Criminal Identification Bureau. « The Bureau functioned as a central repository for finger-prints and to promote the use of finger-printing technology and photography as a means of identifying criminals across Canada. » (Solicitor General Canada, 1997, p.3) C’est le début de l’identification des criminels par les empreintes digitales au Canada.
Au Québec, la « police scientifique » prend réellement son envol en 1914 avec l’ouverture du Laboratoire de recherches médico-légales à Montréal, le premier du genre en Amérique du Nord. En 1910, après deux ans de formation médico-légale à Paris, le docteur Wilfrid Derome revient au Québec pour convaincre le gouvernement provincial de la nécessité de disposer d’un laboratoire au service de la justice. Ce n’est que trois ans plus tard que Sir Lomer Gouin, procureur général et premier ministre du Québec, se laisse convaincre par les idées novatrices du docteur Derome. Fondateur du Laboratoire, le docteur Wilfrid Derome en devient le premier directeur lors de son ouverture en juillet 1914.
Vers une unité spécialisée en identité judiciaire à la Police provinciale
En 1920, le meurtre de Blanche Garneau chamboule le paysage policier. Lors de l’enquête, le manque d’expertise dans l’identification et la protection d’une scène de crime orientent les détectives du Bureau des détectives provinciaux vers de nombreuses fausses pistes. L’affaire est d’ailleurs grandement médiatisée et le fait que le processus semble avoir été bâclé cause une situation tendue qui résulte par l’intégration du Bureau des détectives provinciaux à la Police provinciale en 1922. Ce sont les débuts de la Police judiciaire (enquêtes criminelles) au sein de la Police provinciale.
Forte de son nouveau mandat en enquête criminelle, la Police provinciale commence à s’intéresser à l’identification des criminels et à la « police scientifique ». Dès 1924, des discussions pour la création d’un bureau d’identification des criminels sont en cours avec le gouvernement du Québec. Le bureau ouvre finalement ses portes en avril 1925. Bien qu’il soit au service de la Police provinciale, ce bureau est sous la responsabilité du docteur Wilfrid Derome. Toute personne légalement détenue, accusée ou reconnue coupable d'un acte criminel peut maintenant être facilement fichée par les autorités. Lors de leur passage à la Police provinciale, ces personnes sont photographiées de face ainsi que de profil et leurs empreintes digitales sont prélevées. En plus de mettre sur pied ce nouveau bureau, on réorganise le département d’identification des criminels à la prison de Bordeaux en étendant sa portée. Maintenant, ce ne sont plus juste les personnes reconnues coupables d’une offense criminelle qui sont fichées, mais ce sont tous les prisonniers coupables d’offenses graves. Par la suite, ces informations sont partagées avec le bureau d’identification des criminels dirigé par le docteur Derome, ce qui aide à bonifier leur collection de fiches.
Malgré ses débuts sous la férule du docteur Derome, le nouveau département tombe rapidement sous le contrôle administratif de la Police provinciale. Dès octobre 1925, les détectives Édouard Lorrain et Raoul Nolet en assument la direction et améliorent la façon de travailler ce qui augmente la cadence de production des fiches par rapport à l’administration précédente. Accompagnés d’un prisonnier mis à leur disposition, ils produisent 800 fiches en seulement quatre mois et demi pour un total de 1300 fiches dans les dossiers du département. À l’aide de ces dossiers, Lorrain et Nolet sont en mesure de retrouver six fugitifs entre octobre 1925 et février 1926. Le nouveau département des empreintes digitales entame donc son existence entre de bonnes mains et ses débuts sont couronnés de succès. Le département obtient même une lettre du commissaire de la Gendarmerie royale du Canada exprimant la satisfaction de son organisation envers la qualité du travail d’identification effectué.
De la turbulence à la consolidation d’une expertise
Les années 1930 sont des années mouvementées pour le jeune département spécialisé de l’organisation. En effet, après sa victoire aux élections provinciales de 1936, l’Union nationale impose une mise à pied complète des employés de la Division de Montréal. Certains employés du département des empreintes digitales sont rapidement réengagés, dont Édouard Lorrain, mais d’autres, comme Raoul Nolet, ne le sont pas causant ainsi une perte d’expertise au sein du département. Ce n’est qu’en février 1940, après la victoire des libéraux lors du scrutin de 1939, que Raoul Nolet réintègre la Sûreté provinciale avec le grade de sous-inspecteur. De son côté, le sergent d’état-major Édouard Lorrain, qui avait conservé son poste en 1936, quitte le département, et accepte, en mars 1937, le poste de chef du corps de police municipale d’Arvida. Neuf mois plus tard, il retourne au département des empreintes digitales de la Police provinciale et obtient le grade d’inspecteur. Devenu une sommité dans le monde de l’identité judiciaire, Édouard Lorrain est nommé, en 1940, président de l’International Association for Identification, une association importante dans le domaine de la criminalistique. Par ce fait, il devient également le premier président canadien-français de cette association. Son expérience et ses connaissances en font l’expert de l’identité judiciaire à la Sûreté provinciale jusqu’à son décès en 1944.
À l’instar de la Division de Montréal, la Division de Québec, épargnée de la purge de 1936, ouvre son premier département des empreintes digitales en 1937. Aussitôt mises en place, des formations de prise d’empreintes digitales sont offertes aux gendarmes de la Division. L’année suivante, on installe des stations de prise d’empreintes digitales dans les postes de Rimouski, Rivière-du-Loup, Percé, Chicoutimi et Roberval. C’est également la même année qu’un premier système de classement monodactylaire est utilisé à Québec. Rapidement, le département des empreintes digitales de la Division de Québec devient une référence incontournable dans des opérations de la Police judiciaire de la Sûreté provinciale.
À la fin des années 1930 et au début des années 1940, les commis-techniciens aux empreintes digitales se déplacent régulièrement sur les scènes de crime pour faire des prélèvements, prendre des photographies et récupérer des objets devant être analysés. Cependant, ils ne sont pas systématiquement appelés à le faire. Considérant la nature spécialisée du travail, le département demande à l’organisation que le prélèvement des empreintes digitales sur une scène de crime soit une tâche exclusivement exécutée par les commis-techniciens spécialisés dans le domaine. Il demande également que les scènes de crime soient mieux protégées afin d’éviter d’effacer ou d’embrouiller les traces laissées par les criminels. La qualité et la fiabilité de ces traces sont d’une importance majeure pour les enquêtes et les procès.
Durant la même période, on voit apparaître de nouvelles expertises au sein du service de l’identité judiciaire. En effet, en plus de la dactyloscopie, le service offre notamment son expertise en graphologie, en dactylographie, en déchiffrement de documents grattés ou effacés et en analyse d’empreintes de souliers à semelles crêpées. Le travail du service permet même l’établissement d’une jurisprudence portant sur cette dernière expertise. Ces années sont également marquées par une participation active à l’effort de guerre lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le service apporte son soutien à la défense nationale en collaborant avec les organismes fédéraux et provinciaux pour l’identification de divers types d’individus tels que les constables spéciaux, les employés gouvernementaux, les employés d’industries de guerre et les ressortissants étrangers.
Professionnalisation de l’identité judiciaire
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage annonce un vent de changement sur tout le Québec. La société est en pleine ébullition et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’identité judiciaire. Jusqu’à ce moment, l’identité judiciaire est composée de deux petits services dans chacune des divisions officieusement indépendantes de la Sûreté provinciale. Du fait de ses effectifs réduits, l’ensemble des mandats de ces unités est centralisé dans chacune des équipes composées de quelques policiers et d’employés civils. À son arrivée, Josaphat Brunet obtient la responsabilité complète de la direction de l’organisation et décide de diviser les équipes de chacune des divisions en sections indépendantes spécialisées basées sur les mandats de l’identité judiciaire. Ainsi sont créées les sections des dossiers criminels, de l’index alphabétique, du fichier signalétique des criminels, des empreintes digitales, des scènes de crime, des armes à feu et de la photographie au sein du Service de l’identité judiciaire de chacune des divisions. Cependant, de 1963 à 1971, on centralise progressivement les casiers judiciaires de Québec vers Montréal.
C’est également au début de cette décennie que l’organisation décide d’ouvrir des bureaux en scènes de crime dans quatre sous-divisions : Hull, Granby, Chicoutimi et Rimouski. Pour assurer la responsabilité de ces bureaux, l’organisation sélectionne 12 policiers qui sont formés initialement à la Sûreté provinciale et par la suite au quartier général de la Gendarmerie royale du Canada à Ottawa. À partir de ce moment, les interventions sur les scènes de crime deviennent l’exclusivité des techniciens en scènes de crime policier.
Une centralisation des orientations stratégiques est entreprise durant cette même décennie. Bien que des bureaux d’identité judiciaire existent toujours dans l’ensemble des divisions et sous-divisions de l’organisation, la gestion stratégique est progressivement transférée à Montréal. Au début des années 1970, on retrouve donc un Service de l’identité judiciaire majoritairement situé à Montréal et des unités satellites dans les régions.
En 1971, la Sûreté du Québec acquiert le système Miracode, un système mécanisé accélérant la recherche et diminuant l’espace d’entreposage des fiches d’empreintes digitales. Ce système de micrographie permet de photographier des documents sur une bande magnétique de microfilms 16 mm emmagasinés dans une cassette. Une fois les fiches codifiées, le système Miracode exécute une recherche de fiches en quelques secondes.
En 1978, une des grandes avancées pour la Sûreté du Québec est la création d’un laboratoire de développement des empreintes digitales à Montréal. Les techniques employées sont peu nombreuses, mais la poudre et le nitrate d’argent commencent déjà à être utilisés pour révéler les empreintes. De plus, plusieurs petits locaux sont dédiés au poudrage des pièces à conviction dans les districts. Cette même année, l’identité judiciaire obtient des camions aménagés spécialement pour les besoins des techniciens en scènes de crime.
Science et technologie au centre de l’identité judiciaire
Durant les années 1980 et 1990, un premier véritable secteur dédié à la recherche et au développement est mis en place au Service de l’identité judiciaire avec l’embauche d’un civil professionnel, Jean-François Bellemarre. Le service se dote alors de nouvelles techniques d’analyse des empreintes digitales, telles que les vapeurs de cyanoacrylate, la ninhydrine, le révélateur physique, le cristal violet, le bisulfure de molybdène et les vapeurs d’iode. Avec l’intégration de tous ces nouveaux outils scientifiques, le service transforme le laboratoire de développement des empreintes de Montréal en laboratoire plus complet nécessitant les compétences d’un technicien de laboratoire pour procéder aux traitements des pièces à conviction. Il réaménage également les locaux de poudrage dans les districts pour en faire plusieurs petits laboratoires de développement des empreintes.
Plusieurs acquisitions technologiques vont également marquer ces deux décennies. En 1987, la Sûreté du Québec, suivant les conseils de la Police provinciale de l’Ontario, fait l’acquisition du premier laser à l’argon de l’organisation; un outil technologique améliorant la détection des empreintes digitales en laboratoire. Entre 1990 et 1996, ce sont les premières lampes médico-légales Polilight qui viennent rejoindre l’arsenal d’outils à la disposition du service pour révéler les empreintes digitales. On réaménage également le laboratoire de Québec à l’image de celui de Montréal. Au début des années 1990, on installe des Photophones dans les bureaux régionaux de l’identité judiciaire. Ces appareils permettent la transmission par le réseau téléphonique d’images d’une meilleure qualité que le télécopieur. De cette façon, les techniciens en scènes de crime des districts peuvent envoyer rapidement des empreintes digitales pour analyse au Grand quartier général à Montréal.
En 1992, la Sûreté du Québec remplace son système mécanisé Miracode par un système informatisé dédié à la recherche d’empreintes, le système automatisé d'identification dactyloscopique (SAID) Orion de Printrak. « Ce système […] accélère le traitement des dossiers et améliore considérablement le résultat des recherches effectuées à partir des empreintes digitales. » (Sûreté du Québec, 1993, p. 24) Une importante mise à jour du système est par la suite installée en 1999.
En 1994, la Sûreté du Québec acquiert un système de gestion automatisé de photographies signalétiques (SGAPS). « Ce système permet d’emmagasiner une ou plusieurs photographies d’une personne et sa description physique. Il est alors possible d’obtenir une photographie par numéro de casier judiciaire, par numéro d’identification ou par description physique. De plus, on peut imprimer sur une même page, aux fins d’identification, les photographies de plusieurs personnes dont les caractéristiques physiques se ressemblent. » (Sûreté du Québec, 1995, p. 17)
Dans la première décennie des années 2000, une nouvelle poussée scientifique et technologique propulse l’identité judiciaire vers de nouvelles innovations. En 2002, la Sûreté du Québec remplace l’utilisation de l’encre et du papier par les appareils de numérisation d’empreintes. Le secteur dédié à la recherche et au développement, dissout en 1996, est réactivé, en 2003, grâce à l’embauche d’Alexandre Beaudoin, un professionnel scientifique civil. Il devient le premier conseiller scientifique du Service de l’identité judiciaire à la Sûreté du Québec. En 2004, Alexandre Beaudoin développe une nouvelle technique de révélation des empreintes latentes sur le papier mouillé, l’Oil Red O. Plus efficace et moins dispendieuse que les méthodes précédentes, l’Oil Red O est éventuellement mondialement adoptée. Cette période est aussi marquée par l’apparition de nouvelles techniques de révélation des empreintes telles que l’acide jaune, l’indanedione-zinc et le dioxyde de titane. Alexandre Beaudoin, suivant les traces de son prédécesseurs Édouard Lorrain, devient à son tour une sommité dans le monde de l’identité judiciaire. En 2021, il est nommé président de l’International Association for Identification, soit le deuxième représentant de la Sûreté du Québec et le troisième canadien-français à occuper ce poste prestigieux.
En 2010, les laboratoires de développement des empreintes dans les districts sont officiellement fermés. Ils sont désuets et leurs mises à jour s‘avèreraient onéreuses. De plus, les techniques de développement d’empreintes sont de plus en plus complexes et doivent être exécutées par des spécialistes formés. Pour ces mêmes raisons, la décision de fermer le laboratoire de Québec tombe en 2016. Ces fermetures de laboratoires provoquent une convergence des pièces à conviction à traiter chimiquement au laboratoire de Montréal devenu le seul à la Sûreté du Québec à posséder ces expertises spécialisées.
En 2011, la Sûreté du Québec continue la consolidation de sa prestation de service en identité judiciaire sur l’ensemble du territoire. Pour ce faire, elle crée la fonction de spécialiste des projets spéciaux et de la formation qui est responsable de veiller à l’uniformisation des pratiques dans le domaine. Une équipe permanente en analyse de scènes d’incendies est également mise en place.
En 2012, la Sûreté du Québec fait l’acquisition d’un système d’identification biométrique (MorphoBIS) pour remplacer le système automatisé d'identification dactyloscopique et le système de gestion automatisé de photographies signalétiques. Ce système améliore la gestion, la capacité de recherche et la convergence entre les fiches d’empreintes ainsi que les photos signalétiques. Une mise à jour du système est par la suite installée en 2022.
Depuis la fin du 19e siècle, les techniques et la technologie associées à la science judiciaire ne cessent d’évoluer. Grâce à son adaptabilité et à l’ingéniosité de ses employés, la Sûreté du Québec continue de profiter des avancements dans ce domaine, somme toute, assez récent. Première unité spécialisée de la Sûreté du Québec, l’identité judiciaire aide l’organisation à accomplir sa mission et la fait rayonner de par le monde depuis plus de cent ans.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2026
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