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Au début du 20e siècle, la prohibition s’installe partout en Amérique du Nord. Seul le Québec fait exception à la règle. En effet, la Belle Province se dote, en 1921, d’une loi créant un monopole d’État sur l’alcool, la « Loi concernant les liqueurs alcooliques ». Pour respecter la nouvelle législation, on met sur pied une nouvelle organisation étatique, la Commission des liqueurs. En plus de gérer le monopole de l’alcool, l’ancêtre de la Société des alcools du Québec doit mettre en application et faire respecter la loi en matière d’alcool. Pour s’aider dans cette tâche, elle se dote d’une police gouvernementale possédant des pouvoirs d’enquête, de perquisition, d’arrestation et d’imposition d’amendes dans les domaines de la distribution, de la fabrication et de la vente d’alcool.
À ses débuts, cette police provinciale, dont les policiers sont rapidement surnommés « les liqueurs », se compose de 35 agents, sous-inspecteurs et inspecteurs. D’abord nommée « Service de surveillance » de la Commission des liqueurs, elle devient définitivement la Police des liqueurs en 1934. Les policiers sont embauchés grâce à leurs relations avec le parti politique au pouvoir et ils ne reçoivent que peu de formation. À l’époque, le travail s’apprend « sur le tas ». À la création de ce corps policier, ce sont généralement des vétérans de la Première Guerre mondiale, des détectives privés ou même des anciens agents de la Police provinciale qui composent ses rangs.
Dans les années 1920-1930 au Québec, la demande d’alcool illégal vient surtout des réseaux du crime organisé étatsunien. Les Américains sont subitement assoiffés de whisky canadien, de vin St-Georges ou d’alcool frelaté québécois. Pour répondre à la demande, des contrebandiers, aussi connus sous le nom de bootleggers, commencent à apparaître très rapidement sur tout le territoire québécois. La plupart des grandes villes sont affectées, mais les régions frontalières sont touchées plus sérieusement en raison de leur proximité avec les États-Unis.
Devant l’ampleur du phénomène, la Police des liqueurs s’adapte pour répondre à cette criminalité en croissance. Le corps se développe rapidement : d’à peine 35 hommes en 1921, elle triple ses effectifs en l’espace de cinq ans d’existence. L’ampleur des réseaux force aussi ses policiers à développer les premières méthodes d’enquête modernes, notamment la collecte et l’échange de renseignements, l’utilisation d’agents doubles ou de délateurs et la filature en véhicule. L’automobile devient l’outil privilégié des bootleggers puisqu’elle fait son apparition au Québec à l’époque. Malgré sa modestie, la Police des liqueurs mène des opérations partout dans la province.
La contrebande d’alcool du temps s’accroît de plus en plus dans les années 1920 et elle devient même incontrôlable. Ce trafic entraîne d’autres crimes plus graves comme des vols, des agressions armées, des meurtres, des enlèvements et de la prostitution dans toute la province. Ainsi, le mandat limité d’application de la « Loi sur les boissons alcooliques » mène la Police des liqueurs à mettre en place des projets de collaboration avec les policiers québécois, canadiens et étatsuniens. Ce sont donc les premières opérations conjointes de l’histoire policière québécoise.
Avec la fin de la prohibition américaine en 1933, la Police des liqueurs redirige ses opérations principalement vers les grandes villes du Québec. Le crime organisé s’y est résolument implanté. Les villes de Québec, Montréal et Hull sont fortement touchées. De grandes opérations policières sont déclenchées dont des arrestations massives de centaines d’individus à la fois, des saisies d’alcool, la destruction publique d'appareils de jeu ainsi que des perquisitions de bars. C’est l’époque du « Red Light » de Montréal et du « Petit Chicago » de Hull.
Dans le Québec des années 1940 et 1950, le rôle de la Police des liqueurs demeure fortement critiqué. Le comportement de certains de ses membres à l’occasion d’élections favorables à l’Union nationale de Duplessis, des procès retentissants, des allégations de corruption et le favoritisme lors de perquisitions font couler beaucoup d’encre et ternissent fortement l’image de ce corps policier provincial. Également, au tournant des années 1950, la législation entourant la vente et la consommation d’alcool au Québec est vue comme trop restrictive, voire dépassée.
La mort de Duplessis en 1959 et l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage en 1960 jettent les bases de la Révolution tranquille. Un des projets du nouveau premier ministre est d’ailleurs de transformer la Police des liqueurs et la Sûreté provinciale de l’époque en les réformant de fond en comble. Au début des années 1960, la Police des liqueurs appartient donc à une époque révolue. La Commission des liqueurs et sa police sont abolies, laissant la place à la fameuse Régie des alcools. Par ailleurs, les lois deviennent moins strictes, et la lutte à la contrebande d’alcool et aux débits clandestins perd de son importance. À cette époque, le crime organisé au Québec et ailleurs commence à délaisser graduellement ce secteur au profit de celui des drogues et stupéfiants.
Avec les réformes policières de la Révolution tranquille, la plupart des membres de la Police des liqueurs sont intégrés à la Sûreté provinciale et deviennent « l’escouade des alcools » en 1961-1962. Près de 60 ans après son intégration à la Sûreté du Québec, force est de constater que la Police des liqueurs a marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le perfectionnement des techniques d’enquête et la création des unités conjointes et des « équipes volantes » se traduisent par le succès de la lutte aux premières formes de crime organisé, soulignant par le fait même l’importance de la collaboration policière au Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
La présence des policiers provinciaux sur l’ensemble du territoire de la province s’est faite de façon progressive tout au long de l’histoire de l’organisation. Les débuts de la Police provinciale sont marqués par un cantonnement des forces policières dans les deux grands centres urbains de la province, soit Québec et Montréal. Malgré une législation permettant l’envoi de détachements policiers en région pour le maintien de la paix et pour réprimer les troubles, une politique financière restrictive en la matière limite les interventions des constables aux seuls cas d’urgences. Cette situation perdure jusqu’au milieu des années 1920.
La colonisation de l’Abitibi-Témiscamingue
Au début du 20e siècle, des changements majeurs s’opèrent dans des régions éloignées comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi. Ces changements provoquent un développement rapide de ces régions basées sur l’exploitation des ressources naturelles. À partir de 1925, la Police provinciale doit envoyer des constables au Saguenay et en Abitibi pour y maintenir l’ordre. « Dans la plupart de ces régions, les constables ne sont pas établis en permanence, mais par alternance au gré des besoins et des saisons. À une exception près : l'Abitibi. » (Leclerc, 1989) C’est donc dans cette région éloignée que s’installe graduellement le premier détachement permanent de la Police provinciale hors de Québec et de Montréal.
Le peuplement de l’Abitibi s’effectue en deux phases : la phase rurale et la phase minière. La colonisation rurale commence dans les années 1910 avec la construction du chemin de fer National Transcontinental qui permet l’installation des premières paroisses agricoles et des premiers villages tels qu’Amos, La Sarre, Macamic et Senneterre. Cette colonisation agricole est également soutenue par l’exploitation forestière qui permet aux agriculteurs de travailler en forêt pendant les longs mois d’hiver pour compléter leurs revenus.
Quant à la colonisation minière, elle commence dans les années 1920 et se fait le long de la Faille de Cadillac. Le tout s'amorce avec la découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921. Cette trouvaille provoque alors une ruée vers l’or en Abitibi. L’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région est à l’origine de l’apparition subite de villages de « squatters » tels que Rouyn, Val-d’Or et Roc-d’Or. De leur côté, les compagnies minières créent des villes qu’ils contrôlent entièrement afin de loger leurs employés et leurs cadres. C’est ainsi qu’on voit apparaître des villes comme Noranda, Bourlamaque et Malartic.
Les débuts de la Police provinciale en Abitibi-Témiscamingue
Une dichotomie s’installe entre les villes de compagnie et les villes de « squatters ». Les premières sont entièrement contrôlées par les compagnies; de l’urbanisme jusqu’à la gestion de la vie courante. Les secondes s’établissent de façon chaotique jusqu’à leur incorporation en ville. Cet établissement aléatoire les rend propices à la prolifération de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution.
Devant la montée du fléau criminel en Abitibi, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une présence policière dans la région de Rouyn. C’est en 1925 que la Police provinciale répond aux demandes successives de l’abbé Lévesque, en mission à Rouyn au début de la même année, et de la compagnie Rouyn-Dasserat Goldfield Ltd., propriétaire du site où se sont installés les « squatters ». Deux constables sont alors envoyés par la Division de Québec, Éphrem Bégin et Michael Tobin. Ils prennent tout d’abord le train à Québec pour se rendre à Macamic. En attendant de pouvoir continuer leur chemin vers Rouyn, les deux constables entreprennent de recueillir des renseignements sur la vie et l’ambiance dans ce nouveau village. Ils demandent alors des renseignements auprès des villageois, du curé de la paroisse et de l’abbé Lévesques, de passage à Macamic. Selon une lettre du constable Bégin, tous à Macamic sont unanimes « […] Rouyn est une place très dure, sur tout [sic] les rapports […] il faudrait au moins 20 hommes et bien armés pour pouvoir faire une cause » (BAnQ, 08Y,P166,S1,D199,1925011).
C’est donc le 9 mars 1925 à 10 heures du matin que nos deux constables quittent Macamic à bord du traîneau du postillon Conrad Luneau. Accompagné dans leur voyage par l’abbé Lévesques, qui retourne à Rouyn pour une mission, ils arrivent le 10 mars en après-midi et ils mettent pied à terre devant l’Hôtel Osisko des frères Green. Selon les dires de l’abbé Lévesques, « Le tout Rouyn monté sur les bancs de neige assistait à l’arrivée. […] Les uns étaient contents, les autres moins. Les « bootleggers », les « gamblers », les tenancières furent mécontents prévoyant qu’un frein serait vite mis à leur important commerce. » (Leury, 1940, p.22)
Logés à l’Hôtel Osisko dès leur arrivée, les constables Bégin et Tobin entreprennent une tournée du village en uniforme le lendemain, question de faire comprendre à la population que la Police provinciale est maintenant présente. Le travail n’est pas facile pour les premiers policiers dans la région. Tout d’abord, ils sont aux prises avec une criminalité élevée. Selon leurs correspondances, il y a beaucoup de problèmes de prostitution, de jeux de hasard et d’alcool illégal dans la région. En effet, dans leurs lettres ils mentionnent la présence de 14 femmes de joie et l’arrivée par la poste de 25 sacs remplis de boisson pour une population d’environ seulement 300 personnes. À cette criminalité élevée, s’ajoutent des problèmes de communications avec le quartier général de la Division de Québec à certaines périodes de l’année telle le printemps où les chemins deviennent difficilement accessibles. Les premiers policiers ont également des problèmes logistiques puisqu’aucun poste de police ou prison n’existe à Rouyn à cette époque. D’ailleurs, ils se plaignent dans leurs rapports journaliers d’être obligés de recevoir les plaignants ou ceux qui ont des renseignements devant l’ensemble des clients de l’hôtel où ils vivent. Lors d’arrestations, ils doivent également garder à vue les prisonniers à l'hôtel et, puisqu’il n’y a pas de palais de justice à Rouyn, les transporter à Ville-Marie ou à Amos pour qu’ils soient jugés. Au bout de trois mois, les constables Bégin et Tobin sont remplacés par leurs homologues venus de Québec.
À partir de l’été 1925, les constables cantonnés à Rouyn vivent dans une maison de pension appartenant à Oliver Burke. Cette maison est située sur la rue Perreault, entre l’avenue Galipeau (aujourd’hui Larivière) et l’avenue Dufault (qui croisait la rue Perreault à l’époque). Ce n’est pas avant 1926 que les policiers provinciaux bénéficieront d’un poste de police et d’une prison. En effet, c’est entre le mois d’août et le mois d’octobre 1926 que la Police provinciale s’établit dans deux cabanes en bois ronds louées à la famille Dumulon. Elles sont situées sur les lots 56 et 57 juste à côté de l’ancien hôtel de ville et au coin de la rue Taschereau et de l’avenue du Portage. Trois policiers occupent ce premier poste de police à Rouyn : les constables de la Police provinciale John Power et Aimé Pettigrew ainsi qu’un inspecteur du Service de surveillance de la Commission des liqueurs.
La peur du communisme et la Patrouille de l’Abitibi
L’établissement des différents complexes miniers en Abitibi occasionne une colonisation cosmopolite de la région. Pour combler la grande demande d’ouvriers provoquée par le « boom » minier, les industries se tournent vers les immigrants de l’Europe de l’Est, travailleurs réputés dans le domaine minier. En plus des communautés canadienne-française et canadienne-anglaise, on voit donc s’établir d’autres communautés telles que les Finlandais, les Polonais et les Ukrainiens.
En réaction à la Grève générale de Winnipeg de 1919 et au bouillonnement ouvrier du début des années 1920 et 1930, le Canada se dote d’outils législatifs pour contrer ce type de désordre qualifié de « communiste ». L’implication du Parti communiste canadien dans les revendications ouvrières de l’époque étaye la peur du communisme qui s’installe au Canada. Rapidement, le Parti est considéré par les autorités comme un élément prônant des activités séditieuses et est déclaré illégal. Sa participation aux revendications du prolétariat en Abitibi et sa popularité parmi les immigrants récents, notamment ceux originaires d'Ukraine et de Finlande, pousse la Police provinciale à revoir son déploiement dans cette région.
C’est donc en 1932 que l’organisation décide d’établir d’une façon permanente son détachement en Abitibi. Pour ce faire, on octroie le nom officiel de « Patrouille de l’Abitibi » au détachement et on l’installe dans un nouveau bâtiment situé au coin de la 2e Avenue (aujourd’hui l’avenue Murdoch) et de la 8e Rue à Noranda. Un sous-officier est également déployé pour prendre en charge le détachement, il s’agit du sergent d’état-major Kenneth Turnbull. La Patrouille de l’Abitibi devient ainsi le premier poste permanent de la Police provinciale à l’extérieur des grands centres de Montréal et de Québec.
La Patrouille de l’Abitibi est rapidement mise à l’épreuve par trois événements marquants en trois ans. En 1932, la manifestation du Premier mai (Journée internationale des travailleurs) prend la tournure d’une émeute à Rouyn et à Noranda lorsque les manifestants refusent d’obéir aux forces de l’ordre et que le chef Lapointe de la police municipale de Rouyn est atteint par un projectile d’arme à feu. La Patrouille de l’Abitibi procède alors à une enquête sur les événements qui aboutit à l’arrestation de plusieurs personnes qualifiées de communistes. La crainte de débordements similaires lors de manifestations futures pousse le sergent d’état-major Turnbull, en collaboration avec le chef Lapointe, à faire fabriquer des bâtons de contrôle de foule pour ses constables.
En 1933, de nouveaux troubles surviennent dans la région de Rouyn. Ce sont les bûcherons de la Canadian International Paper Company (C.I.P.) du district de Clérion qui entrent en grève à la fin de l’automne. La chute du prix du bois depuis le milieu des années 1920 et le krach boursier de 1929 poussent les compagnies forestières à trouver des solutions pour diminuer leurs pertes. Partout en province, les bûcherons subissent des diminutions de salaire et une détérioration de leurs conditions de travail. Constatant la présence d’une certaine grogne chez les bûcherons du district de Clérion, quelques représentants syndicaux d’obédience communiste, provenant du nord de l’Ontario, se présentent dans les camps forestiers et prônent la grève afin d’améliorer le sort des travailleurs. Leurs paroles trouvent alors écho chez plusieurs bûcherons de ces camps. Au début décembre 1933, environ 400 grévistes convergent vers les bureaux de la C.I.P. à Noranda pour faire valoir leurs revendications. Le rejet de leurs demandes par la compagnie et la réouverture des camps forestiers par cette dernière poussent les grévistes à former une ligne de piquetage sur la route menant auxdits camps. Le but de cette ligne de piquetage : empêcher les ouvriers et les briseurs de grève de se rendre dans les installations de la compagnie.
La Police provinciale, par l’intermédiaire du sergent d’état-major Turnbull, intervient verbalement plusieurs fois auprès des grévistes pour faire respecter la loi. Pour le sergent d’état-major Turnbull, cette grève doit se dérouler légalement ou elle ne se déroulera pas du tout! Il en informe d’ailleurs Baillargeon, un des membres du comité de grève, tel qu’il le rapporte dans son rapport : « I sternly rebuked Baillargeon, telling him that in so far as I was concerned, this particular strike was going to be conducted legally or else not at all, and that if I received any more complaints whatsoever in regard to the picket lines, I would immediately ban all picketeting. » (Province de Québec. « Rapport sur la grève des bûcherons … », 1934, p. 1) Malgré les interventions de la compagnie C.I.P. pour que la Police provinciale procède à des arrestations rapidement, le sergent d’état-major Turnbull tente de les éviter autant que possible tout en veillant à ce que la loi soit respectée. Cependant, en dépit de plusieurs avertissements de la Police provinciale, le 11 décembre, 200 grévistes se rassemblent sur la ligne de piquetage et empêchent les ouvriers de se rendre dans les camps. Le non-respect de la loi par les grévistes pousse le sergent d’état-major Turnbull à l’action. Il rassemble ses hommes, les armes de ses nouveaux bâtons de contrôle de foule et se dirige vers la ligne de piquetage. On amorce alors des discussions avec les grévistes pour les inciter à se disperser. Devant leur refus, le magistrat Tardif, accompagnant la Police provinciale, entame la lecture de l’Acte des Émeutes : « Notre Souverain le Roi enjoint et commande à tous ceux ici présents de se disperser immédiatement et de retourner paisiblement à leurs domiciles ou à leurs occupations légitimes sous peine d'être déclarés coupables d'une infraction qui peut être punie de l'emprisonnement à perpétuité » (Catta, 1985, p. 43). Trente-deux minutes suivant cette lecture, la Police provinciale se déploie. Des gaz lacrymogènes sont laissés dans la foule et les policiers interviennent. Soixante et onze personnes sont arrêtées et ramenées à Rouyn. Une partie des contrevenants sont transférés à Ville-Marie par avion pour leur procès alors qu’une autre partie est jugée à Rouyn et à Amos.
En 1934, la première grève de mineurs en Abitibi éclate à la mine Horne à Noranda. Elle portera le nom de « grève des Fros ». Seulement une partie des travailleurs de la mine sont impliqués, soit 300 des 1 400 employés. Ces grévistes sont majoritairement des travailleurs immigrants, d’où l’appellation de « Fros » (dérivé du mot Foreigner), rattachés à la Mines Workers Union of Canada, syndicat affilié à la ligue communiste Workers Unity League. Leurs revendications : « […] reconnaissance du droit d'adhérer à un syndicat, observance de la journée de 8 heures sous terre, amélioration de la ventilation, réembauche des militants syndicaux congédiés, augmentation de 10 % des salaires et paiement du surtemps à taux et demi » (Gourd, 2021). Rapidement déclarée illégale par les autorités, la Police provinciale, la Gendarmerie royale du Canada ainsi que les corps de police municipaux de Rouyn et de Noranda interviennent auprès des grévistes. La grève des « Fros » est brisée en seulement 10 jours par de nombreux facteurs tels que : la présence massive des policiers, « […] la proclamation de la loi d'émeute, l'embauche de briseurs de grève parmi les chômeurs de la ville, l'arrestation des organisateurs du syndicat et le congédiement par la mine de centaines d'immigrants » (Gourd, 2021). Les grévistes n’obtiennent aucun gain lors de cette grève, cependant ils ouvrent la voie aux revendications ouvrières dans les mines de l’Abitibi.
Réorganisation à la Sûreté provinciale
Coup sur coup, plusieurs changements viennent chambouler la Patrouille de l’Abitibi. Le tout débute en 1936 par le déménagement du poste de Noranda dans une construction neuve située au 142, chemin Trémoy à Noranda, au coin de la 10e Rue. Par la suite, la nomination du lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze à la tête de la Police provinciale le 1er octobre 1937 ouvre la porte à des changements majeurs dans la structure de l’organisation. Le lieutenant-colonel Piuze s’inspire du modèle de la Gendarmerie royale du Canada et décide d’installer des postes et des avant-postes permanents dans plusieurs districts judiciaires de la province. Le but derrière cette décision est de diminuer les frais de déplacement du personnel et d’assurer une présence policière sur tout le territoire avec le moins d’hommes possible, tout en offrant un service efficace. Dans les régions de l’Abitibi et du Témiscamingue, cette expansion territoriale se traduit par la création de plusieurs postes et avant-postes. C’est donc à partir de 1937 que des détachements s’établissent dans les villes de Val-d’Or (temporairement à Sullivan, puis déménagé à Bourlamaque la même année), Amos, Kewagama (Cadillac), Malartic, La Sarre, Senneterre, Ville-Marie et Belleterre. À ces nouveaux détachements, s’ajoute celui de Noranda, toujours en fonction. C’est donc la fin de la Patrouille de l’Abitibi exclusive à Noranda.
La nomination de Marcel Gaboury à la tête de la Sûreté provinciale en février 1940 annonce encore de nouveaux changements au sein de l’organisation. Sous la gouverne du nouveau directeur, une réorganisation s’amorce et vient chambouler l’ordre établi en Abitibi depuis 1937. En effet, en plus d’une diminution du nombre de postes, le quartier général de la région est transféré à Amos et tombe sous la gouverne d’un lieutenant qui contrôle l’entièreté de l’Abitibi et du Témiscamingue. Ce lieutenant se rapporte directement à la Division de Montréal, car depuis le 1er septembre 1938, la région de l’Abitibi est passée officiellement de la Division de Québec à celle de Montréal. Étant donné leur situation de régions éloignées, l’Abitibi et le Témiscamingue font chambre à part en matière de gestion des effectifs. Contrairement aux autres districts, les policiers travaillant en Abitibi et au Témiscamingue sont des résidents permanents de ces régions. Dans les autres districts, un système de roulement d’effectifs est mis en place, ce qui est considéré comme plus efficace par l’État-major de l’époque.
En 1942, les villes de Rouyn et de Noranda obtiennent leur district judiciaire : le district judiciaire de Rouyn-Noranda. Depuis leurs débuts, les deux villes sœurs sont sous la dépendance du district judiciaire de Pontiac mais possèdent également une relation particulière avec le district judiciaire d’Amos. En prenant en considération le tribunal installé dans l’hôtel de ville de Rouyn, la gestion des prévenus entre Rouyn, Amos et Ville-Marie (Pontiac) devenait chaotique. La création de ce nouveau district judiciaire simplifie la chose et mène à la construction d’un premier Palais de justice à Rouyn 13 ans plus tard. Inauguré en 1955, ce palais de justice héberge également la Sûreté provinciale et la Police des liqueurs dans de nouveaux locaux au sous-sol de l’édifice.
La création d’un district régional
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’Abitibi-Témiscamingue. En effet, vers 1961, la région passe sous l’autorité de la Subdivision de Hull et transfère son quartier général d’Amos à Rouyn. Le choix de Rouyn fut judicieux, car en 1966, le gouvernement du Québec officialise la nomination de Rouyn-Noranda comme chef-lieu de la nouvelle région administrative du Nord-Ouest (ancien nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue). « Les principaux atouts qui ont joué en faveur de Rouyn-Noranda sont l'importance de sa population, sa position géographique au cœur de la région et son rôle de carrefour des communications entre le Témiscamingue, la zone minière de la Faille de Cadillac et l'Abitibi rural [sic]. » (Laquerre, 2021) Depuis le début des années 1960, le quartier général de la région est situé à Rouyn-Noranda sauf pour un intermède d’un an, en 1970, où le quartier général est déplacé à Val-d’Or. Par ailleurs, en1968, juste avant ce transfert, l’organisation déménage ses effectifs du Palais de justice de Rouyn à l’ancien Hôtel Georges situé au 87, rue Gamble Ouest à Rouyn.
« En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une ‘’force policière à caractère professionnel’’. Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci […] recommande [notamment] la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population. » (Beaudoin, 2024)
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. Après une période d’essai dans les districts pilotes du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie, c’est à l’ensemble de la province que le modèle est appliqué. En 1973, on inaugure donc les autres districts. Dans le cas de l’Abitibi-Témiscamingue, le district est inauguré le 16 juillet 1973 sous le nom de District du Nord-Ouest.
Dans les années 1970, le développement hydro-électrique du Nouveau-Québec vient modifier la desserte de la Sûreté du Québec dans cette région. La Sûreté provinciale établit ses premiers postes au Nouveau-Québec à Fort-Chimo (1962) et Poste-de-la-Baleine (1965). Un troisième poste est établi en 1973 à Fort-Georges. Ces trois postes sont hiérarchiquement situés sous la Division ou le District (selon l’époque) de Montréal jusqu’en 1976. La signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 1975 provoque un changement de structure au sein de la Sûreté du Québec. En 1976, l’organisation décide de regrouper les postes de l’Ouest québécois concernés par la Convention sous le District du Nord-Ouest. Les postes de Poste-de-la-Baleine et Fort-Georges passent donc sous l’égide de Rouyn-Noranda. Pour sa part, le poste de Fort-Chimo passe du District de Montréal au District de la Côte-Nord la même année. Fait intéressant, la création du Service de sécurité publique de la municipalité de la Baie-James en 1972 et l’ampleur du projet hydro-électrique de la Grande Rivière, poussent la Sûreté du Québec à déménager le poste de Fort-Georges à Radisson le 18 mai 1976. En 1979, la Sûreté du Québec change le vocable du poste de Fort-Chimo en « poste de Kuujjuaq » et le transfère au District du Nord-Ouest.
Au tournant des années 1980, quelques changements sont effectués en Abitibi-Témiscamingue. En 1978, un nouveau déménagement du poste de Rouyn et du quartier général du District du Nord-Ouest est effectué. Les bureaux de la Sûreté du Québec à Rouyn passent de l’ancien Hôtel Georges à l’ancien bâtiment de l'École des infirmières de Rouyn et Noranda situé au 1, 9e Rue à Noranda. En 1981, c’est le nom du district qui change. Pour se conformer au changement du nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue et pour refléter l’ajout de la région administrative du Nouveau-Québec dans le district, ce dernier prend le nom de District de l’Abitibi-Témiscamingue et Nouveau-Québec. C’est le début de l’utilisation du fameux acronyme A.T.N.Q. qui perdure encore aujourd’hui.
En 1998, on procède une nouvelle fois à un changement de nom pour le district. Il devient le District de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord du Québec. Cette nouvelle appellation s’arrime avec le nouveau nom de la région administrative du Nouveau-Québec, qui porte le nom de Nord-du-Québec depuis 1987.
« Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. » (Beaudoin, 2024) C’est dans ce contexte que la Sûreté du Québec intègre trois corps de police municipaux en Abitibi-Témiscamingue. En 2002, ce sont le Service de police d’Amos et la Sécurité publique de Val-d’Or qui se joignent à la Sûreté du Québec. Puis, en 2003, c’est le Service de police de la Ville de Rouyn-Noranda qui est intégré dans le corps de police provinciale. En tout, ce sont 97 policiers et 23 employés civils qui ajoutent leur expertise à l’organisation.
En 2000, un nouveau bâtiment gouvernemental est construit à Rouyn-Noranda pour accueillir le quartier général du district qui quitte ses locaux du 1, 9e Rue. Situé au 205, boulevard Rideau, le nouveau bâtiment accueille également le poste de Rouyn-Noranda lors de l’intégration du corps de police municipale de la ville en 2003.
L’Abitibi-Témiscamingue au sein du District Nord
« En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. » (Beaudoin, 2024) En Abitibi-Témiscamingue, ces changements se traduisent par la fusion de trois districts en un seul. Les districts de l’Abitibi-Témiscamingue – Nord-du-Québec, du Saguenay – Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord deviennent le District Nord. L’Abitibi-Témiscamingue devient alors une région du nouveau district et conserve son quartier général de région à Rouyn-Noranda. Cependant, le quartier général du district déménage à Saguenay.
L’histoire de la Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue est une histoire de résilience, d’adaptation et de passion. À travers les époques, les policiers déployés ont dû faire preuve de résilience face aux défis d’une région en pleine colonisation où tout était à faire. Ils ont été obligés de s’adapter aux différents changements vécus au fil du temps et aux grandes distances à parcourir dans le cadre de leur travail. Mais surtout, ils ont eu une passion certaine pour la région et pour sa population.
La Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue, c’est plus de cent ans de sécurité civile.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2025
C’est bien connu, le Québec est l’un des endroits au monde où l’on retrouve le plus grand nombre de lacs et de plans d’eau douce. Cette grande accessibilité en voies navigables a permis le développement de la navigation de plaisance dans la province. Ce type de navigation est régi par la « Loi sur la marine marchande du Canada » qui est appliquée par Transport Canada et par la Garde côtière canadienne.
Le mandat général de la Sûreté du Québec consiste à maintenir la paix et la sécurité publique sur l’ensemble du territoire québécois, ce qui inclut également les eaux intérieures. C’est pourquoi l’application de ce mandat, dès 1971, devient la pierre angulaire de la présence de la Sûreté du Québec sur les plans d’eau de la province. Néanmoins, pendant plusieurs années, cette surveillance est discontinue et non prioritaire en raison, surtout, de ressources humaines restreintes et de l’absence d’équipement adéquat, performant et sécuritaire. Ces patrouilles sporadiques s’effectuent tout de même lors de rencontres sportives telles que des régates et des courses de canots, ou encore, lors d’événements plus importants, comme les Jeux du Québec. À cela s’ajoute également la présence locale des agents en réponse à des plaintes de cambriolage de chalets plus isolés ou à des vols de moteur hors-bord, un domaine connexe.
Avec une moyenne d’environ 35 % des noyades en lien avec la navigation de plaisance et les activités nautiques à la fin des années 1970, la Sûreté du Québec constate l’importance de la prévention en sécurité nautique. Consciente de son manque de ressources, l’organisation cherche alors un moyen d’action approprié pour rejoindre les plaisanciers. Pour atteindre ce nouvel objectif, la Sûreté du Québec conclut qu’une augmentation de la présence policière en milieu nautique et des interventions appropriées s’avèrent essentielles.
Les premières initiatives de l’organisation en ce sens datent de la fin des années 1970 avec la mise en place des « patrouilles de quai ». Ces dernières permettent, avec peu de moyens, d’intervenir directement au quai, soit au départ et à l’arrivée des bateaux et des plaisanciers. Adopté par l’organisation, ce type de patrouille est alors combiné à la patrouille nautique à partir de l’été 1978.
Après une année de jumelage avec la Garde côtière canadienne et la Gendarmerie royale du Canada, la Sûreté du Québec décide de former ses premiers préposés à la sécurité nautique en 1979. Trente-deux policiers sont donc choisis parmi les pelotons d’unités d’urgence en province (deux par peloton) ainsi que les sections de plongée sous-marine. L’année suivante, en mars 1980, les 32 nouveaux préposés suivent une formation de sécurité nautique d’une semaine, à Duchesnay.
Au fil des années, l’organisation améliore son offre de service en sécurité nautique en augmentant le nombre de patrouilleurs et de bateaux disponibles. En effet, à l’été 1992, on ne compte pas moins de 65 policiers formés à la patrouille nautique et 16 embarcations réparties sur le territoire desservi par la Sûreté du Québec, le tout, coordonné par le Service des mesures d’urgence.
À la suite de l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » en 2001, la Sûreté du Québec oriente ses activités en fonction des niveaux de service à assurer. Pour livrer les services requis à la population, l’organisation se tourne vers l’acquisition de nouveaux équipements et la formation de nouveaux policiers. Rapidement, en 2002, la Sûreté du Québec accroît sa flotte, passant de 22 à 65 embarcations. La flotte est répartie entre les unités de sécurité routière ou d’urgence, mais également dans certaines municipalités régionales de comté (MRC) stratégiques. Cette même année, la Sûreté du Québec fait également grimper ses effectifs de patrouilleurs nautiques à 150, triplant ainsi le nombre de policiers affectés à cette fonction. La saison suivante, 250 patrouilleurs nautiques sont déployés sur les plans d’eau par l’organisation.
De nos jours, les patrouilleurs nautiques œuvrent principalement dans la prévention et la sensibilisation aux lois et aux règlements en vigueur dans le domaine, s’inscrivant ainsi dans le concept de police de proximité valorisé par l’organisation depuis plusieurs décennies.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Au Québec, conduire un véhicule avec des facultés affaiblies est considéré comme un crime. Une personne commet une infraction criminelle si elle conduit avec un taux d'alcool égal ou supérieur à 80 mg d'alcool par 100 ml de sang (0,08).
En 1921, l'infraction « conduite en état d'ivresse » a été intégrée au Code criminel canadien. Au fil des ans, les dispositions législatives ont évolué, s’ajustant aux continuels changements sociétaux. Plus récemment, dans la foulée de la légalisation du cannabis, de nouvelles dispositions législatives du Code criminel ont été votées en 2018 (C-46). Celles-ci confirment notamment le fait que les policiers peuvent exiger un échantillon d'haleine préliminaire pour vérifier s'il y a présence d'alcool dans l'organisme du conducteur.
Dès l’origine, la question de la détection d’une conduite altérée par l’alcool s’est posée. Deux grandes catégories d’appareils seront approuvées par le législateur, soit l’éthylomètre, dont le rôle est de mesurer précisément le taux d’alcool dans le sang, et les « appareils de détection approuvés », dont le rôle est strictement de déceler la présence d’alcool dans le sang sans toutefois préciser le niveau d’alcoolémie.
Dès 1965, une réflexion sur l’usage d’un éthylomètre est engagée par la Sûreté provinciale, laquelle réflexion débouche en 1969 sur l’introduction progressive du premier analyseur d’alcool, le Breathalyzer Borkenstein, modèle 900. Inventé par Robert Frank Borkenstein, un ancien capitaine de police de l’Indiana State Police, et produit par Smith & Wesson, ce modèle et son successeur, le 900A, seront utilisés pendant près de 35 ans par les forces policières. Cet appareil mesure l’alcool à l’aide d’un procédé d’oxydation chimique. La décoloration produite par l’oxydation est par la suite mesurée par un colorimètre qui donnera un taux d’alcoolémie dans le sang. À compter de 2001, ces dispositifs, décrits comme des « appareils dépisteurs d’intoxication alcoolique », seront remplacés par des équipements électroniques.
En 1976, un deuxième instrument, l’Intoximeter Mark IV, est introduit au sein de la Sûreté du Québec. Cet appareil, complètement automatisé, fonctionne sur le principe de la chromatographie, méthode de séparation des composantes qui élimine toute possibilité d’interférence par d’autres produits présents dans l’haleine.
Pour leur part, les appareils de détection actuellement utilisés par la Sûreté du Québec sont les appareils ALERT J3A (Alcohol Level Evaluation Road Tester) et Alco-Sûr. Le premier appareil est approuvé en 1976 et fonctionne grâce à des semi-conducteurs qui réagissent selon le degré d’alcool contenu dans l’haleine. L’appareil Alco-Sûr est pour sa part introduit en 1988. L’appareil fonctionne à l’aide d’une pile combustible qui est une cellule électrochimique constituée de deux électrodes de platine. L’une d’elles est exposée à l’oxygène atmosphérique, tandis que l’autre est dans un compartiment où sera introduit l’échantillon d’haleine. L’alcool contenu dans l’haleine est absorbé par le platine et oxydé électrochimiquement. Cette oxydation produit un voltage qui allume un des voyants et révèle la présence d’alcool dans l’haleine.
Que ce soit à l’aide d’un éthylomètre ou d’un appareil de détection, le policier possède, depuis les années 1960, des appareils scientifiquement éprouvés l’aidant lors de l’application des lois relatives à la conduite d’un véhicule avec des capacités affaiblies. Ces appareils ont eu une grande incidence sur le travail des policiers puisque ceux-ci peuvent dorénavant compter sur la science pour les appuyer devant les tribunaux.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’idée de déceler un mensonge en détectant la variante de la pression sanguine apparaît dès le 18e siècle dans l’ouvrage romancé de Daniel Defoe (1661?-1731), An effectual scheme for the immediate preventing of street robberies, and suppressing all other disorders of the night, publié en 1731. Dans la deuxième moitié du 19e siècle, le physiologiste italien Angelo Mosso (1846-1910) expérimente et améliore le pléthysmographe, un appareil scientifique servant à mesurer et enregistrer les changements dans le flux sanguin tout en associant ces variables aux émotions et aux stimuli, comme la peur et les sursauts. Il est donc aisé de comprendre l’origine de l’appellation du « détecteur de mensonges »!
Il faut attendre les travaux de Leonarde Keeler (1903-1949), considéré comme le père du polygraphe par plusieurs, pour réellement atteindre un horizon de rigueur scientifique. En 1939, il fait breveter le prototype du Keeler Polygraph.
La première unité à utiliser les polygraphes à la Sûreté provinciale est l’Escouade des homicides, de la Division de Montréal. Durant les années 1950, les enquêteurs utilisent le Keeler Polygraph, modèle 302, de la compagnie Associated Research, basée à Chicago, dans l’Illinois. Par la suite vient le B & W Lie Detector Electronic Psychometer, modèle 7AC, de la compagnie B & W Associates, basée à Michigan City, dans l’Indiana. Ce dernier modèle, plus performant, est utilisé durant les années 1960.
Dans le but avoué de combattre la criminalité avec des moyens plus sophistiqués, la Section de polygraphie, qui est rattachée au Bureau du conseiller en enquêtes criminelles, est officiellement inaugurée en juillet 1976. Le tout premier polygraphiste officiel de la Sûreté du Québec est l’agent John Galianos. Comme il n’existe pas encore d’école de formation au Canada, les connaissances sont acquises à l’Institut de polygraphie Keeler de Chicago. Entre 1976 et 1995, les spécialistes utilisent le Factfinder, un produit de haute qualité de la Lafayette Instrument Company, basée en Indiana.
Une épreuve polygraphique se divise habituellement en trois phases distinctes. Au départ, il y a l’entrevue préliminaire avec le sujet, où il est question de ses antécédents physiques et psychologiques, ainsi que de sa condition intellectuelle, du fonctionnement de l’appareil et, finalement, de la signature du formulaire d’acceptation volontaire. Initialement, cette période est prévue pour réduire l’anxiété du sujet et démontrer qu’il est apte à passer le test.
Vient ensuite l’étape du test polygraphique, se déroulant seul à seul entre le sujet et le polygraphiste. Une série de questions est posée au sujet, incluant des questions générales (nom, âge, adresse, métier), ainsi que des questions relatives à l’enquête. Le rôle du spécialiste est d’analyser les résultats et de tirer une des trois conclusions suivantes : il est en présence de réactions d’apparence mensongère, il est en présence de réactions normales avec apparence de vérité ou le test est non concluant. Dans ce dernier cas, il ne peut pas se forger une opinion scientifique vis-à-vis des réactions physiques ou psychologiques du sujet.
Après les analyses des enregistrements polygraphiques, l’entrevue finale se déroule avec le sujet et un retour sur les résultats du test peut être effectué. L’enquêteur prend note des résultats et peut faire des liens pertinents entre son enquête, le sujet et les résultats. Normalement, le test se fait vers la fin d’une enquête, afin de s’assurer que certains éléments de preuve servent à étoffer la série de questions.
De façon générale, un polygraphe est fabriqué à partir de trois composantes principales, soit le pneumographe, le galvanomètre et le sphygmographe. Le pneumographe est composé de deux tubes ondulés apposés sur la poitrine et enregistre les variations respiratoires. Pour sa part, le galvanomètre enregistre la sudation par l’utilisation de deux électrodes appliquées sur les doigts. Finalement, le sphygmographe note le rythme des pulsations cardiaques et le flux et le reflux sanguins, en plus d’enregistrer la tension artérielle. Cet appareil est donc la combinaison de trois instruments scientifiques recueillant et enregistrant des données sur des chartes graphiques.
Un virage numérique s’effectue en 1993, lorsque les enregistrements recueillis sur de nouvelles machines sont portés à l’écran, rendant l’opération plus fiable encore. Le premier modèle électronique utilisé par les spécialistes, entre 1995 et 2005, est le polygraphe de la Stoelting Co., modèle CPS I. Son successeur, le CPS II, est utilisé depuis 2005 à la Sûreté du Québec.
Depuis leurs débuts dans l’organisation, les polygraphes ont été d’une grande utilité. Le domaine de la polygraphie n’a cessé de se perfectionner afin de donner des résultats de plus en plus fiables. L’analyse de ces résultats a permis aux polygraphistes d’offrir de meilleures conclusions aux enquêteurs.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
En 1925, en raison de l’accroissement du nombre de véhicules automobiles sur les routes du Québec, la Police de la circulation, rattachée au département de la voirie provinciale, est créée. Dès 1938, cette police est prise en charge par la Sûreté provinciale, aujourd’hui la Sûreté du Québec.
À cette époque, les appareils de radiocommunication dans les véhicules n’existent pas. Pour joindre les patrouilleurs, les postes doivent compter sur la collaboration de citoyens qui allument une ampoule, habituellement à l’extérieur de leur maison. Cela notifie le patrouilleur qu’il doit s’arrêter pour prendre un message, parfois urgent. La notion de gestion du temps de réponse est alors inexistante.
L’entrée en opération, en 1946, d’un premier système de communication radio constitue une innovation technique sans précédent. Les négociations avec la Northern Electric Company aboutissent d’abord à l’installation d’un poste central à Montréal, soit une tour de transmission avec antenne sur le mont Royal, et de postes secondaires dans la région environnante. Cette première phase s’étant avérée concluante, le district de Québec est équipé du nouveau système de communication radio en 1948.
En 1964, la Sûreté provinciale procède à l’installation d’un réseau provincial de radiotéléphone. Avec ce système, chacun des postes est relié à ses voitures de patrouille qui sont elles-mêmes reliées entre elles, sans risque d’interférences avec les autres postes. Contrairement au précédent système, le réseau de radiotéléphones permet aux divers postes et voitures de patrouille de communiquer entre eux via le quartier général de la division. Ce nouveau système est considéré à l’époque comme le plus perfectionné au monde.
Au début des années 1970, on procède à la modification des systèmes de communication déjà existants. Les systèmes de radio, précédemment autonomes, sont regroupés à des blocs radio reliés à des centres de raccordement. Les consoles dans ces centres permettent plusieurs nouvelles possibilités dans le domaine de la télécommunication. Les communications entre les services policiers deviennent plus rapides et, étant donné l’établissement de systèmes centralisés, plus efficaces. Ces modifications permettent également de rejoindre les hélicoptères, les embarcations de l’escouade de plongée sous-marine et les membres de l’unité de recherche et de sauvetage en forêt ou en montagne lors d’opérations.
À partir de 1973, la Sûreté du Québec commence une nouvelle modernisation des appareils radiophoniques dans ses voitures de patrouille. En effet, dès le mois de mai, l’organisation acquiert de nouveaux radiotéléphones qu’elle installe dans l’ensemble de ses véhicules de patrouille. Les nouveaux appareils ont des mécanismes tout inclus connectés à la voiture elle-même. En plus de servir de système de communication, le radiotéléphone permet la diffusion à l’extérieur de l’autopatrouille par des haut-parleurs et, lorsque le policier veut se faire entendre, des sons de sirène électroniques sont incorporés dans le système.
En 1994, la Sûreté du Québec met en service un nouveau réseau de communication pour ses voitures de patrouille. Le Réseau intégré de télécommunications policières apporte de grands changements dans la télécommunication à la Sûreté du Québec. Avec ce nouveau système, les appels des citoyens, à l’extérieur des heures de travail régulières, ne se retrouvent plus sur les ondes radio. Ces appels restent dans le réseau téléphonique et sont dirigés vers un des 13 centres de télécommunications qui répartissent par la suite les demandes d’interventions policières. Cette mesure permet une plus grande confidentialité des appels des citoyens ainsi qu’une diminution de l’achalandage des ondes radio. Le réseau permet également un contact constant des policiers avec la centrale, même lorsqu’ils se trouvent à l’extérieur de la voiture.
L’apparition et l’implantation dans les voitures de patrouille de radios de communication ont grandement changé la façon de travailler des policiers. Elle a permis une réponse policière plus efficace aux demandes des citoyens ainsi qu’une meilleure coordination des efforts policiers pour combattre le crime.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Selon la Société française de vexillologie, « un drapeau représente bien davantage qu’une simple pièce d’étoffe. Il traduit de manière symbolique le message qu’une collectivité […] ou qu’une personne […] entend délivrer au monde environnant et dans lequel elle proclame ses valeurs fondamentales, ses croyances, sa culture, affirme son autorité et son rang, souligne son particularisme, en bref, révèle son identité profonde ».
Le domaine illustrant parfaitement l’importance que peuvent avoir les drapeaux est l’univers militaire. Grande utilisatrice de bannières et d’étendards depuis longtemps, l’armée y a recours pour l’identification visuelle des organisations militaires, mais également pour susciter la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle. La Sûreté du Québec, par son état d’organisation paramilitaire, poursuit cette tradition ancestrale.
À ses débuts, la Police provinciale est composée d’un seul type de policier, le gendarme. Un emblème unique et un uniforme caractéristique semblent avoir suffi à identifier le corps de police et suscité fierté et cohésion en son sein. Dans la première moitié du 20e siècle, l’organisation a évolué en intégrant le Bureau des détectives provinciaux (1922) et la Police de la route (1938). Malgré les fusions, la nouvelle Sûreté provinciale (depuis 1938) reste séparée en plusieurs branches et les uniformes gardent une couleur et une forme spécifiques à chacune d’entre elles.
C’est pour réunir une Sûreté provinciale plutôt hétéroclite sous une identité rassembleuse et un symbolisme fort que les dirigeants créent un drapeau à la fin des années 1950. On y appose ainsi l’emblème de l’organisation en son centre et on représente en canton l’archange saint Michel, patron universel des policiers, terrassant le dragon.
En 1962, dans la foulée des réformes des années 1960, on instaure un uniforme et une couleur unique, le vert, à tous les policiers de la Sûreté provinciale. Le but avoué de ce changement est d’unifier le corps de police et d’insuffler de la fierté à ses policiers. Cette nouvelle couleur, tout comme l’emblème, deviendra rapidement reconnue et identitaire pour l’organisation.
Le drapeau s’adapte promptement à cette nouvelle réalité. Dans les années 1970, le drapeau de la Sûreté du Québec se compose d’une bande verte au guindant et au flottant, ainsi que d’une bande blanche en son centre arborant l’emblème de l’organisation entouré de feuilles de laurier. Cette bande blanche est remplacée en 1980 par une bande jaune et par les emblèmes organisationnels subséquents ; par exemple, celui de 1983 affichant la devise de la Sûreté du Québec.
L’apparition d’un drapeau organisationnel et l’adaptation de celui-ci aux valeurs fondamentales et aux particularités de la Sûreté du Québec évoluant au fil du temps démontre l’importance qu’il revêt pour les employés travaillant sous son égide. Par le fait même, il joue son rôle en suscitant la fierté et la cohésion nécessaires à l’efficacité opérationnelle de l’organisation.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Dans les organisations militaires et paramilitaires, la nomination d’un aumônier d’office est chose courante. Au cours de son histoire, la Sûreté du Québec n’a pas fait exception à la règle.
Pour l’organisation, le rôle de l’aumônier consiste à apporter son soutien et à prodiguer des conseils moraux et spirituels aux policiers dans leur travail quotidien, bien souvent ponctué de situations émotionnellement difficiles. L’aumônier est disponible de jour comme de nuit pour ses ouailles. De plus, il préside des cérémonies officielles, telles que les assermentations de recrues, les cérémonies de reconnaissance ou encore, les cérémonies de commémoration des policiers morts en devoir et les funérailles civiques de policiers morts en devoir. Sa grande disponibilité pour les policiers ainsi que sa présence aux cérémonies officielles font de lui un symbole protocolaire important de l’organisation.
Début d’une aumônerie
C’est au milieu des années 1930 qu’on retrouve les traces d’un premier aumônier au sein des forces policières provinciales. Vers 1931, l’abbé Oscar Valiquette devient aumônier du Club social des policiers de la circulation et, par la suite, du service de la Circulation provinciale. Lui succède dans cet office, en mars 1938, l’abbé Henri A. Gaboury.
Avec la mise en application de la « Loi relative à la Sûreté provinciale » le 8 mai 1938, la création d’une nouvelle Sûreté provinciale du Québec regroupant les trois grands corps de police provinciale (Police provinciale, Police de la route et Police des liqueurs) bouleverse le paysage policier du Québec. Le chapelain du service de la Circulation provinciale (Police de la route) se retrouve intégré à la nouvelle entité. La Sûreté provinciale voulant se doter d’une aumônerie, elle nomme l’abbé Henri A. Gaboury aumônier général le 19 septembre 1938. Il occupera ses fonctions jusqu’en 1940, où il sera remplacé par le père Pierre Trudel.
Le 3 octobre 1943, à la demande du lieutenant-colonel Léon Lambert, directeur adjoint à Québec, Son Éminence le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve instaure une aumônerie dans le district de Québec. C’est à partir de ce moment qu’on retrouvera un aumônier pour chacun des districts de la Sûreté provinciale, soit Montréal et Québec.
Le premier aumônier du district de Québec, l’abbé Georges Laberge, est nommé le 21 septembre 1943, quelques jours avant la création de la nouvelle aumônerie. Sa nomination précoce est directement liée avec la mise en place d’une retraite spirituelle précédant l’inauguration officielle. Selon le souhait du directeur adjoint Lambert, cette récollection était obligatoire pour tous les employés de confession catholique du district.
L’abbé Laberge reste en poste jusqu’à sa mort en décembre 1951. Le poste vacant est ensuite occupé par l’abbé Lomer Gagné. L’office est par la suite octroyé à l’abbé Raymond Lavoie vers 1957 et à l’abbé Raymond Mercier vers 1958. Après une année à titre d’aumônier suppléant, l’abbé Lucien Ouellet est nommé aumônier de la Sûreté provinciale à Québec le 18 octobre 1964. Il garde cette fonction jusqu’en 1977.
Malgré l’instauration de la nouvelle aumônerie à Québec, le père Trudel continue son office dans le district de Montréal jusqu’en 1951. À son départ, on nomme le père Arthur Dubois aumônier de la Sûreté provinciale pour Montréal. Il sera remplacé en 1968 par le père Florimond Noiseux jusqu’à la retraite de ce dernier en 1977.
Centralisation de l’aumônerie
Avec le départ du père Florimond Noiseux en 1977, la Sûreté du Québec prend la décision de nommer l’abbé Lucien Ouellet aumônier de l’ensemble de l’organisation. Il occupe le poste jusqu’à la fin de son contrat, soit le 2 avril 2018, date de l’abolition du poste d’aumônier. Tout au long de sa carrière dans l’organisation, l’abbé Lucien Ouellet obtient successivement le grade de capitaine, d’inspecteur (1987) et finalement d’inspecteur-chef (1995). Il porte l’uniforme et les insignes du grade qui lui est attribué. Il détient par ailleurs de nombreuses décorations, notamment la Médaille de la police pour services distingués (avec barrettes).
Les 53 années de loyaux services du dernier aumônier de l’organisation représentent plus de la moitié des 80 années d’existence d’une aumônerie à la Sûreté du Québec. Au cours de ses nombreuses années d’office, l’abbé Lucien Ouellet a vu défiler des milliers de policiers sous le directorat de treize dirigeants, en commençant par le directeur général Josaphat Brunet en 1964, jusqu’au directeur général Martin Prud’homme, en 2018.
Retraite spirituelle et saint patron
Dès sa nomination comme aumônier général de la Sûreté provinciale, l’abbé Henri A. Gaboury propose une récollection à l’intention des employés de l’organisation lors de la semaine sainte de 1939. Ce type de retraite fermée devait permettre aux policiers de se ressourcer et de se livrer à une introspection dans un cadre religieux. Elle donna lieu à plusieurs autres séances durant la période pascale les années subséquentes.
L’année 1939 ne voit pas seulement le début des retraites fermées à la Sûreté provinciale, mais également le début d’une longue odyssée pour offrir un saint patron à l’organisation, qui se terminera par une nomination internationale. Tout commence par la nomination de l’archange saint Michel comme saint patron de l’Association des chefs de police et de pompiers de la province par Son Éminence le cardinal Villeneuve le 20 juillet 1939. En procédant à cette nomination, le prélat acquiesce à la demande faite par le lieutenant-colonel Léon Lambert de choisir un protecteur céleste pour ses hommes. Cependant, pour le lieutenant-colonel Lambert et Son Éminence le Cardinal Villeneuve, ce choix se devait d’être ratifié par le souverain pontife. Après l’envoi d’une demande de ratification par le prélat de Québec et plusieurs années de réflexion, Sa Sainteté Pie XII proclame l’archange saint Michel patron universel des policiers du monde entier le 9 mai 1950. C’est donc une initiative québécoise qui est à l’origine de cette nomination internationale.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
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Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
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Normand Proulx devient directeur général de la Sûreté du Québec
25 juin 2003
Normand Proulx est directeur général de la Sûreté du Québec de 2003 à 2008.
Policier de carrière, monsieur Proulx est entré à la Sûreté du Québec en 1973. Nommé caporal en 1985, il devient sergent en 1986 et dirige le poste de La Sarre. Promu lieutenant, il assume la direction de la protection des personnalités en 1988. En 1992, il est nommé capitaine et il est responsable de la planification des opérations en sécurité routière, puis chef du Service des relations avec les municipalités à Montréal. Après avoir été promu inspecteur en 1993, il dirige le Bureau de la surveillance du territoire du district de Montréal. En 1995, il obtient le grade d’inspecteur-chef et est nommé commandant de ce district. En 1996, il est nommé directeur général adjoint de la Grande fonction du développement et des affaires institutionnelles. Il est promu directeur général le 25 juin 2003.
Monsieur Proulx a acquis une formation en administration et en comptabilité à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de l’Université de Montréal. Il est diplômé en gestion supérieure du Centre international de recherches et d’études en management affilié à l’École des hautes études commerciales. Il est directeur général de la Sûreté du Québec jusqu’en juillet 2008.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Yves Morency devient directeur général par intérim de la Sûreté du Québec
6 décembre 2017
Yves Morency est directeur général par intérim de la Sûreté du Québec de décembre 2017 à décembre 2018.
Policier de carrière, Yves Morency débute comme patrouilleur en 1977 au service de police de la ville de Longueuil. En 21 ans de service au sein de cette organisation, Yves Morency y exerce plusieurs fonctions et grades dont sergent aux opérations stratégiques, sergent aux enquêtes criminelles, lieutenant, inspecteur et inspecteur administratif (assistant directeur). En 1998, il quitte la ville de Longueuil pour accepter le poste de directeur du Service de la sécurité publique de Saint-Eustache, qu’il occupe jusqu’en 2011. Approché par le ministère de la Sécurité publique du Québec en 2011, Yves Morency accepte le poste de sous-ministre associé à la Direction générale des affaires policières où il mène de main de maître d’importants dossiers stratégiques, dont plusieurs associés au domaine des enquêtes criminelles.
En novembre 2014, il quitte son poste de sous-ministre pour se joindre à l’État-major de la Sûreté du Québec en tant que directeur général adjoint de la Grande fonction de l’administration. Il est par la suite nommé directeur général adjoint de la Grande fonction des enquêtes criminelles, fonction qu’il assure de 2015 à 2017. À ce titre, il a notamment été responsable des enquêtes sur le crime organisé et sur les crimes contre la personne. En 2017, il devient directeur général adjoint exécutif avec comme principale responsabilité la négociation du contrat de travail des policiers. Mandaté pour remplacer le directeur général, Martin Prud’homme, prêté au Service de police de la Ville de Montréal, Yves Morency devient donc directeur général par intérim de décembre 2017 à décembre 2018. Au retour de Martin Prud’homme, Yves Morency est reconduit dans ses fonctions de directeur général adjoint exécutif, et ce jusqu’à sa retraite en avril 2021.
Détenteur d’un diplôme d’études supérieures en administration policière supérieure du Collège canadien de la police (1986) et d’un certificat en gestion des ressources humaines de l’Université du Québec à Montréal (1993), Yves Morency est également officier de l’Ordre du mérite des corps policiers depuis le 4 janvier 2018 ainsi que récipiendaire de la deuxième barrette (40 ans de service) de la Médaille de la police pour services distingués depuis le 17 juillet 2020.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
Léon Lambert devient chef de la Division de Québec
18 mai 1932
La mort du chef Augustin McCarthy en 1932, à l’âge de 75 ans, permet au gouvernement de donner à la Division de Québec une direction aussi solide que celle de Montréal. Léon Lambert, un militaire, devient en mai 1932 chef de la Police provinciale de la Division de Québec. Ancien lieutenant-colonel de milice et comptable, il est un partisan de la discipline et de l’apparat.
« Désintéressement, loyauté, détermination » est sa devise. Comptable de formation, il a servi dans l’administration militaire avant d’être nommé superviseur financier pour le département fédéral de l’impôt sur le revenu à Québec. En quelques années, il fait de la Police provinciale une gendarmerie disciplinée et efficace, qui sera à l’œuvre dans la plupart des conflits de travail de l’époque.
À son arrivée en poste, Léon Lambert dit constater les effets de la négligence des années précédentes : « aucun contrôle, aucune discipline, un corps absolument inefficace, un corps sans âme et sans tête ». Il suggère une première solution, soit l’application de la discipline et un entraînement régulier de type militaire. « On vous l’a dit. Je suis un partisan de la discipline rigide et je vous prie de croire que je la maintiendrai, mais vous serez traités avec justice », déclare-t-il à ses hommes. Une seconde solution consiste dans un suivi strict des policiers et des recrues. Leur productivité ainsi que divers aspects de leur personne, allant de l’intelligence à la tenue, sont évalués. De l’aveu de Léon Lambert, ces remèdes ne sont toutefois pas sans créer des tensions, et même des intrigues et complications.
L’arrivée des années 1960 et de la Révolution tranquille amène de profonds changements à la Sûreté provinciale, notamment la nomination d’un nouveau directeur général, Josaphat Brunet, un ancien officier supérieur de la Gendarmerie royale du Canada. Il a pour mandat d’effectuer un ménage dans les rangs de la Sûreté provinciale de même qu’une réforme des façons de faire de l’organisation.
Le 1er mars 1961, Léon Lambert, une quasi-légende pour plusieurs, est transféré au ministère du Procureur général (Justice) à titre de conseiller technique. Il a passé presque 30 ans comme chef de la division de Québec. Son legs à la Sûreté provinciale demeure la mise en place d’une première structure véritablement disciplinée et paramilitaire ainsi que les prémices de la professionnalisation des effectifs policiers.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Mario Laprise devient directeur général de la Sûreté du Québec
13 novembre 2012
Monsieur Mario Laprise est directeur général de la Sûreté du Québec d’octobre 2012 à août 2014.
Mario Laprise a d’abord été policier à la Sûreté du Québec pendant près de 26 ans, soit de 1979 à 2005. Au cours de ces années, il a exercé différentes fonctions de patrouilleur, d’enquêteur et d’officier. Il a, entre autres, été capitaine responsable de l’Escouade Carcajou (1996-1998) et responsable du Service des enquêtes sur les projets conjoints (1998-2005), à titre d’inspecteur. À cet égard, il a été coordonnateur provincial de la lutte au crime organisé et a contribué à l’implantation de sept escouades régionales mixtes, symboles de partenariats policiers. Il a de plus été un acteur-clé de la coordination de l’opération policière connue sous l’appellation de « Printemps 2001 ».
Approché par Hydro-Québec en 2005, monsieur Laprise a accepté de relever les nouveaux défis qu’on lui a présentés et de prendre en charge la Direction de la sécurité industrielle, et ce, jusqu’à son retour à la Sûreté du Québec en tant que directeur général. Il s’est alors démarqué par sa vision stratégique du concept de sécurité de l’entreprise. Au cours de ces années, il a aussi réalisé des études de maîtrise en administration publique dans le domaine de la gestion, de même que des études diversifiées en fonction de spécialités policières recherchées.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Josaphat Brunet devient directeur de la Sûreté provinciale
15 août 1960
Josaphat Brunet est le dirigeant de la Sûreté provinciale de 1960 à 1965. Il porte le titre de directeur de la Sûreté provinciale jusqu’en 1961, puis directeur général de la Sûreté provinciale jusqu’en 1965.
Nommé à l’âge de 58 ans, monsieur Brunet assume le poste durant un peu plus de cinq ans. Il est secondé par le directeur général adjoint Léopold Trottier, à Montréal, et par les directeurs adjoints Jean-Paul Dessureau, à Montréal, et Lucien Descent, à Québec. Policier retraité de la Gendarmerie royale du Canada, il devient chef de la sécurité à la Banque canadienne nationale avant d’être nommé à la Sûreté provinciale, en août 1960. Il décède le 6 juillet 1974 à l’âge de 71 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Jeux olympiques de Montréal
17 juillet 1976
C’est à Montréal, en 1976, que se déroule la XXIe Olympiade de l’ère moderne, la première ayant lieu au Canada. La Sûreté du Québec, mais aussi le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes ont un rôle important à jouer pour la sécurité des Jeux.
Munich
L’étude de la sécurité des Jeux de Munich en 1972 permet aux forces policières d’apprécier l’ampleur de la tâche qui les attend. Malgré la vaste organisation sécuritaire mise en place à ces jeux, des attentats ont lieu, et onze athlètes et accompagnateurs israéliens ainsi qu’un policier allemand sont tués. Puisqu’on ne veut pas que ces événements se répètent, la sécurité aux Jeux de Montréal devient primordiale.
Opération Olympique 1976
C’est en 1973 que débute officiellement la planification de la sécurité des Jeux de Montréal sous l’appellation « Opération Olympique 1976 ». Pour l’occasion, la mission des forces policières n’a pas été modifiée, mais les circonstances amplifient la tâche. Il faut sécuriser les points névralgiques et prévoir tous types d’agressions possibles.
Pour ce faire, la Sûreté du Québec aborde le problème à partir de la structure normale de l’organisation, qui se modifie d’elle-même lors d’événements d’urgence. Chacune des directions de la Sûreté du Québec joue le rôle qui lui est assigné en temps normal et lors d’événements d’urgence.
Pour compléter cette structure, des éléments de soutien et des éléments opérationnels répondant à des besoins spécifiques sont ajoutés tels que le Centre de logistique et le Centre de coordination. Ce dernier est le point central où convergent tous les rapports sur la situation de tous les sites et sur le déroulement général des Jeux.
Innovations et coopérations
Cette opération est l’occasion de mettre en place quelques nouveautés et de renforcer la coopération policière au Québec. En effet, la Sûreté du Québec, en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada, les Forces armées canadiennes et l’Office des autoroutes, doit sécuriser la zone d’insécurité précédant l’atterrissage ou suivant l’envol d’un avion transportant des athlètes ou des personnes importantes. Le but étant d’éviter les attentats au missile contre les avions allant et venant de l’aéroport de Mirabel, l’efficacité entre les collaborateurs et les intervenants est primordiale.
Le contrôle des armes à feu est aussi un enjeu de taille lors de cette Olympiade. En effet, 428 athlètes participent aux différentes compétitions de tir à la cible. L’innovation est nécessaire, car il n’y a aucun précédent de contrôle des armes à feu dans une telle situation au Canada. Un système à la fois efficace et pratique est mis en place en accord avec les fédérations nationales et le Comité principal de sécurité publique des Jeux olympiques.
À l’entrée au Canada, les armes à feu appartenant aux athlètes sont prises et conservées sous la garde de la Sûreté du Québec jusqu’à leur sortie du pays. Les athlètes ont accès en tout temps à leurs armes, mais ne peuvent les utiliser que dans des zones définies et contrôlées.
C’est également à l’occasion des Jeux olympiques que la Sûreté du Québec utilise pour la première fois des postes de commande mobiles. Plusieurs de ces postes sont déployés sur les différents sites de compétition afin d’aider à la gestion de la sécurité sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Pour contrer les menaces les plus sérieuses lors des Jeux olympiques, la Sûreté du Québec met en place son propre Groupe tactique d’intervention temporaire formé d’une équipe multidisciplinaire mise sous un même commandement. Durant les Olympiques, cette unité temporaire est présente 24 heures par jour durant 50 jours. En plus de se tenir prête à toute intervention, elle seconde les services de sécurité à Bromont durant les sports équestres. Ceux-ci requièrent une sécurité spéciale, car ils mettent en vedette une athlète royale : la princesse Anne de la famille royale britannique.
Parcours de la flamme olympique
Quelques jours avant l’ouverture de la XXIe Olympiade, la flamme olympique est allumée et relayée d’Olympie à Ottawa et, par la suite, à Montréal. Pour souligner la contribution importante de la Sûreté du Québec dans l’organisation de la sécurité des Jeux de Montréal, le directeur général Jacques Beaudoin et l’équipe de la Sûreté du Québec ont l’honneur de porter le flambeau au kilomètre 150 du parcours de la flamme olympique en terre canadienne. Pour ce moment historique, le porteur officiel de l’équipe de la Sûreté du Québec est le caporal Robert Auger.
Finalement, la sécurité des Jeux de Montréal a impliqué 16 000 policiers et soldats sur 27 sites de compétition. Sur les 16 000 personnes impliquées dans la sécurité des Jeux, 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont présents dans la région métropolitaine seulement. Avec un tel déploiement pour la sécurité et une planification minutieuse de la part des intervenants, les Jeux olympiques de Montréal sont encore considérés aujourd’hui comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Philippe Aubé devient chef de la Police provinciale
5 septembre 1936
Philippe Aubé est chef de la Police provinciale de 1936 à 1937.
Âgé de 39 ans lors de sa nomination à titre temporaire, monsieur Aubé, un avocat de formation, demeure en poste durant un an. Il est secondé par Léon Lambert à Québec. Il est nommé juge de la Cour du bien-être social en 1957. Le 26 juillet 1961, il décède à l’âge de 64 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Robert Lavigne devient directeur général de la Sûreté du Québec
1er novembre 1988
Robert Lavigne est directeur général de la Sûreté du Québec de 1988 à 1995.
Âgé de 46 ans lors de sa nomination en 1988, monsieur Lavigne occupe la fonction de directeur général pendant sept ans. Il entreprend sa carrière de policier à la Sûreté du Québec en 1962. C’est l’Abitibi-Témiscamingue qui l’accueille pendant une quinzaine d’années. À partir de 1977, il est successivement conseiller en police autochtone, commandant adjoint au district de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nouveau-Québec, commandant au district de l’Outaouais, responsable du Service de l’emploi et du placement à Montréal et responsable du Service des mesures d’urgence. En 1986, il est promu directeur général adjoint à la Surveillance du territoire puis, en 1987, adjoint exécutif du directeur général.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
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