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Les policiers provinciaux portent un nouvel écusson d’épaule
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Jusqu’au tout début des années 1960, le Quartier général de la Division de Québec, situé au 300, boulevard Saint-Cyrille, était reconnu pour abriter une exposition d’objets plutôt inusités. C’est à la demande du chef divisionnaire, le lieutenant-colonel Léon Lambert, qu’une section du corridor du rez-de-chaussée du bâtiment est aménagée en véritable cabinet de curiosités.
Le quartier-maître de l’époque, le lieutenant Rosaire Drolet, se voit donc confier la tâche monumentale de regrouper et d’exposer une collection rassemblant d’authentiques pièces à conviction. On y retrouve, entre autres, des armes à feu, des couteaux, des gourdins, des haches et même un lot d’objets récupérés lors d’une « descente » dans une fumerie d’opium, de la fausse monnaie et des machines à sous saisies lors du démantèlement de salons de jeux clandestins.
Certains de ces éléments sont reliés à des enquêtes bien connues du public. Il y a les objets ayant servi à infliger des sévices à Aurore Gagnon « l’enfant martyre », décédée en 1920. On y retrouve aussi la réplique de la bombe à retardement de l’affaire Albert Guay en 1949, ainsi qu’une trentaine de cordes de pendaison, dont celle de la dernière femme pendue au Canada, le 9 janvier 1953. Bref, ce lot d’objets représente de nombreuses enquêtes régionales effectuées par la division entre 1870 et 1961.
Malgré la place prépondérante donnée aux pièces à conviction dans l’exposition, le musée exhibait également une quantité non négligeable d’objets utilisés par les policiers de la division tels que des pièces d’uniforme, des insignes, des menottes, des matraques et des armes à feu de service.
Or, en 1961, les grandes réformes policières et la centralisation des pouvoirs à Montréal mènent à la fermeture du Quartier général divisionnaire. Le musée est donc démonté, emballé et transporté au nouveau Grand quartier général, alors situé au 360, rue McGill à Montréal. Malheureusement, les boîtes n’y ont jamais été ouvertes… Puis, en 1968, lors de l’occupation officielle de l’actuel Grand quartier général de Montréal, sur la rue Parthenais, les mêmes boîtes sont déménagées à nouveau, sans toutefois soulever de passion. Elles restent scellées et demeurent dans l’oubli général.
Ces boîtes ont été redécouvertes seulement en 1983. La quasi-totalité des traces reliant les objets à leurs crimes respectifs a disparu. Cependant, certaines informations permettent de contextualiser l’origine de ces objets mystérieux. Au total, ce sont environ 300 pièces historiques qui sont parvenues jusqu’à nous, et certaines sont les plus vieilles de la Collection patrimoniale de la Sûreté du Québec.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
La présence des policiers provinciaux sur l’ensemble du territoire de la province s’est faite de façon progressive tout au long de l’histoire de l’organisation. Les débuts de la Police provinciale sont marqués par un cantonnement des forces policières dans les deux grands centres urbains de la province, soit Québec et Montréal. Malgré une législation permettant l’envoi de détachements policiers en région pour le maintien de la paix et pour réprimer les troubles, une politique financière restrictive en la matière limite les interventions des constables aux seuls cas d’urgences. Cette situation perdure jusqu’au milieu des années 1920.
La colonisation de l’Abitibi-Témiscamingue
Au début du 20e siècle, des changements majeurs s’opèrent dans des régions éloignées comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l’Abitibi. Ces changements provoquent un développement rapide de ces régions basées sur l’exploitation des ressources naturelles. À partir de 1925, la Police provinciale doit envoyer des constables au Saguenay et en Abitibi pour y maintenir l’ordre. « Dans la plupart de ces régions, les constables ne sont pas établis en permanence, mais par alternance au gré des besoins et des saisons. À une exception près : l'Abitibi. » (Leclerc, 1989) C’est donc dans cette région éloignée que s’installe graduellement le premier détachement permanent de la Police provinciale hors de Québec et de Montréal.
Le peuplement de l’Abitibi s’effectue en deux phases : la phase rurale et la phase minière. La colonisation rurale commence dans les années 1910 avec la construction du chemin de fer National Transcontinental qui permet l’installation des premières paroisses agricoles et des premiers villages tels qu’Amos, La Sarre, Macamic et Senneterre. Cette colonisation agricole est également soutenue par l’exploitation forestière qui permet aux agriculteurs de travailler en forêt pendant les longs mois d’hiver pour compléter leurs revenus.
Quant à la colonisation minière, elle commence dans les années 1920 et se fait le long de la Faille de Cadillac. Le tout s'amorce avec la découverte d’importants gisements d’or et de cuivre par Edmund Horne sur les rives du lac Osisko en 1921. Cette trouvaille provoque alors une ruée vers l’or en Abitibi. L’arrivée massive d’aventuriers ainsi que de prospecteurs dans la région est à l’origine de l’apparition subite de villages de « squatters » tels que Rouyn, Val-d’Or et Roc-d’Or. De leur côté, les compagnies minières créent des villes qu’ils contrôlent entièrement afin de loger leurs employés et leurs cadres. C’est ainsi qu’on voit apparaître des villes comme Noranda, Bourlamaque et Malartic.
Les débuts de la Police provinciale en Abitibi-Témiscamingue
Une dichotomie s’installe entre les villes de compagnie et les villes de « squatters ». Les premières sont entièrement contrôlées par les compagnies; de l’urbanisme jusqu’à la gestion de la vie courante. Les secondes s’établissent de façon chaotique jusqu’à leur incorporation en ville. Cet établissement aléatoire les rend propices à la prolifération de la criminalité, de l’alcool illégal et de la prostitution.
Devant la montée du fléau criminel en Abitibi, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer une présence policière dans la région de Rouyn. C’est en 1925 que la Police provinciale répond aux demandes successives de l’abbé Lévesque, en mission à Rouyn au début de la même année, et de la compagnie Rouyn-Dasserat Goldfield Ltd., propriétaire du site où se sont installés les « squatters ». Deux constables sont alors envoyés par la Division de Québec, Éphrem Bégin et Michael Tobin. Ils prennent tout d’abord le train à Québec pour se rendre à Macamic. En attendant de pouvoir continuer leur chemin vers Rouyn, les deux constables entreprennent de recueillir des renseignements sur la vie et l’ambiance dans ce nouveau village. Ils demandent alors des renseignements auprès des villageois, du curé de la paroisse et de l’abbé Lévesques, de passage à Macamic. Selon une lettre du constable Bégin, tous à Macamic sont unanimes « […] Rouyn est une place très dure, sur tout [sic] les rapports […] il faudrait au moins 20 hommes et bien armés pour pouvoir faire une cause » (BAnQ, 08Y,P166,S1,D199,1925011).
C’est donc le 9 mars 1925 à 10 heures du matin que nos deux constables quittent Macamic à bord du traîneau du postillon Conrad Luneau. Accompagné dans leur voyage par l’abbé Lévesques, qui retourne à Rouyn pour une mission, ils arrivent le 10 mars en après-midi et ils mettent pied à terre devant l’Hôtel Osisko des frères Green. Selon les dires de l’abbé Lévesques, « Le tout Rouyn monté sur les bancs de neige assistait à l’arrivée. […] Les uns étaient contents, les autres moins. Les « bootleggers », les « gamblers », les tenancières furent mécontents prévoyant qu’un frein serait vite mis à leur important commerce. » (Leury, 1940, p.22)
Logés à l’Hôtel Osisko dès leur arrivée, les constables Bégin et Tobin entreprennent une tournée du village en uniforme le lendemain, question de faire comprendre à la population que la Police provinciale est maintenant présente. Le travail n’est pas facile pour les premiers policiers dans la région. Tout d’abord, ils sont aux prises avec une criminalité élevée. Selon leurs correspondances, il y a beaucoup de problèmes de prostitution, de jeux de hasard et d’alcool illégal dans la région. En effet, dans leurs lettres ils mentionnent la présence de 14 femmes de joie et l’arrivée par la poste de 25 sacs remplis de boisson pour une population d’environ seulement 300 personnes. À cette criminalité élevée, s’ajoutent des problèmes de communications avec le quartier général de la Division de Québec à certaines périodes de l’année telle le printemps où les chemins deviennent difficilement accessibles. Les premiers policiers ont également des problèmes logistiques puisqu’aucun poste de police ou prison n’existe à Rouyn à cette époque. D’ailleurs, ils se plaignent dans leurs rapports journaliers d’être obligés de recevoir les plaignants ou ceux qui ont des renseignements devant l’ensemble des clients de l’hôtel où ils vivent. Lors d’arrestations, ils doivent également garder à vue les prisonniers à l'hôtel et, puisqu’il n’y a pas de palais de justice à Rouyn, les transporter à Ville-Marie ou à Amos pour qu’ils soient jugés. Au bout de trois mois, les constables Bégin et Tobin sont remplacés par leurs homologues venus de Québec.
À partir de l’été 1925, les constables cantonnés à Rouyn vivent dans une maison de pension appartenant à Oliver Burke. Cette maison est située sur la rue Perreault, entre l’avenue Galipeau (aujourd’hui Larivière) et l’avenue Dufault (qui croisait la rue Perreault à l’époque). Ce n’est pas avant 1926 que les policiers provinciaux bénéficieront d’un poste de police et d’une prison. En effet, c’est entre le mois d’août et le mois d’octobre 1926 que la Police provinciale s’établit dans deux cabanes en bois ronds louées à la famille Dumulon. Elles sont situées sur les lots 56 et 57 juste à côté de l’ancien hôtel de ville et au coin de la rue Taschereau et de l’avenue du Portage. Trois policiers occupent ce premier poste de police à Rouyn : les constables de la Police provinciale John Power et Aimé Pettigrew ainsi qu’un inspecteur du Service de surveillance de la Commission des liqueurs.
La peur du communisme et la Patrouille de l’Abitibi
L’établissement des différents complexes miniers en Abitibi occasionne une colonisation cosmopolite de la région. Pour combler la grande demande d’ouvriers provoquée par le « boom » minier, les industries se tournent vers les immigrants de l’Europe de l’Est, travailleurs réputés dans le domaine minier. En plus des communautés canadienne-française et canadienne-anglaise, on voit donc s’établir d’autres communautés telles que les Finlandais, les Polonais et les Ukrainiens.
En réaction à la Grève générale de Winnipeg de 1919 et au bouillonnement ouvrier du début des années 1920 et 1930, le Canada se dote d’outils législatifs pour contrer ce type de désordre qualifié de « communiste ». L’implication du Parti communiste canadien dans les revendications ouvrières de l’époque étaye la peur du communisme qui s’installe au Canada. Rapidement, le Parti est considéré par les autorités comme un élément prônant des activités séditieuses et est déclaré illégal. Sa participation aux revendications du prolétariat en Abitibi et sa popularité parmi les immigrants récents, notamment ceux originaires d'Ukraine et de Finlande, pousse la Police provinciale à revoir son déploiement dans cette région.
C’est donc en 1932 que l’organisation décide d’établir d’une façon permanente son détachement en Abitibi. Pour ce faire, on octroie le nom officiel de « Patrouille de l’Abitibi » au détachement et on l’installe dans un nouveau bâtiment situé au coin de la 2e Avenue (aujourd’hui l’avenue Murdoch) et de la 8e Rue à Noranda. Un sous-officier est également déployé pour prendre en charge le détachement, il s’agit du sergent d’état-major Kenneth Turnbull. La Patrouille de l’Abitibi devient ainsi le premier poste permanent de la Police provinciale à l’extérieur des grands centres de Montréal et de Québec.
La Patrouille de l’Abitibi est rapidement mise à l’épreuve par trois événements marquants en trois ans. En 1932, la manifestation du Premier mai (Journée internationale des travailleurs) prend la tournure d’une émeute à Rouyn et à Noranda lorsque les manifestants refusent d’obéir aux forces de l’ordre et que le chef Lapointe de la police municipale de Rouyn est atteint par un projectile d’arme à feu. La Patrouille de l’Abitibi procède alors à une enquête sur les événements qui aboutit à l’arrestation de plusieurs personnes qualifiées de communistes. La crainte de débordements similaires lors de manifestations futures pousse le sergent d’état-major Turnbull, en collaboration avec le chef Lapointe, à faire fabriquer des bâtons de contrôle de foule pour ses constables.
En 1933, de nouveaux troubles surviennent dans la région de Rouyn. Ce sont les bûcherons de la Canadian International Paper Company (C.I.P.) du district de Clérion qui entrent en grève à la fin de l’automne. La chute du prix du bois depuis le milieu des années 1920 et le krach boursier de 1929 poussent les compagnies forestières à trouver des solutions pour diminuer leurs pertes. Partout en province, les bûcherons subissent des diminutions de salaire et une détérioration de leurs conditions de travail. Constatant la présence d’une certaine grogne chez les bûcherons du district de Clérion, quelques représentants syndicaux d’obédience communiste, provenant du nord de l’Ontario, se présentent dans les camps forestiers et prônent la grève afin d’améliorer le sort des travailleurs. Leurs paroles trouvent alors écho chez plusieurs bûcherons de ces camps. Au début décembre 1933, environ 400 grévistes convergent vers les bureaux de la C.I.P. à Noranda pour faire valoir leurs revendications. Le rejet de leurs demandes par la compagnie et la réouverture des camps forestiers par cette dernière poussent les grévistes à former une ligne de piquetage sur la route menant auxdits camps. Le but de cette ligne de piquetage : empêcher les ouvriers et les briseurs de grève de se rendre dans les installations de la compagnie.
La Police provinciale, par l’intermédiaire du sergent d’état-major Turnbull, intervient verbalement plusieurs fois auprès des grévistes pour faire respecter la loi. Pour le sergent d’état-major Turnbull, cette grève doit se dérouler légalement ou elle ne se déroulera pas du tout! Il en informe d’ailleurs Baillargeon, un des membres du comité de grève, tel qu’il le rapporte dans son rapport : « I sternly rebuked Baillargeon, telling him that in so far as I was concerned, this particular strike was going to be conducted legally or else not at all, and that if I received any more complaints whatsoever in regard to the picket lines, I would immediately ban all picketeting. » (Province de Québec. « Rapport sur la grève des bûcherons … », 1934, p. 1) Malgré les interventions de la compagnie C.I.P. pour que la Police provinciale procède à des arrestations rapidement, le sergent d’état-major Turnbull tente de les éviter autant que possible tout en veillant à ce que la loi soit respectée. Cependant, en dépit de plusieurs avertissements de la Police provinciale, le 11 décembre, 200 grévistes se rassemblent sur la ligne de piquetage et empêchent les ouvriers de se rendre dans les camps. Le non-respect de la loi par les grévistes pousse le sergent d’état-major Turnbull à l’action. Il rassemble ses hommes, les armes de ses nouveaux bâtons de contrôle de foule et se dirige vers la ligne de piquetage. On amorce alors des discussions avec les grévistes pour les inciter à se disperser. Devant leur refus, le magistrat Tardif, accompagnant la Police provinciale, entame la lecture de l’Acte des Émeutes : « Notre Souverain le Roi enjoint et commande à tous ceux ici présents de se disperser immédiatement et de retourner paisiblement à leurs domiciles ou à leurs occupations légitimes sous peine d'être déclarés coupables d'une infraction qui peut être punie de l'emprisonnement à perpétuité » (Catta, 1985, p. 43). Trente-deux minutes suivant cette lecture, la Police provinciale se déploie. Des gaz lacrymogènes sont laissés dans la foule et les policiers interviennent. Soixante et onze personnes sont arrêtées et ramenées à Rouyn. Une partie des contrevenants sont transférés à Ville-Marie par avion pour leur procès alors qu’une autre partie est jugée à Rouyn et à Amos.
En 1934, la première grève de mineurs en Abitibi éclate à la mine Horne à Noranda. Elle portera le nom de « grève des Fros ». Seulement une partie des travailleurs de la mine sont impliqués, soit 300 des 1 400 employés. Ces grévistes sont majoritairement des travailleurs immigrants, d’où l’appellation de « Fros » (dérivé du mot Foreigner), rattachés à la Mines Workers Union of Canada, syndicat affilié à la ligue communiste Workers Unity League. Leurs revendications : « […] reconnaissance du droit d'adhérer à un syndicat, observance de la journée de 8 heures sous terre, amélioration de la ventilation, réembauche des militants syndicaux congédiés, augmentation de 10 % des salaires et paiement du surtemps à taux et demi » (Gourd, 2021). Rapidement déclarée illégale par les autorités, la Police provinciale, la Gendarmerie royale du Canada ainsi que les corps de police municipaux de Rouyn et de Noranda interviennent auprès des grévistes. La grève des « Fros » est brisée en seulement 10 jours par de nombreux facteurs tels que : la présence massive des policiers, « […] la proclamation de la loi d'émeute, l'embauche de briseurs de grève parmi les chômeurs de la ville, l'arrestation des organisateurs du syndicat et le congédiement par la mine de centaines d'immigrants » (Gourd, 2021). Les grévistes n’obtiennent aucun gain lors de cette grève, cependant ils ouvrent la voie aux revendications ouvrières dans les mines de l’Abitibi.
Réorganisation à la Sûreté provinciale
Coup sur coup, plusieurs changements viennent chambouler la Patrouille de l’Abitibi. Le tout débute en 1936 par le déménagement du poste de Noranda dans une construction neuve située au 142, chemin Trémoy à Noranda, au coin de la 10e Rue. Par la suite, la nomination du lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze à la tête de la Police provinciale le 1er octobre 1937 ouvre la porte à des changements majeurs dans la structure de l’organisation. Le lieutenant-colonel Piuze s’inspire du modèle de la Gendarmerie royale du Canada et décide d’installer des postes et des avant-postes permanents dans plusieurs districts judiciaires de la province. Le but derrière cette décision est de diminuer les frais de déplacement du personnel et d’assurer une présence policière sur tout le territoire avec le moins d’hommes possible, tout en offrant un service efficace. Dans les régions de l’Abitibi et du Témiscamingue, cette expansion territoriale se traduit par la création de plusieurs postes et avant-postes. C’est donc à partir de 1937 que des détachements s’établissent dans les villes de Val-d’Or (temporairement à Sullivan, puis déménagé à Bourlamaque la même année), Amos, Kewagama (Cadillac), Malartic, La Sarre, Senneterre, Ville-Marie et Belleterre. À ces nouveaux détachements, s’ajoute celui de Noranda, toujours en fonction. C’est donc la fin de la Patrouille de l’Abitibi exclusive à Noranda.
La nomination de Marcel Gaboury à la tête de la Sûreté provinciale en février 1940 annonce encore de nouveaux changements au sein de l’organisation. Sous la gouverne du nouveau directeur, une réorganisation s’amorce et vient chambouler l’ordre établi en Abitibi depuis 1937. En effet, en plus d’une diminution du nombre de postes, le quartier général de la région est transféré à Amos et tombe sous la gouverne d’un lieutenant qui contrôle l’entièreté de l’Abitibi et du Témiscamingue. Ce lieutenant se rapporte directement à la Division de Montréal, car depuis le 1er septembre 1938, la région de l’Abitibi est passée officiellement de la Division de Québec à celle de Montréal. Étant donné leur situation de régions éloignées, l’Abitibi et le Témiscamingue font chambre à part en matière de gestion des effectifs. Contrairement aux autres districts, les policiers travaillant en Abitibi et au Témiscamingue sont des résidents permanents de ces régions. Dans les autres districts, un système de roulement d’effectifs est mis en place, ce qui est considéré comme plus efficace par l’État-major de l’époque.
En 1942, les villes de Rouyn et de Noranda obtiennent leur district judiciaire : le district judiciaire de Rouyn-Noranda. Depuis leurs débuts, les deux villes sœurs sont sous la dépendance du district judiciaire de Pontiac mais possèdent également une relation particulière avec le district judiciaire d’Amos. En prenant en considération le tribunal installé dans l’hôtel de ville de Rouyn, la gestion des prévenus entre Rouyn, Amos et Ville-Marie (Pontiac) devenait chaotique. La création de ce nouveau district judiciaire simplifie la chose et mène à la construction d’un premier Palais de justice à Rouyn 13 ans plus tard. Inauguré en 1955, ce palais de justice héberge également la Sûreté provinciale et la Police des liqueurs dans de nouveaux locaux au sous-sol de l’édifice.
La création d’un district régional
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage apporte un vent de changement sur le Québec. La société est en pleine ébullition, et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’Abitibi-Témiscamingue. En effet, vers 1961, la région passe sous l’autorité de la Subdivision de Hull et transfère son quartier général d’Amos à Rouyn. Le choix de Rouyn fut judicieux, car en 1966, le gouvernement du Québec officialise la nomination de Rouyn-Noranda comme chef-lieu de la nouvelle région administrative du Nord-Ouest (ancien nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue). « Les principaux atouts qui ont joué en faveur de Rouyn-Noranda sont l'importance de sa population, sa position géographique au cœur de la région et son rôle de carrefour des communications entre le Témiscamingue, la zone minière de la Faille de Cadillac et l'Abitibi rural [sic]. » (Laquerre, 2021) Depuis le début des années 1960, le quartier général de la région est situé à Rouyn-Noranda sauf pour un intermède d’un an, en 1970, où le quartier général est déplacé à Val-d’Or. Par ailleurs, en1968, juste avant ce transfert, l’organisation déménage ses effectifs du Palais de justice de Rouyn à l’ancien Hôtel Georges situé au 87, rue Gamble Ouest à Rouyn.
« En 1968, une étude administrative d’envergure est confiée à la firme Raymond Ducharme et associés. Le mandat : proposer la mise en place d’une expertise administrative moderne à la Sûreté du Québec et façonner une ‘’force policière à caractère professionnel’’. Le rapport principal est publié le 17 juillet 1968. Celui-ci […] recommande [notamment] la création de trois niveaux hiérarchiques. Le niveau d’administration centrale déterminerait les grands objectifs de la Sûreté du Québec et approuverait les politiques élaborées par ses services spécialisés. Le niveau régional, appelé district, jouirait d’une grande autonomie de gestion opérationnelle et administrative, en plus de disposer de ressources suffisantes pour répondre rapidement et adéquatement aux besoins régionaux. Enfin, à l’échelle locale, le poste, qui deviendrait le premier niveau d’intervention où seraient concentrés les services de première ligne, serait chargé d’assurer la protection du territoire et de répondre aux besoins de la population. » (Beaudoin, 2024)
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie donc à mettre en œuvre les recommandations du rapport Ducharme. Après une période d’essai dans les districts pilotes du Bas-Saint-Laurent et de l’Estrie, c’est à l’ensemble de la province que le modèle est appliqué. En 1973, on inaugure donc les autres districts. Dans le cas de l’Abitibi-Témiscamingue, le district est inauguré le 16 juillet 1973 sous le nom de District du Nord-Ouest.
Dans les années 1970, le développement hydro-électrique du Nouveau-Québec vient modifier la desserte de la Sûreté du Québec dans cette région. La Sûreté provinciale établit ses premiers postes au Nouveau-Québec à Fort-Chimo (1962) et Poste-de-la-Baleine (1965). Un troisième poste est établi en 1973 à Fort-Georges. Ces trois postes sont hiérarchiquement situés sous la Division ou le District (selon l’époque) de Montréal jusqu’en 1976. La signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois en 1975 provoque un changement de structure au sein de la Sûreté du Québec. En 1976, l’organisation décide de regrouper les postes de l’Ouest québécois concernés par la Convention sous le District du Nord-Ouest. Les postes de Poste-de-la-Baleine et Fort-Georges passent donc sous l’égide de Rouyn-Noranda. Pour sa part, le poste de Fort-Chimo passe du District de Montréal au District de la Côte-Nord la même année. Fait intéressant, la création du Service de sécurité publique de la municipalité de la Baie-James en 1972 et l’ampleur du projet hydro-électrique de la Grande Rivière, poussent la Sûreté du Québec à déménager le poste de Fort-Georges à Radisson le 18 mai 1976. En 1979, la Sûreté du Québec change le vocable du poste de Fort-Chimo en « poste de Kuujjuaq » et le transfère au District du Nord-Ouest.
Au tournant des années 1980, quelques changements sont effectués en Abitibi-Témiscamingue. En 1978, un nouveau déménagement du poste de Rouyn et du quartier général du District du Nord-Ouest est effectué. Les bureaux de la Sûreté du Québec à Rouyn passent de l’ancien Hôtel Georges à l’ancien bâtiment de l'École des infirmières de Rouyn et Noranda situé au 1, 9e Rue à Noranda. En 1981, c’est le nom du district qui change. Pour se conformer au changement du nom de la région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue et pour refléter l’ajout de la région administrative du Nouveau-Québec dans le district, ce dernier prend le nom de District de l’Abitibi-Témiscamingue et Nouveau-Québec. C’est le début de l’utilisation du fameux acronyme A.T.N.Q. qui perdure encore aujourd’hui.
En 1998, on procède une nouvelle fois à un changement de nom pour le district. Il devient le District de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord du Québec. Cette nouvelle appellation s’arrime avec le nouveau nom de la région administrative du Nouveau-Québec, qui porte le nom de Nord-du-Québec depuis 1987.
« Au début des années 2000, l’adoption de la « Loi concernant l’organisation des services policiers » par le gouvernement du Québec modifie la desserte policière de la Sûreté du Québec. Les nouvelles mesures présentes dans cette loi, qui obligent les corps de police municipaux à offrir des services policiers d’un niveau requis par la population qu’ils desservent, poussent plusieurs municipalités à se tourner vers la Sûreté du Québec pour assurer une présence policière sur leur territoire. » (Beaudoin, 2024) C’est dans ce contexte que la Sûreté du Québec intègre trois corps de police municipaux en Abitibi-Témiscamingue. En 2002, ce sont le Service de police d’Amos et la Sécurité publique de Val-d’Or qui se joignent à la Sûreté du Québec. Puis, en 2003, c’est le Service de police de la Ville de Rouyn-Noranda qui est intégré dans le corps de police provinciale. En tout, ce sont 97 policiers et 23 employés civils qui ajoutent leur expertise à l’organisation.
En 2000, un nouveau bâtiment gouvernemental est construit à Rouyn-Noranda pour accueillir le quartier général du district qui quitte ses locaux du 1, 9e Rue. Situé au 205, boulevard Rideau, le nouveau bâtiment accueille également le poste de Rouyn-Noranda lors de l’intégration du corps de police municipale de la ville en 2003.
L’Abitibi-Témiscamingue au sein du District Nord
« En 2016, une nouvelle réorganisation des districts est entreprise. L’organisation territoriale de la Sûreté du Québec passe de dix districts et quinze régions à quatre districts et huit régions. Cette nouvelle structure permet l’optimisation des processus et l’élimination de la gestion en silos qui étaient devenus l’apanage de l’ancien régime. » (Beaudoin, 2024) En Abitibi-Témiscamingue, ces changements se traduisent par la fusion de trois districts en un seul. Les districts de l’Abitibi-Témiscamingue – Nord-du-Québec, du Saguenay – Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord deviennent le District Nord. L’Abitibi-Témiscamingue devient alors une région du nouveau district et conserve son quartier général de région à Rouyn-Noranda. Cependant, le quartier général du district déménage à Saguenay.
L’histoire de la Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue est une histoire de résilience, d’adaptation et de passion. À travers les époques, les policiers déployés ont dû faire preuve de résilience face aux défis d’une région en pleine colonisation où tout était à faire. Ils ont été obligés de s’adapter aux différents changements vécus au fil du temps et aux grandes distances à parcourir dans le cadre de leur travail. Mais surtout, ils ont eu une passion certaine pour la région et pour sa population.
La Sûreté du Québec en Abitibi-Témiscamingue, c’est plus de cent ans de sécurité civile.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2025
Dès la création de la Police provinciale, en 1870, ses policiers sont formés sur un modèle militaire basé sur l’infanterie, ce qui les habitue aux rudiments de l’apparat et à la bonne tenue vestimentaire. À partir des années 1930 et jusqu’aux années 1960, le port de la tenue bleu foncé à col fermé était presque quotidien. Des accessoires d’apparat blancs comme le ceinturon de cuir, les gants et le chapeau d’inspiration britannique Wolseley ont été ajoutés pour les cérémonies.
En 1967, dans le cadre de l’Exposition universelle à Montréal, alors que tous les regards sont tournés vers le Québec, la garde d’honneur de la Sûreté provinciale fait sa dernière apparition. Plusieurs facteurs ont contribué à sa disparition, tels que le besoin d’harmoniser la couleur du costume d’apparat aux nouvelles couleurs de la Sûreté provinciale, soit le vert olive. Aussi, en cette période de profonde réorganisation à la Sûreté du Québec, qui coïncide avec la syndicalisation des policiers, les coûts associés au maintien des groupes d’apparat ont eu raison de ce symbole issu du monde militaire. Au cours des années suivantes, les membres des unités d’urgence dans les districts ou à Montréal et à Québec se voient confier le rôle de membres de la garde d’honneur. À cette époque, les accessoires d’apparat ornementant la tunique vert olive sont de couleur jaune.
Il a fallu attendre presque 40 ans avant qu’une nouvelle garde d’honneur soit mise sur pied dans la foulée d’un retour aux valeurs patrimoniales suscité par le directeur général Normand Proulx. C’est en 2004, dans le district Mauricie-Centre-du-Québec, qu’une nouvelle garde d’honneur se met en place au sein de la Sûreté du Québec. Deux policiers formés dans la tradition des exercices militaires, Jocelyn Descent et Yves Roussel, ainsi que le commandant du district Yves Guay sont à l’origine de cette renaissance. Fidèle à la tradition militaire, une nouvelle structure officielle de commandement de la garde d’honneur est mise en place en 2006.
L’intérêt pour le retour d’une garde d’honneur prend de l’ampleur en mars 2005 lorsque des représentants de la Sûreté du Québec se rendent à Edmonton aux funérailles de quatre agents de la Gendarmerie royale du Canada. Cet événement marque le début d’une tradition de professionnalisme au sein de la nouvelle garde d’honneur qui perdure encore aujourd’hui. Ainsi, la garde d’honneur a participé à plusieurs événements protocolaires d’importance dans la province, mais aussi dans le reste du Canada, aux États-Unis et même en Europe, et a coordonné certains de ces événements.
La garde d’honneur se veut une représentation de l’ensemble de la Sûreté du Québec à un événement public, comme les cérémonies de reconnaissance, les cérémonies d’assermentation de recrues, les cérémonies de remise de grades, les cérémonies de policier mort en devoir ou encore les cérémonies d’État.
Alors que les corps policiers canadiens axent entièrement leur symbolisme sur un modèle britannique, la Sûreté du Québec conserve un lien historique avec son héritage français. Cet élément, unique en Amérique du Nord, distingue notre organisation de celles du reste du Canada et des États-Unis.
C’est grâce à la rigueur protocolaire et au professionnalisme des membres de la garde d’honneur que la Sûreté du Québec est maintenant la référence en protocole policier au Québec.
De nos jours, la garde d’honneur véhicule des valeurs importantes à la Sûreté du Québec, soit le sentiment d’appartenance et la fierté de faire partie de l’organisation. Elle représente également l’image même de la Sûreté du Québec, soit : le service, le professionnalisme, le respect et l’intégrité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Les mouvements de contestation populaires sont inévitables dans une société et le Québec n’y fait pas exception. Ces mouvements façonnent les sociétés, mais nécessitent souvent une intervention étatique pour éviter les débordements. De nos jours, la tâche incombe aux policiers, mais ce ne fut pas toujours le cas. Que ce soit sous le régime français ou sous le régime britannique, l’armée a souvent eu un rôle à jouer dans ce type de situation. À la ratification du Traité de Paris de 1763, alors que la France cède sa colonie d’Amérique du Nord à la Grande-Bretagne, Sa Majesté le roi George III émet une proclamation royale instaurant le droit criminel britannique dans sa nouvelle colonie. Par ce geste, le Roi uniformise le droit criminel dans ses colonies d’Amérique du Nord et rend applicable le « Riot Act » adopté en 1714 en Grande-Bretagne. Cette loi britannique permet l’utilisation de la force pour mater les émeutes et applique une sentence de mort aux émeutiers refusant de se disperser après la lecture de l’Acte par un représentant du gouvernement. À l’origine, cette loi se voulait une façon d’octroyer aux autorités civiles le pouvoir d’utiliser les représentants de l’ordre. Toutefois, elles ont rapidement pris l’habitude de demander aux troupes militaires de participer à la dispersion des émeutiers. Cette technique de contrôle social a été utilisée par les autorités civiles durant la période trouble du milieu du 19e siècle au Canada. Les troupes britanniques ont notamment été utilisées lors de l’émeute électorale à Montréal en 1832, lors du conflit entre les membres du Doric Club et des Fils de la liberté en 1837 ainsi que lors de l’incendie de l’hôtel du Parlement du Canada-Uni à Montréal en 1849. À la naissance de la Confédération du Canada en 1867, le « Riot Act » se retrouve d’office enchâssé dans le Code criminel du nouveau dominion. Il sera lu à de rares occasions par la suite, comme lors de la Grève des bûcherons de la Canadian International Paper à Rouyn en 1933, un événement auquel la Police provinciale prend part.
La militarisation du contrôle de foule est une facette importante du maintien de la paix au 19e siècle. Or, au fil de la libéralisation et de la démocratisation de la société, ce mandat se démilitarise et tombe entre les mains du pouvoir civil. À la demande du gouvernement, la Police provinciale est alors de plus en plus mobilisée lors des événements marquants du milieu du 20e siècle. Des détachements sont envoyés lors des grandes grèves ouvrières telles que celles d’Asbestos (1949) et de Murdochville (1957), mais également lors de manifestation politique ou sociale. Les détachements sont alors composés de policiers issus de différentes branches de l’organisation (gendarmerie, police de la route, police judiciaire) à qui on donne une simple matraque en guise d’équipement. À cette époque, aucune unité ou formation spécialisée en contrôle de foule, aucune vision stratégique et aucune structure des mesures d’urgence n’existent de façon permanente dans l’organisation. On se contente de réagir aux événements en déployant des hommes pour tenter de maintenir l’ordre.
Il faut attendre la décennie 1960, une époque où la tension sociale est à son comble au Québec, pour que des changements s’amorcent au sein de la Sûreté provinciale. La société québécoise vit alors sa « Révolution tranquille » et est en pleine évolution. La présence de la Sûreté provinciale est donc requise lors de plusieurs événements d’envergure. Le déploiement massif de policiers à l’occasion de ces événements et les résultats mitigés de ces opérations permettent à l’organisation de constater différentes lacunes. Devant ces résultats, la Sûreté provinciale amorce une réflexion qui aboutit à un changement dans sa façon d’aborder les opérations policières d’envergure et à l’adoption d’un nouveau paradigme : les mesures d’urgence.
La tenue de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal offre l’occasion à la Sûreté provinciale de tester quelques notions de mesures d’urgence. L’envergure de cet événement laisse entrevoir une affluence massive de visiteurs à Montréal. Une augmentation du nombre de policiers nécessaire dans la région métropolitaine est donc à prévoir. La Sûreté provinciale met en place, au quartier général à Montréal, un centre de contrôle et de coordination pour gérer les éventuels problèmes de circulation. Le local fonctionnel est également pourvu des moyens technologiques nécessaires à la réalisation de la mission. L’organisation instaure ensuite un commandement central, élabore un plan d’intervention et met sur pied de multiples équipes de travail.
À la fin des années 1960, une grande réorganisation administrative s’amorce à la Sûreté du Québec. La mise en application du rapport de la firme Ducharme vise à moderniser la gouvernance administrative et opérationnelle de l’organisation. Cette période de grands changements et de modernisation s’avère être une occasion idéale de mettre en place une philosophie et une structure en mesures d’urgence au sein de la Sûreté du Québec.
En 1969, le nouveau coordonnateur en circulation, l’inspecteur Yvan Aubin, obtient le mandat d’établir les concepts relatifs aux mesures d’urgence qui devront être intégrés à la Sûreté du Québec. L’inspecteur Aubin entreprend la phase de conception des mesures d’urgence à l’aide des Forces armées canadiennes et de leur expertise. Consciente de l’importance de la mobilité et de la préparation, l’organisation met sur pied ses deux premières unités d’urgence permanentes dès la première année du processus d’intégration. Les unités sont établies à Montréal et à Québec et comportent chacune deux pelotons. Les premières formations spécialisées en mesures d’urgence sont également données à l’interne à la Sûreté du Québec à partir de 1969. Malgré ces avancées importantes, le projet d’élaboration et d’adoption d’une philosophie et d’une structure en mesures d’urgence est ralentie par les différents événements majeurs prenant place au tournant des années 1970 tels que la grève des policiers du Service de police de Montréal et la Crise d’octobre.
Une première opération policière suivant les nouveaux concepts des mesures d’urgence est finalement organisée à l’été 1970 lors du Festival pop de Manseau. D’importants effectifs policiers sont déployés sur place pour le maintien de l’ordre. Malgré l’échec d’un point de vue événementiel, le Festival pop de Manceau s’avère un succès opérationnel et logistique pour la Sûreté du Québec.
Forte de son expérience positive de l’été 1970, l’organisation entreprend donc l’intégration définitive des mesures d’urgence. Le tout commence par l’élaboration d’un plan pour les mesures d’urgence par le Service de méthodes et le conseiller en circulation. On estime également que les deux unités d’urgence de Montréal et de Québec ne seront pas suffisantes pour répondre à la demande. On prévoit ainsi la mise sur pied d’unités d’urgence auxiliaires dans les futurs districts en cours de création. En août 1971, l’organisation met sur pied un comité des unités d’urgence présidé par le capitaine Jacques Beaudoin, chef du Service de la formation et du perfectionnement. Le comité reçoit alors le mandat de structurer et de former les futures unités d’urgence auxiliaires. Les formations sont offertes au camp Bouchard des Forces armées canadiennes à Blainville lors de l’hiver 1971-1972.
À l’été 1972, le conseiller en circulation perd le mandat des mesures d’urgence. Un premier conseiller autonome en mesures d’urgence est alors nommé, l’inspecteur Yvan Aubin. C’est le début d’une unité dédiée entièrement à la veille stratégique et à l’application de pratiques opérationnelle en mesures d’urgence au sein de la Sûreté du Québec. C’est d’ailleurs lors de cette même année que les premières directives sur les mesures d’urgence sont publiées. C’est également en 1972 que les premières unités d’urgence auxiliaires permanentes deviennent opérationnelles au sein des deux districts pilotes : les districts de l’Estrie et du Bas St-Laurent. Le déploiement des unités d’urgence auxiliaires permanentes sera achevé lors de l’ouverture des nouveaux districts en 1973. Ces unités seront par la suite abolies en 1995.
En 1974, la structure des mesures d’urgence est consolidée par de nouvelles directives définissant les rôles des intervenants. La même année, quatre pilotes du Service aérien du ministère des Transports sont mis à la disposition de la Sûreté du Québec de façon permanente. Ce changement maximise le recours aux deux hélicoptères utilisés par l’organisation, mais accroît également la mobilité des unités spécialisées lors d’opération. La Sûreté du Québec acquiert son premier poste de commandement mobile en prévision des Jeux olympiques de Montréal de 1976. Ce type de poste de commandement est un outil important pour la gestion des opérations. Il permet de déployer rapidement un centre de direction des opérations sur le terrain.
En 1976, les mesures d’urgence, récemment intégrées dans l’organisation, sont sollicitées pour une première grosse opération : l’opération Olympique 1976. Les Jeux olympiques de Montréal s’avèrent une occasion idéale pour la Sûreté du Québec de mettre en œuvre sa structure des mesures d’urgence. Plus de six villes au Québec accueillent des compétitions et 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont déployés dans la région métropolitaine seulement, mettant à l’épreuve la souplesse et l’adaptabilité de la structure des mesures d’urgence de la Sûreté du Québec. L’opération est une réussite sur toute la ligne. Les Jeux olympiques de Montréal sont encore aujourd’hui considérés comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.
Au courant des années 1970-1980, l’offre de service de la Sûreté du Québec se diversifie de plus en plus et d’autres composantes spécialisées se joignent progressivement à l’équipe des mesures d’urgence. L’équipe est essentiellement constituée d’unités de contrôle de foule à ses débuts, puis s’ajoutent l’escouade canine en 1973, l’escouade de plongée sous-marine en 1979, le groupe tactique d’intervention de 1981 jusqu’au début des années 1990, et les techniciens en explosif de 1987 jusqu’à 2019. Plusieurs mandats sont également ajoutés aux unités d’urgence tels que la recherche et le sauvetage, la surveillance héliportée, le soutien en sécurité routière, la patrouille récréotouristique et bien plus.
Après la période d’établissement des années 1970, c’est la période d’amélioration et de bonification de l’offre de service en matière de mesures d’urgence qui débute. En 1981, on améliore la structure des mesures d’urgence en créant un premier centre de contrôle opérationnel permanent au Grand quartier général à Montréal. Tout au long des années 1980 et 1990, l’organisation offre de la formation continue aux différents acteurs des mesures d’urgence. La Sûreté du Québec travaille également à l’amélioration de la sécurité du public en offrant des formations de plus en plus spécialisées à ses employés tels que des formations en recherche terrestre (1998) et en recherche et sauvetage lors d’une avalanche (2002). L’organisation participe également à la mise en place du Plan national de sécurité civile issu de la Crise du verglas de 1998 et à Concerto, le programme d’exercices en sécurité civile du gouvernement du Canada (2003). En somme, la Sûreté du Québec tente continuellement d’améliorer la qualité et la rapidité de ses interventions en situation d’urgence.
Depuis ses débuts, les mesures d’urgence s’imposent comme un élément indispensable pour la Sûreté du Québec lors d’événements majeurs. La souplesse et l’adaptabilité de la structure des mesures d’urgence lui permettent d’être déployée lors de différentes opérations telles que tout type de manifestation ou de rassemblement (conflits de travail, rassemblements, manifestations avec risque de débordement), toute catastrophe ou tout désastre naturel (inondations, tornades, glissements de terrain) et tout type de recherches en forêt ou en montagne.
Les principes et la structure des mesures d’urgence de la Sûreté du Québec ont été déployés lors de nombreux événements marquants, dont la courte liste non exhaustive suivante :
1970 – Festival pop de Manseau
1970 – Crise d’octobre
1976 – Jeux olympiques de Montréal
1980 – Jeux olympiques de Lake Placid
1981 – Sommet du G7 à Montebello
1984 – Visite de Sa Sainteté le pape Jean-Paul II
1988 – Incendie d’un entrepôt de BPC à Saint-Basile-le-Grand
1990 – Incendie d’un dépotoir de pneus à Saint-Amable
1990 – Crise d’Oka
1996 – Déluge du Saguenay
1998 – Crise du verglas
2001 – Sommet des Amériques à Québec en 2001
2007 – Sommet des leaders nord-américains à Montebello
2008 – Sommet de la Francophonie à Québec
2012 – Manifestation étudiante
2013 – Accident ferroviaire de Lac-Mégantic
2014 – Incendie d’une résidence de personnes âgées à L’Isle-Verte
2018 – Sommet du G7 à La Malbaie
2020 – Pandémie de COVID-19
2022 – Visite de Sa Sainteté le pape François 1er
2023 – Feux de forêt dans le nord du Québec
Inondations saisonnières sur le territoire du Québec
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2024
L’idée de déceler un mensonge en détectant la variante de la pression sanguine apparaît dès le 18e siècle dans l’ouvrage romancé de Daniel Defoe (1661?-1731), An effectual scheme for the immediate preventing of street robberies, and suppressing all other disorders of the night, publié en 1731. Dans la deuxième moitié du 19e siècle, le physiologiste italien Angelo Mosso (1846-1910) expérimente et améliore le pléthysmographe, un appareil scientifique servant à mesurer et enregistrer les changements dans le flux sanguin tout en associant ces variables aux émotions et aux stimuli, comme la peur et les sursauts. Il est donc aisé de comprendre l’origine de l’appellation du « détecteur de mensonges »!
Il faut attendre les travaux de Leonarde Keeler (1903-1949), considéré comme le père du polygraphe par plusieurs, pour réellement atteindre un horizon de rigueur scientifique. En 1939, il fait breveter le prototype du Keeler Polygraph.
La première unité à utiliser les polygraphes à la Sûreté provinciale est l’Escouade des homicides, de la Division de Montréal. Durant les années 1950, les enquêteurs utilisent le Keeler Polygraph, modèle 302, de la compagnie Associated Research, basée à Chicago, dans l’Illinois. Par la suite vient le B & W Lie Detector Electronic Psychometer, modèle 7AC, de la compagnie B & W Associates, basée à Michigan City, dans l’Indiana. Ce dernier modèle, plus performant, est utilisé durant les années 1960.
Dans le but avoué de combattre la criminalité avec des moyens plus sophistiqués, la Section de polygraphie, qui est rattachée au Bureau du conseiller en enquêtes criminelles, est officiellement inaugurée en juillet 1976. Le tout premier polygraphiste officiel de la Sûreté du Québec est l’agent John Galianos. Comme il n’existe pas encore d’école de formation au Canada, les connaissances sont acquises à l’Institut de polygraphie Keeler de Chicago. Entre 1976 et 1995, les spécialistes utilisent le Factfinder, un produit de haute qualité de la Lafayette Instrument Company, basée en Indiana.
Une épreuve polygraphique se divise habituellement en trois phases distinctes. Au départ, il y a l’entrevue préliminaire avec le sujet, où il est question de ses antécédents physiques et psychologiques, ainsi que de sa condition intellectuelle, du fonctionnement de l’appareil et, finalement, de la signature du formulaire d’acceptation volontaire. Initialement, cette période est prévue pour réduire l’anxiété du sujet et démontrer qu’il est apte à passer le test.
Vient ensuite l’étape du test polygraphique, se déroulant seul à seul entre le sujet et le polygraphiste. Une série de questions est posée au sujet, incluant des questions générales (nom, âge, adresse, métier), ainsi que des questions relatives à l’enquête. Le rôle du spécialiste est d’analyser les résultats et de tirer une des trois conclusions suivantes : il est en présence de réactions d’apparence mensongère, il est en présence de réactions normales avec apparence de vérité ou le test est non concluant. Dans ce dernier cas, il ne peut pas se forger une opinion scientifique vis-à-vis des réactions physiques ou psychologiques du sujet.
Après les analyses des enregistrements polygraphiques, l’entrevue finale se déroule avec le sujet et un retour sur les résultats du test peut être effectué. L’enquêteur prend note des résultats et peut faire des liens pertinents entre son enquête, le sujet et les résultats. Normalement, le test se fait vers la fin d’une enquête, afin de s’assurer que certains éléments de preuve servent à étoffer la série de questions.
De façon générale, un polygraphe est fabriqué à partir de trois composantes principales, soit le pneumographe, le galvanomètre et le sphygmographe. Le pneumographe est composé de deux tubes ondulés apposés sur la poitrine et enregistre les variations respiratoires. Pour sa part, le galvanomètre enregistre la sudation par l’utilisation de deux électrodes appliquées sur les doigts. Finalement, le sphygmographe note le rythme des pulsations cardiaques et le flux et le reflux sanguins, en plus d’enregistrer la tension artérielle. Cet appareil est donc la combinaison de trois instruments scientifiques recueillant et enregistrant des données sur des chartes graphiques.
Un virage numérique s’effectue en 1993, lorsque les enregistrements recueillis sur de nouvelles machines sont portés à l’écran, rendant l’opération plus fiable encore. Le premier modèle électronique utilisé par les spécialistes, entre 1995 et 2005, est le polygraphe de la Stoelting Co., modèle CPS I. Son successeur, le CPS II, est utilisé depuis 2005 à la Sûreté du Québec.
Depuis leurs débuts dans l’organisation, les polygraphes ont été d’une grande utilité. Le domaine de la polygraphie n’a cessé de se perfectionner afin de donner des résultats de plus en plus fiables. L’analyse de ces résultats a permis aux polygraphistes d’offrir de meilleures conclusions aux enquêteurs.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
En 1871, la Police provinciale, basée dans la ville de Québec et effectuant les tâches de la police municipale récemment abolie, occupe six postes de police à travers la ville. Le quartier général de cette nouvelle organisation occupe, pour sa part, des locaux sur la rue Sainte-Ursule. Selon le rapport annuel de l’organisation en 1871, les deux tiers des postes de police en fonction sont considérés malsains par le commissaire Doucet. Dans ce rapport annuel, il recommande un assainissement ou un déménagement des postes concernés.
La Police provinciale est suspendue en 1878 par les libéraux, pour faire suite à une promesse électorale. Seuls quelques constables demeurent en service sous l’égide de la nouvelle police municipale de Québec. En 1883, le gouvernement reprend le contrôle de sa police avec un effectif très réduit et un mandat plus modeste. Cette renaissance de l’organisation est marquée par l’installation de son quartier général dans les locaux de la Cour de police à Québec jusqu’en 1904. Il est donc d’abord situé au 57, rue Saint-Louis (1883 à 1887) et par la suite au 12, rue Saint-Louis (1888 à 1903). Avec la sanction de la « Loi concernant la police provinciale » en 1899, le gouvernement officialise le contrôle de l’organisation par le procureur général et son assistant. Ce contrôle était déjà effectif depuis 1897 grâce à la sanction de la « Loi réorganisant les départements », cependant ce n’est qu’en 1904 qu’on établira le quartier général au Palais législatif où se trouve l’assistant procureur général.
En 1922, la « Loi amendant les Statuts refondus, 1909, relativement à la police provinciale » amène la réorganisation de la structure de la Police provinciale. Auparavant, un chef basé à Québec dirigeait l’organisation et contrôlait l’ensemble des effectifs. Cette nouvelle loi a permis la création d’une nouvelle division à Montréal, contrôlée par un chef qui possède les mêmes pouvoirs que celui de Québec. C’est alors le début d’une direction conjointe. Le quartier général de la nouvelle division occupera des locaux successifs dans le Vieux-Montréal : sur la rue Saint-Jacques (1922), sur la rue Saint-Vincent (1924) non loin du nouveau Palais de Justice (édifice Ernest-Cormier), ainsi qu’au rez-de-chaussée de l’ancien Palais de Justice (édifice Lucien-Saulnier), à partir de 1929.
C’est à partir des années 1930 que la Police provinciale commence à s’établir de façon permanente dans certaines régions. Les rixes, les conflits ouvriers et la crainte des rassemblements communistes forceront les autorités à déployer un détachement temporaire en Abitibi dès 1925 qui deviendra par la suite permanent. Le premier poste officiel est donc créé en 1932 en Abitibi et portera le nom de « Patrouille de l’Abitibi ». À partir de 1937, la Police provinciale installe d’autres postes dans différentes régions de la province. En 1940, un poste de pesée de la Police de la route est également ouvert aux abords de chacun des huit ponts qui ceinturent l’île de Montréal. Cette vague de création de postes permet à l’organisation d’occuper tous les comtés de la province pour la première fois de son histoire.
C’est en 1947 que le quartier général de la Division de Québec quitte le sous-sol de l’hôtel du Parlement, où il était situé depuis 1904, pour s’établir au 73, Grande-Allée à Québec. La division déménagera de nouveau dix ans plus tard, en 1957, pour prendre possession de nouveaux locaux aménagés dans l’ancien Hôpital Jeffery Hale, boulevard Saint-Cyrille. Depuis 1979, le quartier général du district de Québec est situé dans l’édifice Léon Lambert, au 1050, rue des Rocailles.
En ce qui a trait aux déménagements, le quartier général de la Division de Montréal n’est pas en reste. Occupant le rez-de-chaussée de l’ancien Palais de Justice (édifice Lucien-Saulnier) de Montréal depuis 1929, la division quitte les locaux pour s'installer au sous-sol du nouveau Palais de justice (édifice Ernest-Cormier) sur la rue Notre-Dame, en 1953. Le local ne répondant plus aux besoins changeants de la division, le personnel du quartier général emménage, en 1961, dans l’ancien édifice du Canadian National Railways, au 360, rue McGill.
Avec la nouvelle « Loi de police » de 1968 et le dépôt d’un rapport de la firme Ducharme sur la mise en place d’une administration moderne à la Sûreté du Québec, l’État-major de l’organisation se centralise à Montréal dans l’édifice du Ministère de la Justice, au 1701, rue Parthenais.
Au cours des années 1970, la Sûreté du Québec s’emploie à la mise en place des différentes recommandations du Rapport Ducharme. Pour ce faire, l’organisation crée trois niveaux hiérarchiques : un niveau d’administration centrale, un niveau régional (district) et un niveau local (poste). Ce dernier devient le principal niveau d’intervention où sont concentrés les services de première ligne. Cette réorganisation hiérarchique, toujours actuelle, se concrétise par la création de plusieurs postes et quartiers généraux régionaux.
Au cours des années 2000, la Sûreté du Québec intègre de nouvelles normes écoresponsables dans la construction des édifices devant abriter ses employés. Ainsi, lors de la construction du nouveau quartier général du district de Montréal-Laval-Laurentides-Lanaudière à Mascouche, la Sûreté du Québec obtient pour la première fois la certification écoresponsable « LEED Or » pour un de ses bâtiments. Depuis 2002, cette certification est basée sur des critères précis : la réduction des changements climatiques, la santé humaine, l’utilisation responsable de l’eau, la biodiversité, l’économie verte, la collectivité et l’utilisation des ressources naturelles.
Tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec s’est installée dans des édifices qui reflètent la réalité de chacune des époques, l’expansion de sa desserte ainsi que l’évolution des techniques et des services policiers au Québec.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2021
L’identification visuelle des policiers a toujours été un élément important de l’uniforme de ceux-ci. Pour ce faire, tout au long de son histoire, la Sûreté du Québec a utilisé plusieurs types d’ornements sur son uniforme. Au fil des différentes époques, ces ornements sont devenus des marqueurs historiques de l’évolution de l’organisation et de son image ainsi qu’un symbole du professionnalisme des policiers les portant. Afin de bien s’orienter, il est plus pratique de séparer en deux grandes familles ces éléments bien distinctifs : les identifications d’épaule et les insignes, couramment nommés badges, de l’anglais.
Identifications d’épaule
Les identifications métalliques d’épaule portent habituellement l’acronyme de l’organisation qu’elles représentent. C’est ainsi que les lettres PPQ renvoient à la « Police provinciale de Québec » et que les lettres CLQ renvoient à la « Commission des liqueurs du Québec ». Plusieurs variantes de ces identifications métalliques seront produites et utilisées par l’organisation. L’usage généralisé de ce type d’insigne se termine vers 1960 avec les grandes réformes de la Révolution tranquille.
À partir de ce moment, les écussons en demi-lune apparaissent sur les uniformes de l’organisation. Initialement fabriqués en caoutchouc, une matière se dégradant facilement, ils sont rapidement remplacés en 1962 par des modèles en tissu, beaucoup plus résistants. Pour ce grand changement, l’écusson en demi-lune arbore les nouvelles couleurs de l’organisation, soit le vert et le jaune. La forme de demi-lune est en utilisation jusqu’en 1994 où la forme du blason (bouclier) est adoptée. Ce nouvel écusson est beige et inclut l’emblème de 1983, jumelé à la devise de l’organisation : Service, Intégrité, Justice. Il est utilisé jusqu’en 2016, lors de l’arrivée du nouvel uniforme introduisant une nouvelle couleur organisationnelle pour la première fois depuis 50 ans : le noir. De 1962 à 2020, une succession de sept différents écussons d’épaule apparaissent sur l’uniforme de l’organisation.
Insignes
Encore une fois, une multitude de variantes existent selon l’époque ou la fonction du détenteur de l’insigne. De façon générale, ils sont de petite dimension et ils sont fabriqués en métal. On peut souvent y remarquer le matricule ou le grade du policier ainsi que les armoiries du Québec et le nom ou l’emblème de l’organisation. En fonction de l’époque, plusieurs types d’insignes sont utilisés sur les uniformes, tels que les insignes de képi, les insignes de poitrine ou encore les insignes de collet.
Dans tous les cas, les identifications d’épaule et surtout les insignes représentent l’autorité dont le policier est investi et permettent une grande visibilité de celui-ci au sein du public. La visibilité des forces policières est souvent le premier pas vers la sécurité du public et la prévention de la criminalité.
Frédéric Martel, technicien en muséologie, 2020
Le 21 février 1957, la « Loi autorisant la construction d’une autoroute Montréal-Laurentides » est adoptée par le Conseil législatif et l’Assemblée législative du Québec. Celle-ci, en plus d’autoriser la construction de l’autoroute Montréal-Laurentides, aujourd’hui l’autoroute 15, amène également la création de l’Office des autoroutes. Le mandat de ce dernier est de superviser et d’organiser la construction des routes, des ponts, des viaducs et des tunnels majeurs au Québec, ainsi que de veiller à leur entretien et à l’observance des lois de circulation sur ces infrastructures. La nouvelle loi lui octroie aussi le pouvoir de mettre en place des postes de péage et d’en établir les taux, mais surtout, le droit de mettre sur pied une police pour faire respecter la législation en lien avec les autoroutes. En 1959, après l’ouverture de l’autoroute 15, l’Office des autoroutes crée donc la Police des autoroutes dans cette optique.
La popularité des autoroutes est immédiate, et la circulation automobile est plus importante que prévu. Le réseau autoroutier, plus particulièrement l’autoroute 15, est littéralement pris d’assaut par plus de quatre millions d’automobilistes. Une telle affluence apporte nécessairement un grand nombre d’accidents et d’accrochages. En 1962, un ancien membre de la Gendarmerie royale du Canada, monsieur Fernand Trépanier, est nommé inspecteur en chef de la Police des autoroutes. Son but étant de faire respecter les lois et, par le fait même, de réduire le nombre d’accidents et d’accrochages recensés en 1961, Trépanier décide d’augmenter à 20 le nombre d’agents au sein de son service de police.
En juin 1980, les 111 policiers de la Police des autoroutes sont intégrés à la Sûreté du Québec et leur organisation est abolie. Ils sont officiellement assermentés le 30 mai 1980 au Grand quartier général de la Sûreté du Québec à Montréal. Cet événement marque l’aboutissement du désir des agents des autoroutes d’être reconnus à part entière comme de « vrais policiers ».
Depuis la création de l’Association des policiers des autoroutes du Québec en 1974, tous les efforts de cette dernière sont orientés vers l’obtention d’un statut de policier et, par la suite, l’adhésion à la Sûreté du Québec. Le travail acharné du président de l’association, monsieur Marcel Ouellette, et les recommandations d’intégration de la Police des autoroutes faites par la Sûreté du Québec depuis une décennie ont porté fruit. En effet, le gouvernement québécois adopte, le 21 décembre 1979, la loi 48 permettant l’adhésion des policiers des autoroutes à la Sûreté du Québec. L’ancienneté et les conditions de travail des agents sont respectées, mais ceux-ci doivent tout de même suivre une formation de mise à niveau.
En 1984, la Sûreté du Québec hérite également de l’application des règlements liés au transport routier. Ainsi, les surveillants du Service d’inspection du ministère des Transports sont aussi intégrés dans l’organisation. Ce mandat est cependant de courte durée, puisqu’en 1991, cette responsabilité est remise à la Société de l’assurance automobile du Québec.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
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Cette section illustre la carrière de différents personnages clés qui ont marqué l’histoire de la Sûreté du Québec. Le cadre d’emploi du personnage n’est pas un facteur déterminant de son importance; ce sont plutôt les réussites, les réformes ainsi que les événements majeurs auxquels celui-ci a participé qui importent.
Cette section se penche sur les événements majeurs ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Dans ces textes, la Sûreté du Québec est en mode réaction face à des événements soudains, tels que des catastrophes naturelles, des crises ou des décès de masse. L’implication de la Sûreté du Québec dans ces moments d’urgence est cruciale pour sauver des vies et aider les citoyens en danger.
Cette section regroupe l’histoire de crimes ayant marqué l’imaginaire québécois. Pour que ces événements soient pris en compte, ils doivent avoir été fortement médiatisés, avoir eu un impact sur la société québécoise et avoir fait l’objet d’une enquête de la Sûreté du Québec.
Chaque texte présente l’implication de la Sûreté du Québec au travers d’une contextualisation historique, au cœur de l’enquête et des démarches judiciaires.
Cette section examine certaines des opérations majeures ayant marqué l’histoire de la Sûreté du Québec et l’histoire québécoise.
Les opérations de sécurité planifiées par la Sûreté du Québec y sont présentées sous différentes facettes. On peut donc y retrouver des événements tels que la visite de dignitaires, la tenue de sommets et la présentation de grandes manifestations sociales ou sportives. Le rôle et l’implication de la Sûreté du Québec dans ces événements de grande envergure sont au centre de ces textes.
Cette section plonge dans l’histoire, dans l’évolution et dans le quotidien des différentes unités ayant jalonné l’histoire de la Sûreté du Québec, bien souvent à partir de leurs débuts.
Nous y présentons les changements qu’a vécus chacune de ces unités, ainsi que la création de celles-ci et l’impact qu’elles ont eu sur l’organisation et le travail policier au Québec.
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Guy Coulombe devient directeur général de la Sûreté du Québec
13 mai 1998
Guy Coulombe est directeur général de la Sûreté du Québec de mai 1998 à novembre 1998.
Sociologue de formation et gestionnaire, monsieur Coulombe, fonctionnaire de carrière et dirigeant d’entreprises québécoises publiques et privées, est à la tête de la Sûreté du Québec pendant deux ans. Il est successivement secrétaire général du gouvernement du Québec (1975), président-directeur général de la Société générale de financement (1978) puis d’Hydro-Québec (1982) et président de la papetière Consolidated Bathurst (1988). Le 20 novembre 1996, âgé de 60 ans, il prend la direction de la Sûreté du Québec de façon intérimaire, puis est confirmé dans son poste de directeur général le 13 mai 1998, fonction qu’il occupe jusqu’en novembre. Par la suite, il devient directeur général de la Ville de Montréal (1999), et il présidera ensuite une commission gouvernementale sur les forêts publiques du Québec (2003).
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2021
Création du Groupe tactique d'intervention
1er janvier 1981
L’histoire de cette unité de la Sûreté du Québec débute en septembre 1972, en Allemagne, plus précisément lors des Jeux olympiques de Munich. Un groupe de terroristes palestiniens s’introduit dans le village olympique, prenant de nombreux membres de l’équipe olympique israélienne en otage. L’intervention policière se déroule mal et la prise d'otages se termine dans un bain de sang, coûtant ainsi la vie à onze membres de l'équipe olympique israélienne, à cinq des huit membres du groupe terroriste et à un policier allemand.
Forte des leçons des événements de Munich, la Sûreté du Québec décide de former son premier groupe d’intervention en prévision de la tenue des Jeux olympiques de 1976 à Montréal. Une équipe multidisciplinaire, ou « groupe tactique d’intervention », est mise en place sous un même commandement. Ses membres proviennent de diverses unités qui se regroupent pour résoudre des situations demandant le déclenchement d’opérations telles que le contrôle de périmètre, la prise d’otage, le tir embusqué et l’intervention envers les personnes suicidaires ou constituant une menace pour autrui.
Les policiers mandatés pour faire les interventions à l’intérieur du groupe tactique d’intervention à la fin des années 1970 sont regroupés dans ce qu’on appelle des « équipes de frappe ». De 1976 à 1981, cette unité sera mobilisée pour plusieurs interventions et parviendra à résoudre 56 situations avec succès. Cependant, bien qu’elle réagisse adéquatement aux cas auxquels elle est confrontée, ses membres n’ont pas de spécialisation et ils ont des lacunes évidentes en armement, en formation ainsi qu’en entraînement spécifique.
En 1979, la Sûreté du Québec lance un programme de recherche pour répondre à ces problèmes. Elle étudie plusieurs groupes d’intervention au monde. Le constat est clair : la permanence des unités, les formations spécifiques et une structure hiérarchique sont à la base de chacun des groupes étudiés. Partout, les missions, tout comme la mentalité, s’apparentent à celles des militaires.
En 1981, le groupe d’intervention devient permanent et trois équipes sont positionnées à Montréal, tandis que deux sont à Québec. Des formations intensives et distinctes sont aussi mises en place. Dès 1981, leur mission première est de répondre aux situations de prises d’otages ou impliquant une personne barricadée. En plus de celles-ci, d’autres missions sont imputées aux groupes d’intervention, notamment les perquisitions à haut risque, les arrestations d’évadés et de criminels dangereux, l’escorte de fourgons de détenus, la surveillance de complot, la recherche et la surveillance en milieu hostile et même l’escorte de personnalités.
On ne peut entièrement comprendre l’histoire de cette unité sans aborder les événements du difficile été 1990 où le caporal Marcel Lemay, du groupe d’intervention de Québec, tombe sous les balles et décède. Resté bien présent dans la formation et dans toutes les interventions du groupe, le souvenir de la mort du caporal Lemay illustre la solidarité des membres du groupe et le rappel du haut niveau de sécurité et d’efficience à maintenir afin que jamais ne se reproduise une telle tragédie.
La Sûreté du Québec tire aussi d’autres leçons des événements d’Oka. Le constat de l’été 1990 est clair : une force d’intervention plus grande est nécessaire. Avec 33 membres au total en 1990, il n’y a pas beaucoup de possibilités pour assister les membres du groupe d’intervention en cas d’opération de grande envergure. Un nouveau concours de sélection a lieu en 1991 pour créer un groupe d’intervention auxiliaire. Ce sont 23 nouveaux membres « auxiliaires » qui sont sélectionnés, équipés et entraînés plusieurs semaines par année afin d’assurer un soutien aux groupes de Montréal et de Québec en cas de besoin.
En 1995, dans le but d’harmoniser les opérations et d’assurer la standardisation ainsi que l’uniformité des méthodes d’intervention, les groupes d’intervention de Montréal et de Québec se dotent d’une structure de commandement unique en créant le Service d’intervention tactique. Ce changement structurel sera accompagné de l’augmentation des effectifs des équipes d’intervention. Elles passeront de cinq à six membres minimum chacune.
Depuis 1995, de nombreux projets ont pu être menés à terme, concernant des formations ou du développement à l'interne, mais également en matière de rôle-conseil auprès de l’École nationale de police du Québec et de différents corps de police municipaux, notamment en matière de formation de leurs équipes d’endiguement.
Cette importante évolution de l’unité au cours de son histoire est aussi une réponse à un besoin d’harmonisation et une adaptation à la criminalité. De nos jours, ses membres effectuent près de 400 missions en tous genres par année. La participation de l’unité aux grandes opérations policières ayant marqué l’histoire récente du Québec est plus que notable. La guerre des motards dans la deuxième moitié des années 1990, l’opération Printemps 2001, le Sommet des Amériques ou SharQc en 2009 sollicitent grandement le groupe tactique d’intervention, qui démontre une forte expertise en matière de soutien aux enquêtes.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Joseph-Paul Lamarche devient directeur de la Sûreté provinciale
1er novembre 1944
Joseph-Paul Lamarche est directeur de la Sûreté provinciale de 1944 à 1950.
Âgé de 59 ans lors de sa nomination, monsieur Lamarche, avocat de formation, reste en poste durant plus de six ans. Il est assisté par les directeurs adjoints suppléants Hilaire Beauregard, à Montréal, et Henri Charland, à Québec. Alors qu’il est en fonction, il décède le 20 décembre 1950 à l’âge de 65 ans.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
L’identité judiciaire, une expertise plus que centenaire à la Sûreté du Québec
15 octobre 1925
Sherlock Holmes, ce célèbre personnage de fiction créé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887, incarne l’enquêteur parfait en cette fin de l’ère victorienne; celui qui utilise les nouvelles connaissances scientifiques, l’innovation et l’observation minutieuse de la scène de crime pour trouver la moindre trace laissée par le malfaiteur. Ce détective nouveau genre, en cette fin du 19e siècle, représente bien l’effervescence et le bouillonnement d’idées alors présents dans le milieu policier. Rapidement, cette fébrilité scientifique se traduit par un réel intérêt pour la criminalistique au sein des forces policières. Toutefois, l’évolution de la criminalistique n’est pas récente : elle s’est échelonnée sur plusieurs siècles d’innovations et de découvertes. Ainsi, les balbutiements de cette science sont anciens : l’apport du monde gréco-romain est indéniable, notamment, par les découvertes dans le domaine médical, mais celui de la Chine de la dynastie Song est majeure. En effet, c’est en 1247 qu’est écrit le premier traité de médecine légale au monde : le « Xi Yuan Ji Lu » (De la réparation des injustices) du juge Song Ci (ou Sung Tzhu).
Alphonse Bertillon, pionnier des experts policiers
L’arrivée d’Alphonse Bertillon à la Préfecture de Paris en 1879 est l’élément déclencheur de l’utilisation courante de la criminalistique en occident. Depuis l’abolition, en 1832, de la flétrissure, l’essorillement et tout autre marquage physique d’une aussi grande efficacité, les corps de police français peinent à identifier correctement les récidivistes. Frappé par cette problématique, Alphonse Bertillon met au point un système d’identification des criminels qui sera adopté dans de nombreux pays : l’anthropométrie judiciaire. Ce système de mensuration est basé sur les trois principes suivants : « la fixité à peu près absolue de l’ossature humaine à partir de la vingtième année d’âge […] la diversité extrême de dimensions que présente le squelette humain comparé d’un sujet à un autre […] la facilité et la précision relative avec lesquelles certaines dimensions du squelette sont susceptibles d’être mesurées ». (Bertillon, 1893, p. XVI) À partir de ces principes, Bertillon affirme qu’un minimum de six ou sept mensurations sont nécessaires pour le signalement d’un individu. Une fois la fiche signalétique complétée, elle est classée à l’aide d’un système rigoureux permettant de la retracer et ainsi d’identifier un récidiviste. Dans le cadre de ses fonctions de responsable du premier Service de l’identité judiciaire en France, Bertillon se penche également sur les techniques de photographie judiciaire ainsi que sur la recherche et l’emploi des indices présents sur une scène de crime.
En quelques années, les techniques et méthodes de Bertillon se répandent partout dans le monde. L’anthropométrie judiciaire devient alors le système officiel d’identification des criminels jusqu’à l’émergence de la dactyloscopie. Cette dernière, basée sur une identification positive de la personne, s’avère plus précise, plus fiable et plus simple. Malgré le déclin rapide de son système d’identification, Bertillon a grandement contribué à l’avènement de la criminalistique au sein des corps de police, principalement en les dotant des structures techniques et scientifiques nécessaires aux développements de cette science. Il ne faut cependant pas penser que Bertillon est le seul pionnier de la « police scientifique ». Plusieurs autres chercheurs ont contribué à son développement au tournant du 20e siècle. On peut notamment penser à Rodolphe Archibald Reiss ou même à Edmond Locard qui sont également des sommités en la matière à la même époque.
Les débuts de l’identification des criminels au Canada
Au Canada, la loi « An Act respecting the identification of Criminals », promulguée en 1898, ouvre la porte à l’identification des criminels par les services de police du pays. À cette époque, une seule technique était approuvée, l’anthropométrie judiciaire d’Alphonse Bertillon. Malgré cette nouvelle loi, peu de corps policiers canadiens amorcent le développement d’une collection de fiches signalétiques basée sur le système proposé par Bertillon. La complexité et les coûts afférents à ce système freinent les ardeurs de plusieurs services de police. Entre temps, l’inspecteur Edward Foster de la Dominion Police, fervent défenseur de la dactyloscopie, promeut l’utilisation des empreintes digitales comme technique d’identification des criminels auprès des autorités en place. Son travail porte ses fruits en 1908 lorsque, sous la suggestion du commissaire de la Dominion Police, Son Excellence le gouverneur général Albert Grey émet un décret ajoutant le système d’identification basé sur la prise d’empreintes digitales à la loi de 1898. Quelques années plus tard, en 1911, Foster met sur pied le Canadian Criminal Identification Bureau. « The Bureau functioned as a central repository for finger-prints and to promote the use of finger-printing technology and photography as a means of identifying criminals across Canada. » (Solicitor General Canada, 1997, p.3) C’est le début de l’identification des criminels par les empreintes digitales au Canada.
Au Québec, la « police scientifique » prend réellement son envol en 1914 avec l’ouverture du Laboratoire de recherches médico-légales à Montréal, le premier du genre en Amérique du Nord. En 1910, après deux ans de formation médico-légale à Paris, le docteur Wilfrid Derome revient au Québec pour convaincre le gouvernement provincial de la nécessité de disposer d’un laboratoire au service de la justice. Ce n’est que trois ans plus tard que Sir Lomer Gouin, procureur général et premier ministre du Québec, se laisse convaincre par les idées novatrices du docteur Derome. Fondateur du Laboratoire, le docteur Wilfrid Derome en devient le premier directeur lors de son ouverture en juillet 1914.
Vers une unité spécialisée en identité judiciaire à la Police provinciale
En 1920, le meurtre de Blanche Garneau chamboule le paysage policier. Lors de l’enquête, le manque d’expertise dans l’identification et la protection d’une scène de crime orientent les détectives du Bureau des détectives provinciaux vers de nombreuses fausses pistes. L’affaire est d’ailleurs grandement médiatisée et le fait que le processus semble avoir été bâclé cause une situation tendue qui résulte par l’intégration du Bureau des détectives provinciaux à la Police provinciale en 1922. Ce sont les débuts de la Police judiciaire (enquêtes criminelles) au sein de la Police provinciale.
Forte de son nouveau mandat en enquête criminelle, la Police provinciale commence à s’intéresser à l’identification des criminels et à la « police scientifique ». Dès 1924, des discussions pour la création d’un bureau d’identification des criminels sont en cours avec le gouvernement du Québec. Le bureau ouvre finalement ses portes en avril 1925. Bien qu’il soit au service de la Police provinciale, ce bureau est sous la responsabilité du docteur Wilfrid Derome. Toute personne légalement détenue, accusée ou reconnue coupable d'un acte criminel peut maintenant être facilement fichée par les autorités. Lors de leur passage à la Police provinciale, ces personnes sont photographiées de face ainsi que de profil et leurs empreintes digitales sont prélevées. En plus de mettre sur pied ce nouveau bureau, on réorganise le département d’identification des criminels à la prison de Bordeaux en étendant sa portée. Maintenant, ce ne sont plus juste les personnes reconnues coupables d’une offense criminelle qui sont fichées, mais ce sont tous les prisonniers coupables d’offenses graves. Par la suite, ces informations sont partagées avec le bureau d’identification des criminels dirigé par le docteur Derome, ce qui aide à bonifier leur collection de fiches.
Malgré ses débuts sous la férule du docteur Derome, le nouveau département tombe rapidement sous le contrôle administratif de la Police provinciale. Dès octobre 1925, les détectives Édouard Lorrain et Raoul Nolet en assument la direction et améliorent la façon de travailler ce qui augmente la cadence de production des fiches par rapport à l’administration précédente. Accompagnés d’un prisonnier mis à leur disposition, ils produisent 800 fiches en seulement quatre mois et demi pour un total de 1300 fiches dans les dossiers du département. À l’aide de ces dossiers, Lorrain et Nolet sont en mesure de retrouver six fugitifs entre octobre 1925 et février 1926. Le nouveau département des empreintes digitales entame donc son existence entre de bonnes mains et ses débuts sont couronnés de succès. Le département obtient même une lettre du commissaire de la Gendarmerie royale du Canada exprimant la satisfaction de son organisation envers la qualité du travail d’identification effectué.
De la turbulence à la consolidation d’une expertise
Les années 1930 sont des années mouvementées pour le jeune département spécialisé de l’organisation. En effet, après sa victoire aux élections provinciales de 1936, l’Union nationale impose une mise à pied complète des employés de la Division de Montréal. Certains employés du département des empreintes digitales sont rapidement réengagés, dont Édouard Lorrain, mais d’autres, comme Raoul Nolet, ne le sont pas causant ainsi une perte d’expertise au sein du département. Ce n’est qu’en février 1940, après la victoire des libéraux lors du scrutin de 1939, que Raoul Nolet réintègre la Sûreté provinciale avec le grade de sous-inspecteur. De son côté, le sergent d’état-major Édouard Lorrain, qui avait conservé son poste en 1936, quitte le département, et accepte, en mars 1937, le poste de chef du corps de police municipale d’Arvida. Neuf mois plus tard, il retourne au département des empreintes digitales de la Police provinciale et obtient le grade d’inspecteur. Devenu une sommité dans le monde de l’identité judiciaire, Édouard Lorrain est nommé, en 1940, président de l’International Association for Identification, une association importante dans le domaine de la criminalistique. Par ce fait, il devient également le premier président canadien-français de cette association. Son expérience et ses connaissances en font l’expert de l’identité judiciaire à la Sûreté provinciale jusqu’à son décès en 1944.
À l’instar de la Division de Montréal, la Division de Québec, épargnée de la purge de 1936, ouvre son premier département des empreintes digitales en 1937. Aussitôt mises en place, des formations de prise d’empreintes digitales sont offertes aux gendarmes de la Division. L’année suivante, on installe des stations de prise d’empreintes digitales dans les postes de Rimouski, Rivière-du-Loup, Percé, Chicoutimi et Roberval. C’est également la même année qu’un premier système de classement monodactylaire est utilisé à Québec. Rapidement, le département des empreintes digitales de la Division de Québec devient une référence incontournable dans des opérations de la Police judiciaire de la Sûreté provinciale.
À la fin des années 1930 et au début des années 1940, les commis-techniciens aux empreintes digitales se déplacent régulièrement sur les scènes de crime pour faire des prélèvements, prendre des photographies et récupérer des objets devant être analysés. Cependant, ils ne sont pas systématiquement appelés à le faire. Considérant la nature spécialisée du travail, le département demande à l’organisation que le prélèvement des empreintes digitales sur une scène de crime soit une tâche exclusivement exécutée par les commis-techniciens spécialisés dans le domaine. Il demande également que les scènes de crime soient mieux protégées afin d’éviter d’effacer ou d’embrouiller les traces laissées par les criminels. La qualité et la fiabilité de ces traces sont d’une importance majeure pour les enquêtes et les procès.
Durant la même période, on voit apparaître de nouvelles expertises au sein du service de l’identité judiciaire. En effet, en plus de la dactyloscopie, le service offre notamment son expertise en graphologie, en dactylographie, en déchiffrement de documents grattés ou effacés et en analyse d’empreintes de souliers à semelles crêpées. Le travail du service permet même l’établissement d’une jurisprudence portant sur cette dernière expertise. Ces années sont également marquées par une participation active à l’effort de guerre lors de la Deuxième Guerre mondiale. Le service apporte son soutien à la défense nationale en collaborant avec les organismes fédéraux et provinciaux pour l’identification de divers types d’individus tels que les constables spéciaux, les employés gouvernementaux, les employés d’industries de guerre et les ressortissants étrangers.
Professionnalisation de l’identité judiciaire
Au début des années 1960, l’arrivée au pouvoir des libéraux de Jean Lesage annonce un vent de changement sur tout le Québec. La société est en pleine ébullition et la Sûreté provinciale ne fait pas exception. Le nouveau directeur général, Josaphat Brunet, entreprend une réorganisation majeure de la Sûreté provinciale qui affecte également l’identité judiciaire. Jusqu’à ce moment, l’identité judiciaire est composée de deux petits services dans chacune des divisions officieusement indépendantes de la Sûreté provinciale. Du fait de ses effectifs réduits, l’ensemble des mandats de ces unités est centralisé dans chacune des équipes composées de quelques policiers et d’employés civils. À son arrivée, Josaphat Brunet obtient la responsabilité complète de la direction de l’organisation et décide de diviser les équipes de chacune des divisions en sections indépendantes spécialisées basées sur les mandats de l’identité judiciaire. Ainsi sont créées les sections des dossiers criminels, de l’index alphabétique, du fichier signalétique des criminels, des empreintes digitales, des scènes de crime, des armes à feu et de la photographie au sein du Service de l’identité judiciaire de chacune des divisions. Cependant, de 1963 à 1971, on centralise progressivement les casiers judiciaires de Québec vers Montréal.
C’est également au début de cette décennie que l’organisation décide d’ouvrir des bureaux en scènes de crime dans quatre sous-divisions : Hull, Granby, Chicoutimi et Rimouski. Pour assurer la responsabilité de ces bureaux, l’organisation sélectionne 12 policiers qui sont formés initialement à la Sûreté provinciale et par la suite au quartier général de la Gendarmerie royale du Canada à Ottawa. À partir de ce moment, les interventions sur les scènes de crime deviennent l’exclusivité des techniciens en scènes de crime policier.
Une centralisation des orientations stratégiques est entreprise durant cette même décennie. Bien que des bureaux d’identité judiciaire existent toujours dans l’ensemble des divisions et sous-divisions de l’organisation, la gestion stratégique est progressivement transférée à Montréal. Au début des années 1970, on retrouve donc un Service de l’identité judiciaire majoritairement situé à Montréal et des unités satellites dans les régions.
En 1971, la Sûreté du Québec acquiert le système Miracode, un système mécanisé accélérant la recherche et diminuant l’espace d’entreposage des fiches d’empreintes digitales. Ce système de micrographie permet de photographier des documents sur une bande magnétique de microfilms 16 mm emmagasinés dans une cassette. Une fois les fiches codifiées, le système Miracode exécute une recherche de fiches en quelques secondes.
En 1978, une des grandes avancées pour la Sûreté du Québec est la création d’un laboratoire de développement des empreintes digitales à Montréal. Les techniques employées sont peu nombreuses, mais la poudre et le nitrate d’argent commencent déjà à être utilisés pour révéler les empreintes. De plus, plusieurs petits locaux sont dédiés au poudrage des pièces à conviction dans les districts. Cette même année, l’identité judiciaire obtient des camions aménagés spécialement pour les besoins des techniciens en scènes de crime.
Science et technologie au centre de l’identité judiciaire
Durant les années 1980 et 1990, un premier véritable secteur dédié à la recherche et au développement est mis en place au Service de l’identité judiciaire avec l’embauche d’un civil professionnel, Jean-François Bellemarre. Le service se dote alors de nouvelles techniques d’analyse des empreintes digitales, telles que les vapeurs de cyanoacrylate, la ninhydrine, le révélateur physique, le cristal violet, le bisulfure de molybdène et les vapeurs d’iode. Avec l’intégration de tous ces nouveaux outils scientifiques, le service transforme le laboratoire de développement des empreintes de Montréal en laboratoire plus complet nécessitant les compétences d’un technicien de laboratoire pour procéder aux traitements des pièces à conviction. Il réaménage également les locaux de poudrage dans les districts pour en faire plusieurs petits laboratoires de développement des empreintes.
Plusieurs acquisitions technologiques vont également marquer ces deux décennies. En 1987, la Sûreté du Québec, suivant les conseils de la Police provinciale de l’Ontario, fait l’acquisition du premier laser à l’argon de l’organisation; un outil technologique améliorant la détection des empreintes digitales en laboratoire. Entre 1990 et 1996, ce sont les premières lampes médico-légales Polilight qui viennent rejoindre l’arsenal d’outils à la disposition du service pour révéler les empreintes digitales. On réaménage également le laboratoire de Québec à l’image de celui de Montréal. Au début des années 1990, on installe des Photophones dans les bureaux régionaux de l’identité judiciaire. Ces appareils permettent la transmission par le réseau téléphonique d’images d’une meilleure qualité que le télécopieur. De cette façon, les techniciens en scènes de crime des districts peuvent envoyer rapidement des empreintes digitales pour analyse au Grand quartier général à Montréal.
En 1992, la Sûreté du Québec remplace son système mécanisé Miracode par un système informatisé dédié à la recherche d’empreintes, le système automatisé d'identification dactyloscopique (SAID) Orion de Printrak. « Ce système […] accélère le traitement des dossiers et améliore considérablement le résultat des recherches effectuées à partir des empreintes digitales. » (Sûreté du Québec, 1993, p. 24) Une importante mise à jour du système est par la suite installée en 1999.
En 1994, la Sûreté du Québec acquiert un système de gestion automatisé de photographies signalétiques (SGAPS). « Ce système permet d’emmagasiner une ou plusieurs photographies d’une personne et sa description physique. Il est alors possible d’obtenir une photographie par numéro de casier judiciaire, par numéro d’identification ou par description physique. De plus, on peut imprimer sur une même page, aux fins d’identification, les photographies de plusieurs personnes dont les caractéristiques physiques se ressemblent. » (Sûreté du Québec, 1995, p. 17)
Dans la première décennie des années 2000, une nouvelle poussée scientifique et technologique propulse l’identité judiciaire vers de nouvelles innovations. En 2002, la Sûreté du Québec remplace l’utilisation de l’encre et du papier par les appareils de numérisation d’empreintes. Le secteur dédié à la recherche et au développement, dissout en 1996, est réactivé, en 2003, grâce à l’embauche d’Alexandre Beaudoin, un professionnel scientifique civil. Il devient le premier conseiller scientifique du Service de l’identité judiciaire à la Sûreté du Québec. En 2004, Alexandre Beaudoin développe une nouvelle technique de révélation des empreintes latentes sur le papier mouillé, l’Oil Red O. Plus efficace et moins dispendieuse que les méthodes précédentes, l’Oil Red O est éventuellement mondialement adoptée. Cette période est aussi marquée par l’apparition de nouvelles techniques de révélation des empreintes telles que l’acide jaune, l’indanedione-zinc et le dioxyde de titane. Alexandre Beaudoin, suivant les traces de son prédécesseurs Édouard Lorrain, devient à son tour une sommité dans le monde de l’identité judiciaire. En 2021, il est nommé président de l’International Association for Identification, soit le deuxième représentant de la Sûreté du Québec et le troisième canadien-français à occuper ce poste prestigieux.
En 2010, les laboratoires de développement des empreintes dans les districts sont officiellement fermés. Ils sont désuets et leurs mises à jour s‘avèreraient onéreuses. De plus, les techniques de développement d’empreintes sont de plus en plus complexes et doivent être exécutées par des spécialistes formés. Pour ces mêmes raisons, la décision de fermer le laboratoire de Québec tombe en 2016. Ces fermetures de laboratoires provoquent une convergence des pièces à conviction à traiter chimiquement au laboratoire de Montréal devenu le seul à la Sûreté du Québec à posséder ces expertises spécialisées.
En 2011, la Sûreté du Québec continue la consolidation de sa prestation de service en identité judiciaire sur l’ensemble du territoire. Pour ce faire, elle crée la fonction de spécialiste des projets spéciaux et de la formation qui est responsable de veiller à l’uniformisation des pratiques dans le domaine. Une équipe permanente en analyse de scènes d’incendies est également mise en place.
En 2012, la Sûreté du Québec fait l’acquisition d’un système d’identification biométrique (MorphoBIS) pour remplacer le système automatisé d'identification dactyloscopique et le système de gestion automatisé de photographies signalétiques. Ce système améliore la gestion, la capacité de recherche et la convergence entre les fiches d’empreintes ainsi que les photos signalétiques. Une mise à jour du système est par la suite installée en 2022.
Depuis la fin du 19e siècle, les techniques et la technologie associées à la science judiciaire ne cessent d’évoluer. Grâce à son adaptabilité et à l’ingéniosité de ses employés, la Sûreté du Québec continue de profiter des avancements dans ce domaine, somme toute, assez récent. Première unité spécialisée de la Sûreté du Québec, l’identité judiciaire aide l’organisation à accomplir sa mission et la fait rayonner de par le monde depuis plus de cent ans.
François Beaudoin, conseiller en patrimoine, 2026
Affaire Donald Morrison
22 juin 1888
L’affaire éclate en 1888 dans les cantons de Mégantic et de Compton. Donald Morrison, fils d’immigrants écossais, retourne au pays après un séjour de 10 ans dans l’Ouest américain. Morrison constate que l’endettement force ses parents à vendre leur terre; il va à la rencontre du nouveau propriétaire avec qui une querelle éclate. Morrison tire du fusil sur ce dernier, incendie un de ses bâtiments et prend la fuite. Normalement, la tâche de retrouver Morrison incombe au constable du district, un homme de loi embauché par le juge de paix Joseph Morin, mais un guide et chasseur américain, Lucius « Jack » Warren, se porte également volontaire. Il est dûment assermenté par le juge Morin, qui lui remet le mandat d’arrestation.
Cependant, Morrison réussit à abattre Warren qui tente de l’arrêter devant l’American Hotel de Mégantic. Plusieurs accusations fusent contre Morrison, dont celles de meurtre, de tentative de meurtre et d’incendie criminel.
Le comté de Mégantic, de par son relief accidenté et boisé, n’est pas un terrain propice pour les recherches. De plus, la sympathie d’une partie de la population écossaise des cantons envers le fugitif rend les recherches plus ardues.
Après des recherches infructueuses, le gouvernement du Québec décide de déployer la Police provinciale dans le comté de Mégantic. Elle y reste pendant plusieurs mois. La population locale épie les faits et gestes des constables et signale leur arrivée à Morrison. Elle refuse même de leur louer des voitures, de sorte que ces derniers doivent se déguiser en cultivateurs pour passer incognito.
Le gouvernement émet des proclamations offrant une récompense pour quiconque arrête le fugitif : 1 200 dollars en octobre 1888 et 3 000 dollars en février 1889. Ni la promesse de récompense ni les menaces de punition aux compatriotes du fuyard n’ont eu raison de Morrison.
Toutes les agences publiques et privées chargées à l’époque du maintien de l’ordre envoient leurs représentants dans la région. Cette forte présence policière attire la presse et les curieux. L’arrivée des agents engendre l’arrestation de complices, ce qui ébranle le bloc de sympathisants écossais, dont la solidarité semblait sans faille. Certains d’entre eux tentent même de convaincre leur compatriote de se rendre.
Après avoir réussi à échapper à plusieurs battues générales, Morrison accepte de rencontrer un juge des sessions de la paix en secret. La négociation est ardue; en raison du refus des autorités de lui payer une forte somme d’argent ou de lui rendre la terre paternelle, il s’esquive à nouveau.
Ce sont des agents acharnés travaillant pour la Police provinciale, le constable municipal de Montréal James McMahon et un mercenaire et garde forestier d’origine française Pierre Leroyer, qui surprennent le fugitif, le 21 avril 1889, alors qu’il vient saluer ses parents. Ils reçoivent une récompense, mais ils doivent la partager avec la foule de policiers et de chasseurs d’hommes sur place. Les policiers provinciaux détiennent l’homme à la prison de Sherbrooke jusqu’à son incarcération au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul, le 13 octobre 1889. Au terme de cette chasse à l’homme, plus de 50 % des effectifs de la Police provinciale ont séjourné dans la région.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Mario Laprise devient directeur général de la Sûreté du Québec
13 novembre 2012
Monsieur Mario Laprise est directeur général de la Sûreté du Québec d’octobre 2012 à août 2014.
Mario Laprise a d’abord été policier à la Sûreté du Québec pendant près de 26 ans, soit de 1979 à 2005. Au cours de ces années, il a exercé différentes fonctions de patrouilleur, d’enquêteur et d’officier. Il a, entre autres, été capitaine responsable de l’Escouade Carcajou (1996-1998) et responsable du Service des enquêtes sur les projets conjoints (1998-2005), à titre d’inspecteur. À cet égard, il a été coordonnateur provincial de la lutte au crime organisé et a contribué à l’implantation de sept escouades régionales mixtes, symboles de partenariats policiers. Il a de plus été un acteur-clé de la coordination de l’opération policière connue sous l’appellation de « Printemps 2001 ».
Approché par Hydro-Québec en 2005, monsieur Laprise a accepté de relever les nouveaux défis qu’on lui a présentés et de prendre en charge la Direction de la sécurité industrielle, et ce, jusqu’à son retour à la Sûreté du Québec en tant que directeur général. Il s’est alors démarqué par sa vision stratégique du concept de sécurité de l’entreprise. Au cours de ces années, il a aussi réalisé des études de maîtrise en administration publique dans le domaine de la gestion, de même que des études diversifiées en fonction de spécialités policières recherchées.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Jeux olympiques de Montréal
17 juillet 1976
C’est à Montréal, en 1976, que se déroule la XXIe Olympiade de l’ère moderne, la première ayant lieu au Canada. La Sûreté du Québec, mais aussi le Service de police de la Communauté urbaine de Montréal, la Gendarmerie royale du Canada et les Forces armées canadiennes ont un rôle important à jouer pour la sécurité des Jeux.
Munich
L’étude de la sécurité des Jeux de Munich en 1972 permet aux forces policières d’apprécier l’ampleur de la tâche qui les attend. Malgré la vaste organisation sécuritaire mise en place à ces jeux, des attentats ont lieu, et onze athlètes et accompagnateurs israéliens ainsi qu’un policier allemand sont tués. Puisqu’on ne veut pas que ces événements se répètent, la sécurité aux Jeux de Montréal devient primordiale.
Opération Olympique 1976
C’est en 1973 que débute officiellement la planification de la sécurité des Jeux de Montréal sous l’appellation « Opération Olympique 1976 ». Pour l’occasion, la mission des forces policières n’a pas été modifiée, mais les circonstances amplifient la tâche. Il faut sécuriser les points névralgiques et prévoir tous types d’agressions possibles.
Pour ce faire, la Sûreté du Québec aborde le problème à partir de la structure normale de l’organisation, qui se modifie d’elle-même lors d’événements d’urgence. Chacune des directions de la Sûreté du Québec joue le rôle qui lui est assigné en temps normal et lors d’événements d’urgence.
Pour compléter cette structure, des éléments de soutien et des éléments opérationnels répondant à des besoins spécifiques sont ajoutés tels que le Centre de logistique et le Centre de coordination. Ce dernier est le point central où convergent tous les rapports sur la situation de tous les sites et sur le déroulement général des Jeux.
Innovations et coopérations
Cette opération est l’occasion de mettre en place quelques nouveautés et de renforcer la coopération policière au Québec. En effet, la Sûreté du Québec, en collaboration avec la Gendarmerie royale du Canada, les Forces armées canadiennes et l’Office des autoroutes, doit sécuriser la zone d’insécurité précédant l’atterrissage ou suivant l’envol d’un avion transportant des athlètes ou des personnes importantes. Le but étant d’éviter les attentats au missile contre les avions allant et venant de l’aéroport de Mirabel, l’efficacité entre les collaborateurs et les intervenants est primordiale.
Le contrôle des armes à feu est aussi un enjeu de taille lors de cette Olympiade. En effet, 428 athlètes participent aux différentes compétitions de tir à la cible. L’innovation est nécessaire, car il n’y a aucun précédent de contrôle des armes à feu dans une telle situation au Canada. Un système à la fois efficace et pratique est mis en place en accord avec les fédérations nationales et le Comité principal de sécurité publique des Jeux olympiques.
À l’entrée au Canada, les armes à feu appartenant aux athlètes sont prises et conservées sous la garde de la Sûreté du Québec jusqu’à leur sortie du pays. Les athlètes ont accès en tout temps à leurs armes, mais ne peuvent les utiliser que dans des zones définies et contrôlées.
C’est également à l’occasion des Jeux olympiques que la Sûreté du Québec utilise pour la première fois des postes de commande mobiles. Plusieurs de ces postes sont déployés sur les différents sites de compétition afin d’aider à la gestion de la sécurité sur plusieurs centaines de kilomètres carrés.
Pour contrer les menaces les plus sérieuses lors des Jeux olympiques, la Sûreté du Québec met en place son propre Groupe tactique d’intervention temporaire formé d’une équipe multidisciplinaire mise sous un même commandement. Durant les Olympiques, cette unité temporaire est présente 24 heures par jour durant 50 jours. En plus de se tenir prête à toute intervention, elle seconde les services de sécurité à Bromont durant les sports équestres. Ceux-ci requièrent une sécurité spéciale, car ils mettent en vedette une athlète royale : la princesse Anne de la famille royale britannique.
Parcours de la flamme olympique
Quelques jours avant l’ouverture de la XXIe Olympiade, la flamme olympique est allumée et relayée d’Olympie à Ottawa et, par la suite, à Montréal. Pour souligner la contribution importante de la Sûreté du Québec dans l’organisation de la sécurité des Jeux de Montréal, le directeur général Jacques Beaudoin et l’équipe de la Sûreté du Québec ont l’honneur de porter le flambeau au kilomètre 150 du parcours de la flamme olympique en terre canadienne. Pour ce moment historique, le porteur officiel de l’équipe de la Sûreté du Québec est le caporal Robert Auger.
Finalement, la sécurité des Jeux de Montréal a impliqué 16 000 policiers et soldats sur 27 sites de compétition. Sur les 16 000 personnes impliquées dans la sécurité des Jeux, 1 400 policiers de la Sûreté du Québec sont présents dans la région métropolitaine seulement. Avec un tel déploiement pour la sécurité et une planification minutieuse de la part des intervenants, les Jeux olympiques de Montréal sont encore considérés aujourd’hui comme étant parmi les jeux les plus sécuritaires de l’ère olympique moderne.
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
Affaire Albert Guay
9 septembre 1949
Le 9 septembre 1949, un avion DC-3 de la Canadian Pacific Airlines faisant la liaison entre Montréal, Québec, Baie-Comeau et Sept-Îles explose et s’écrase à Sault-au-Cochon. La tragédie fait 23 morts, dont des dirigeants de grandes entreprises.
Considérée comme le premier attentat contre un avion civil en Amérique du Nord, cette tragédie marque l’imaginaire collectif et mobilise les médias et l’opinion publique. La fouille des décombres et de la scène de crime permet aux enquêteurs de détecter des traces d’explosifs, en l’occurrence de la dynamite, et d’ainsi écarter la thèse du bris mécanique. L’enquête s’oriente alors vers la thèse criminelle.
Deux semaines après la tragédie, le 23 septembre 1949, Albert Guay est arrêté et accusé de l’homicide de 23 personnes dont sa femme Rita Morel. Le motif de son crime? Se débarrasser de son épouse au profit de sa maîtresse et, par le fait même, empocher la prime d’assurance-vie de 10 000 dollars qu’il a contractée le matin du vol.
Pour mettre son plan à exécution, Albert Guay demande à Marguerite Ruest-Pitre de lui procurer de la dynamite sous prétexte de déboiser un terrain qu’il vient d’acquérir sur la Côte-Nord. Par la suite, il convainc le frère de cette dernière, Généreux Ruest, un horloger de profession, de créer une bombe à retardement avec la dynamite.
Le plan de Guay est simple. Il convainc sa femme de se rendre à Baie-Comeau par avion pour récupérer un objet. Juste avant le décollage, à la demande d’Albert Guay, Marguerite Ruest-Pitre doit apporter un colis à l’avion. La bombe à retardement, placée dans le colis, est programmée pour exploser au-dessus du fleuve Saint-Laurent afin que les débris et les corps disparaissent dans l’eau. Cependant, l’avion est en retard de quelques minutes au décollage, la bombe explose trop tôt et l’aéronef s’écrase sur la terre ferme, à Sault-au-Cochon. Les enquêteurs ont alors la possibilité de fouiller les débris et d’accumuler les preuves contre Albert Guay et ses complices.
Les preuves recueillies par les enquêteurs sont accablantes, et le 14 mars 1950, le jury déclare Albert Guay coupable de meurtre avec préméditation. La sentence prononcée par le juge Sévigny est la peine de mort. Un mois avant la date prévue de sa pendaison, Albert Guay dénonce ses présumés complices. Finalement, il est pendu le 12 janvier 1951.
Deux procès suivent la dénonciation d’Albert Guay, soit ceux de Généreux Ruest et de Marguerite Ruest-Pitre. Généreux Ruest admet avoir construit la bombe, mais soutient n’avoir pas connu les intentions d’Albert Guay. Pour sa part, Marguerite Ruest-Pitre admet avoir transporté le colis à l’aéroport, mais soutient qu’elle croyait que le colis contenait une statuette et qu’elle n’a pas eu connaissance des intentions d’Albert Guay. Malgré les dires des accusés, les deux procès établissent la culpabilité des complices d’Albert Guay. Encore une fois, la sentence est la pendaison.
Généreux Ruest est pendu le 25 juillet 1952. Comme il est atteint de tuberculose osseuse, sa tête se détache complètement du corps lorsque la trappe s’ouvre sous ses pieds. Pour sa part, Marguerite Ruest-Pitre est pendue le 9 janvier 1953. Elle devient alors la dernière femme exécutée au Canada.
Quant à Albert Guay, on dit que ses dernières paroles ont été : « Au moins, je meurs célèbre! »
Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2020
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